GEMINI 1&2: des résultats à 3 ans qui confirment l'intérêt en 1ère ligne de la thérapie duale dolutégravir/3TC

A chaque grand congrès sur le VIH, son actualisation des données de suivi des études GEMINI 1&2 et l'édition 2020 du congrès HIV-Glasgow n'a pas manqué à la règle avec la présentation des résultats de suivi à 3 ans lesquels confirment la non infériorité de la thérapie duale associant dolutégravir et lamivudine en traitement d'initiation chez le patient naïf, ce compris en cas de charge virale initiale supérieure à 100.000 copies/ml.
Avant de passer aux résultats actualisés, rappelons que GEMINI 1&2 sont deux études jumelles qui ont inclus 1433 patients au total, majoritairement des hommes (85%) âgés de 32 ans moyenne, tous naïfs de traitement antirétroviral. Parmi eux, 20% présentaient, à l'inclusion, une charge virale supérieure à 100.000 copies/ml et 8% avaient un nombre de cellules CD4 < 200. Ces patients ont été répartis en deux groupes équipotents pour recevoir, en première ligne, soit une thérapie duale associant dolutégravir et lamivudine, soit une trithérapie classique associant dolutégravir + TDF/FTC.
Après trois années de suivi (144 semaines), voici les données importantes sur le plan clinique qui confirment, sur long cours, tout l'intérêt d'une thérapie duale en première ligne:
- Sur le plan de l'efficacité virologique, les nouvelles données confirment l'hypothèse de départ des études GEMINI 1&2, à savoir, la non infériorité de l'option duale vs la trithérapie classique puisque, après 3 ans de suivi, 82% des patients ayant initié une thérapie duale et 84% des patients sous trithérapie classique présentent toujours une charge indétectable < 50 copies/ml. De plus, le taux des échecs virologiques observés demeure très faible, de l'ordre de 3% sur l'ensemble de la population des deux études: 12 participants pour le groupe dolutégravir/lamivudine (dont 1 seul depuis la semaine 96) et 9 participants du groupe trithérapie classique (dont 2 depuis la semaine 96).
- L'analyse du pourcentage de patients présentant une charge virale indétectable < 50 copies/ml en fonction du niveau initial de charge virale et de cellules CD4 montre toujours une non infériorité entre les deux options thérapeutique que la charge virale soit supérieure ou inférieure à 100.000 copies/ml. Par contre, les résultats sont moins bons en cas de taux initial en CD4 < 200 cellules puisque seuls 67% des patients dans ce cas maintiennent à 3 ans une charge virale indétectable sous thérapie duale vs 76% des participants sous trithérapie classique. Ces données confirment l'avis des experts de ne pas proposer l'option duale pour initier un traitement antirétroviral lorsque le taux en cellules CD4 est inférieur à 200.
- Les profils de tolérance et de sécurité demeurent bons et identiques dans les deux groupes de traitement.
- Un seul patient sous dolutégravir/lamivudine dont, malheureusement, l'observance thérapeutique était des plus mauvaise a présenté une mutation M184V à 132 semaines de suivi puis une mutation R263/K à 144 semaines. Le traitement a donc été interrompu et le patient placé sous trithérapie associant dolutégravir + doravirine/cobicistat ce qui a permis un retour rapide vers une charge indétectable sans autre problème.
Rendez-vous est donc pris pour d'autres données de suivi lors d'une prochaine grande réunion sur le VIH. Mais en l'état, ces données au long cours confirment tout l'intérêt du recours à une thérapie duale associant dolutégravir et lamivudine en première ligne de traitement, exception faite pour les patients dont le taux initial en cellules CD4 est inférieur à 200.
Réf: Cahn P. et al. Abstract P018, HIV-Glasgow 2020.