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Tombé de la trousse. Chante mon coq, chante

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C'était dur, sans aucun doute, mais nous allions vers les beaux jours. Au jeu des dix erreurs, quelques détails qui font une sacrée différence entre le Covid de mars et sa version d'octobre.

Dr Carl Vanwelde - 2 novembre 2020

Comme une légèreté dans l'air

La version printanière nous a surpris comme une giboulée, c'était neuf, méconnu, presque excitant, un petit air de 14-18 avec poilus partant au front la fleur au canon. On allait voir, ce serait court, la victoire au bout de l'affrontement. Et à Pâques à l'appel des cloches, tous dans le jardin pour les oeufs. Tout était inédit, le silence dans les rues, l'absence soudaine d'avion dans le ciel, les sonnettes des vélos sortis de la cave, un petit air de grandes vacances avant la lettre, l'exemple chinois de la discipline collective terrassant le dragon, les Italiens chantant Bella Ciao à 20 heures pour leur personnel soignant, bientôt imités par nos voisins aux fenêtres tapant sur leurs casseroles, un printemps de six mois ensoleillé comme jamais nous n'en connûmes et une certitude absolue: tous ces efforts en valaient la peine, nous allions vers les beaux jours. En juillet surgirait une délicieuse impression d'Armistice, le silence des canons, et une légèreté dans l'air appréciée.

On a vu. Le Covid d'octobre a des airs de vieille tante sur le retour, bien connue pour sa roublardise, plus lente à prendre ses quartiers mais pas moins encombrante, les poilus ont fondu en nombre, soit morts, soit malades, mais absents à la tâche. Une guerre de tranchées plus qu'un combat de plaine, Waterloo a fait place à l'Yser et pour une longue durée. Plus de sonnaille de bicyclettes, plus de chants aux fenêtres, plus de casseroles, il n'y a plus de héros et puis c'est l'heure d'hiver, il faudrait faire son vacarme à 17 heures, drôle d'idée. Règne un désenchantement dans l'air, une sourde colère de tous ceux qui portèrent le masque, s'abimèrent les mains au gel alcoolique et sacrifièrent la visite aux enfants depuis six mois pour se découvrir infectés jusqu'à la moelle pour une gaufre de Liège partagée sur une terrasse au passage de l'automne. Tout ça pour ça.

Le coq se fiche du Covid

De la bile sombre, que ma visite ce matin à quelques patients âgés et institutionnalisés n'éclaircit guère. Au fond du couloir, coupé par une cloison bricolée à la va-vite aussi laide qu'un virus, la réserve où se concentrent désormais les atteints du Covid, "vous qui pénétrez ici, oubliez toute espérance..." En-deçà, ceux qui n'en sont pas encore atteints ; tous redoutent d'en être demain, soignants comme pensionnaires, glauque perspective. Je rejoins ma voiture, me réfugiant dans les Vêpres orthodoxes de Sergueï Rachmaninov, à chacun sa drogue douce. Dehors soudain, aussi inattendu qu'un rayon de soleil dans la brume, le chant d'un coq issu d'une improbable basse-cour. Surgit cette évidence : qu'est-ce qu'un coq se fiche du Covid, et sa vigueur parvient à nous faire douter du bien-fondé de nos propres ruminations. Et si tout cela n'était qu'un rêve, un bien mauvais rêve.

Carl Vanwelde

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