CMG: "Un tsunami pandémique se prépare"

Le Collège de médecine générale (CMG) constate sur le terrain "une augmentation considérable des cas d'infections virales positives au Coronavirus". 1ère et 2e lignes ainsi que tous les secteurs d'activité sont touchés. Les maisons de repos aussi sont impactées. D'où le rappel de suivre attentivement la dernière version actualisée du Protocole de soins aux personnes âgées (lire encadré).
Comme l'ensemble du corps social et politique et les directions médicales des hôpitaux, la médecine générale est extrêmement inquiète à propos du Coronavirus: " Une vague, une déferlante, un tsunami... l'évolution des termes est à la mesure de nos craintes et de nos constatations", pointe le CMG . "De nos pratiques, nous constatons une augmentation considérable des cas d'infections virales 'positives au Coronavirus' avec leur cortège de mises en isolement, d'arrêts de travail, de quarantaines pour les proches, les collègues, les contacts. Tous les secteurs sont concernés: publics, économiques, marchands ou non et évidemment la santé. A ce rythme, rien ne va tenir longtemps et en premier lieu, nos structures de soins de l'hôpital universitaire au cabinet de médecin de ville ou de campagne... en passant par les maisons de repos (et de soins)."
Taux de contamination alarmants dans les MRS
Dans les maisons de repos, les collègues constatent des taux de contamination alarmants. "Lorsqu'on met cela en parallèle avec les taux d'occupation des hôpitaux, on comprend qu'ils auront besoin de nous tous." Le CMG fait référence à des aides à la pratique concoctées avec le concours de l'Aframeco (Association francophone des médecins coordinateurs et conseillers en maisons de repos et de soins) et la Société belge de gérontologie et gériatrie. En est sorti un "Protocole thérapeutique des résidents d'institutions âgés de plus de 75 ans atteints de Covid-19" (lire encadré).
Le CMG précise que chaque écosystème répondra à sa manière mais, dans l'immédiat, le Collège "se tient à l'affût des modalités de prises en charge médicamenteuses".
Testing et tracing dans les 24 h
Alors que des voix s'étaient faites entendre de plus en plus pour ne pas plomber la médecine générale avec le testing, le CMG souligne que "le Testing & Tracing doit pouvoir fonctionner sans nous, être autonome et fiable afin que nous puissions nous consacrer pleinement aux défis qui nous attendent. L'expérience nous montre que sans cela, les quarantaines ne seront que difficilement respectées. Il est donc primordial de remettre un Testing & Tracing efficace sur les rails: tests réalisés le jour même, résultats obtenus en 24 heures."
C'est loin d'être le cas aujourd'hui jusques-et-y-compris à l'aéroport de Bruxelles-National. Lundi, le nombre de passagers était passé de 200 à 500 et dépasse désormais les 800. "Les résultats, qui devaient être livrés en 24 heures et l'étaient en moyenne en neuf, se font désormais attendre jusqu'à 48 heures", a admis la porte-parole de l'aéroport, Nathalie Pierard à Belga "Ce qui constitue un problème pour les voyageurs dont le pays de destination exige un test négatif réalisé dans les 72 heures avant le décollage pour autoriser l'embarquement." Mais aussi pour les Belges qui quittent le pays pour raison professionnelle et qui doivent parfois postposer leur embarquement à leurs frais.
Au niveau de la médecine du travail et de la médecine scolaire, par contre, le CMG est optimiste: les procédures de testing et de quarantaine sont en place...
MRS: la présence du médecin traitant requise
Le Protocole thérapeutique des résidents d'institutions âgés de plus de 75 ans atteints de Covid-19, dont la première version datait de mars 2020, a été actualisé par des gériatres, infectiologues et médecins généralistes.
En préambule, il souligne qu'étant donné un approvisionnement suffisant en matériel de protection, la présence du médecin traitant dans les MRS est requise. Les médecins traitants "ne peuvent se soustraire à leur obligation de continuité des soins et les institutions ne peuvent empêcher leur présence ni pour les soins chroniques ni pour les soins aigus. Le médecin coordinateur et conseiller, qui n'a pas vocation de soigner les résidents, sera présent au sein de l'institution pour l'aider à l'organisation des soins tout en s'assurant que le libre choix du résident soit respecté."
L'Aframeco et le CMG insistent sur la priorité de réaliser un Projet de soins personnalisé anticipé (PSPA) "en adéquation avec les souhaits émis par le patient ou son représentant légal". En cas de diagnostic Covid-19, ce PSPA "sera systématiquement réactualisé avec le patient si son état clinique le permet, si non, le représentant légal sera contacté".
Personne suspecte
"Le champ de suspicion Covid est large et, par mesure de prudence, toute personne suspecte sera soumise à un test diagnostique et à des mesures d'isolement dans l'attente du résultat."
Le Protocole met en garde sur certaines présentations cliniques atypiques, notamment dans la population gériatrique: oculaires et cutanées, digestives, neurologiques, cardio-vasculaire et générales. Dans la plupart des situations, il est difficile de se passer d'un examen clinique.
Le protocole détaille également les sept situations dans lesquelles l'apport de l'hôpital est plus que pertinent. Evaluer rapidement l'indication d'hospitalisation est indispensable. Le protocole précise les conditions d'utilisation strictes du Remdesevir pour lequel il faut être prudent 1.
Notons que l'OMS a récemment déclaré que plusieurs traitements potentiels du Covid-19 avaient montré peu ou pas d'effets, selon les résultats provisoires des essais Solidarity. Ces derniers sont menés dans 30 pays sur 11.000 patients. "Ces essais cliniques confirment que le remdesivir n'apporte aucun avantage sur la réduction de mortalité et "peu ou pas" d'effet pour réduire la durée d'hospitalisation. Ils aboutissent aux mêmes conclusions sur l'hydroxychloroquine, le lopinavir/ritonavir et l'interferon. Pour le moment, seule la dexaméthasone permet de réduire la mortalité du Covid-19", précise l'OMS.
Décision collégiale
En tout état de cause, pour le CMG, "la décision d'hospitaliser devrait idéalement être prise collégialement entre le médecin traitant et le médecin hospitalier (gériatre, urgentiste, référent hospitalier Covid-19), notamment pour organiser le meilleur parcours du patient dans la structure hospitalière et discuter des options thérapeutiques disponibles. Cette décision est conditionnée à la nécessité d'apporter au patient un des 7 éléments de soins complémentaires hospitaliers, dans le respect du projet thérapeutique établi. En dernier recours c'est le médecin de l'hôpital qui décidera des meilleurs soins, proportionnés à la situation et corrélés à l'état clinique du patient avant l'infection. L'intérêt et le souhait du transfert vers l'hôpital doit être rediscuté avec le patient ou son ayant droit." à cet égard, un algorithme est proposé dans le protocole.
Les mesures thérapeutiques sont précisées également de même que l'approche des traitements anti-thrombotiques, l'oxygène, les corticoïdes, l'hydratation, les autres médications chroniques, la prévention et les règles d'hygiène supplémentaire.
Le médecin traitant est invité à actualiser ses connaissances en permanence sur le site de Sciensano: https://covid-19. sciensano.be/fr/covid-19-procedures.
1. Diagnostic de certitude d'infection Covid19, et symptômes < 5 jours ET saturation ? 94% à l'air ambiant et une GFR > 30 ml/min et en l'absence de contre-indication hépatique (cytolyse sévère).