Antirétroviraux injectables: parole aux patients et aux praticiens

Des épidémiologistes américains ont mené une double enquête via internet pour mieux apprécier les avantages et les freins à l'implantation des antirétroviraux injectables dans le paysage thérapeutique du VIH pour les patients mais aussi pour les praticiens.
Les résultats, présentés lors du congrès de Glasgow, se basent sur les données récoltées lors de deux enquêtes distinctes, l'une destinées aux patients vivant avec le VIH et sous traitement antirétroviral (688) et l'autre aux praticiens (120), menées entre juin et août 2019 en France, Allemagne, Italie et au Royaume-Uni afin d'évaluer l'intérêt mais aussi les avantages et les freins concernant les formulations injectables des antirétroviraux.
Au total 1/4 des médecins sondés se disent prêts à traiter leurs patients avec des formes injectables dès leur mise à disposition et 2/3 des patients interrogés souhaitent essayer cette nouvelle voie d'administration plus discrète et moins contraignante.
- Pour les praticiens, le principal avantage est de voir plus souvent leurs patients ce qui ne peut que favoriser la rétention, l'adhérence au traitement et la surveillance ou le dépistage de certaines comorbidités ou des MST. Autres avantages, éliminer les problèmes en relation avec la prise orale surtout sur le plan digestif (dysphagie, malabsorption, effets secondaires gastro-intestinaux, etc) et faciliter le bon suivi thérapeutique chez les patients présentant des affections neuro-psychiatriques. Enfin, ce mode d'administration bien plus discret, moins stigmatisant, favorise le suivi thérapeutique en respectant la confidentialité. Le principal inconvénient est d'ordre purement pratique et concerne le temps et la capacité de recevoir les patients six fois par an. Nombre de praticiens s'inquiètent aussi des possibles oublis ou décalages des injections.
- Pour les patients vivant avec le VIH et actuellement traités par antirétroviraux oraux les avantages sont multiples: simplifications des voyages car pas de traitement à emporter, efficacité prolongée sur deux mois, réduction de la fréquence de prise des médicaments, pas de risque d'oubli et donc diminution du risque d'échec thérapeutique, diminution du risque de transmettre le virus, amélioration de la qualité et de la sécurité de la vie sexuelle. Toutes ces réponses ont récoltés plus de 50% d'approbation de la part des patients. Du côté des freins, on retrouve, en tête de liste, prévoir une injection tous les deux mois et le risque d'oubli d'une injection. Notons que plus d'un tiers des patients craint la douleur au point d'injection.
Réf: Akinwunmi B. et al. P014, HIV-Glasgow, 2020.