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Soins intensifs: faut-il vraiment plus de lits?

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La première vague a bousculé sérieusement le secteur hospitalier. De nombreux acteurs de terrain ont formulé au printemps des propositions pour réformer le système de soins de santé. Grâce à notre enquête, nous avons pu demander aux directions hospitalières de se positionner sur quelques réformes du secteur hospitalier.

11 novembre 2020

Faut-il adapter le nombre de lits de soins intensifs? Pour un quart de répondants, il en faut plus. Sept répondants sur dix estimaient durant l'été que le nombre actuel est suffisant. Répondraient-ils encore de la même façon actuellement vu la saturation des services de soins intensifs?

"Au CHU de Liège, le nombre lits de soins intensifs est un peu juste. Il faut réfléchir à d'autres types de lits. Nous manquons certainement de lits de "middle care" qui peuvent accueillir les patients qui doivent bénéficier d'une ventilation non-invasive. Ce qui se fait beaucoup plus actuellement dans la prise en charge du Covid", ajoute Julien Compère.

"En temps normal, nous n'en manquons pas de lits de soins intensifs", souligne le Dr Ventura, président de l'AFMC. "Ce serait inutile d'avoir des lits USI supplémentaires, équipés à 100% et financés. Au GHDC, nous avons augmenté de façon considérable le nombre de nos lits USI. Nous dépassons les exigences du 2B parce que nous avons de la chance d'avoir de la place et une unité de soins intensifs qui n'était plus utilisée. Il a suffi de la réactiver. Dans une pandémie importante, unique, un hôpital tampon ne suffit pas non plus. En plus, le problème du personnel se posera toujours."

Lorsqu'une crise sanitaire a une ampleur mondiale, on ne peut pas faire appel aux pays limitrophes pour se faire aider, comme lors d'un tremblement de terre.

"Lors de la première vague, les lits de soins intensifs n'ont pas été saturés. Or, il n'y a pas eu ou peu de solidarité entre les hôpitaux", rappelle Paul d'Otreppe. "Par contre, une leçon de la deuxième sera la transversalité. Les hôpitaux sont nettement plus solidaires entre eux maintenant. Il y a eu des soucis durant quelques jours pour les transferts des patients Covid, aujourd'hui cela se fait convenablement. Entre autres, les transferts du sud vers le nord du pays."

Soigner les patients au bon endroit

Quid du nombre de lits hospitaliers, d'hôpitaux académiques et d'hôpitaux généraux? La moitié des répondants estime qu'il en faut moins. L'autre moitié est pour un statu quo. "En Belgique, nous avons peut-être été trop loin dans la réduction du nombre de lits hospitaliers", estime Julien Compère. "Le nombre d'hôpitaux académiques et d'hôpitaux généraux est correct. Une question fondamentale qu'il faut se poser aujourd'hui est de savoir si tous les patients Covid hospitalisés doivent l'être. Il faut réfléchir au meilleur trajet de soins du patient Covid. Il pourrait être pris en charge dans une structure mixte. Pour un hôpital académique, il est parfois frustrant de devoir limiter des pathologies telles que les opérations cardiaques et des traitements oncologiques, ce qui est le coeur de notre métier. Nous manquons en Belgique de capacités "réflexes" mobilisables. Il faudrait aussi prévoir des "réservistes" qui peuvent intervenir lorsque les hôpitaux manquent de bras."

Notre enquête révèle également que les directions hospitalières sont favorables à un renforcement de la collaboration avec les autres acteurs. Elles sont toutes d'accord avec le fait que la pandémie a démontré la nécessité de mieux collaborer entre les différentes lignes de soins. Elles estiment qu'il revient aux hôpitaux, en collaboration avec les généralistes, d'organiser la continuité des soins et que la pandémie a renforcé la collaboration entre le secteur hospitalier, les médecins généralistes et le secteur des soins à domicile. "A Charleroi, l'association des généralistes est très efficace et organisée. Nous avons travaillé ensemble lors de la première vague à la mise sur pied du centre de testing. L'hôpital sert de structure faîtière et les généralistes gèrent la structure. Nous travaillons bien ensemble", précise le Dr Manfredi Ventura.

Près de sept répondants sur dix sont favorables au développement de l'hospitalisation de jour et de l'hospitalisation à domicile et à la fermeture rapide de lits classiques. "Des patients Covid pourraient sortir plus vite de l'hôpital. Le problème est le suivi de ces patients à domicile. La première ligne est également débordée. Or, le médecin de famille est un maillon essentiel de la convalescence. Dans la situation actuelle, le numerus clausus montre ses limites", tempère Julien Compère.

L'enquête révèle aussi que près de six répondants estiment que les hôpitaux ne doivent pas se limiter aux soins aigus. "Ces directeurs hospitaliers ont peur pour leur chiffre d'affaires parce que le système de financement actuel privilégie la réalisation d'actes", soutient le président de l'ABDH, Paul d'Otreppe.

Soins intensifs: faut-il vraiment plus de lits?

La téléconsultation appréciée

Quant à la téléconsultation et aux soins à distance, 91% des répondants estiment qu'ils ont acquis leur place dans les soins de santé. "Grâce à la téléconsultation, nous avons pu reporter de nombreux rendez-vous médicaux. Cette technologie se prête bien pour des soins chroniques. Elle a été bien reçue par le corps médical et les patients", confirme Julien Compère. "La crise a permis de catalyser les énergies et, par exemple, de favoriser les collaborations avec les entreprises."

"Les généralistes se sont un peu réfugiés dans la téléconsultation. Chez les spécialistes, la téléconsultation a disparu directement après le confinement. Elle vient de reprendre. Je ne sens pas un enthousiasme débordant. Les spécialistes se rendent comptent des limites de la téléconsultation. C'est fonctionnel. Elle résout une série de problèmes mais n'est pas la panacée", tempère le Dr Ventura.

"Grâce à la digitalisation et au traitement à distance, on aurait pu prendre nettement plus de patients Covid en charge à domicile", analyse Paul d'Otreppe. "Ils auraient été "confinés" chez eux. Nous aurions pu soigner plus de patients non-Covid parce que les unités Covid n'auraient pas été surchargées de patients Covid. L'hospitalisation à domicile et la digitalisation ne sont pas encore assez exploitées".

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