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Huit directeurs hospitaliers sur dix veulent revoir le financement des hôpitaux

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A la question de savoir si le système belge de financement des hôpitaux doit être revu, 80% des directeurs généraux et médicaux répondent par l'affirmative. Pour un répondant sur dix, le système de financement actuel suffit. Pour un répondant sur dix, le système ne doit pas être revu mais il a été contre-productif durant la crise.

11 novembre 2020

Pour revoir le mode de financement, de nombreux directeurs proposent de réduire l'importance des actes médicaux dans le financement et de favoriser le financement forfaitaire de certaines pathologies. Six répondants sur dix déclarent d'ailleurs être favorables à une augmentation du forfait pour les pathologies (comme pour les soins à basse variabilité). La moitié des directeurs généraux et médicaux sont également pour la suppression des prélèvements sur les honoraires des médecins avec une révision du système. Un petit tiers y est opposé.

"Il est clair que l'impact financier de la crise sur les hôpitaux est lié au fait que la prise en charge des patients Covid génère relativement peu d'examens médico-techniques. A titre de comparaison, la chirurgie élective, qui est relativement bien monenclaturée, est plus "rentable"", précise Julien Compère, patron du CHU de Liège "Il faut réfléchir à la création de financements structurels qui peuvent aider lors des pandémies. Toute l'infrastructure hospitalière belge est dimensionnée pour une situation normale. Comme dit le bourgmestre de Liège, on ne dimensionne pas ses égouts en se basant sur la crue du siècle. Il faut tout de même prévoir une capacité hospitalière tampon, financée spécifiquement, pour faire face à ce type de pandémie. Cela peut peut-être se faire au niveau des réseaux hospitaliers loco-régionaux."

Des traitements et des suivis délaissés

La première vague a obligé de nombreux patients à postposer des consultations, des examens ou des interventions durant plusieurs mois. Sans surprise, les directeurs généraux et médicaux estiment que l'impact sur la qualité des soins a été le plus élevé en cardiologie, oncologie, neurologie et maladies vasculaires. "Les pathologies les plus graves ont été le plus affectées (voir graphique) . Durant la première vague, nous n'avons presque pas eu d'AVC aux urgences durant plusieurs semaines. Les patients ont retardé leur prise en charge", précise le CEO du CHU de Liège. "Au niveau de la santé publique, l'impact de la crise sur les pathologies non-Covid va être très important durant les prochaines années. Des concitoyens risquent de négliger leurs soins durant de longues périodes", s'inquiète Julien Compère.

Huit directeurs hospitaliers sur dix veulent revoir le financement des hôpitaux

En septembre, 74% des répondants s'attendaient cependant à une augmentation limitée des pathologies non-Covid dans les prochaines années en raison du retard pris dans la réalisation de screening et d'autres examens et 67% à une augmentation limitée en raison du report des soins. 12% des directions s'attendaient à une augmentation importante des pathologies à cause du Covid-19 et 65% à une augmentation limitée. "L'impact de la crise sur les pathologies non-Covid a été diabolisé lors de la première vague alors que l'enquête montre que les directions estimaient avant la deuxième vague que l'impact ne sera pas si important à long terme en termes de santé publique", tempère Paul d'Otreppe.

"Cela sera pire pour la deuxième vague. Des patients ne sont plus traités selon les standards de qualité de 2020. Par exemple, nous avons dû postposer le placement de valves Tavi parce que cette intervention demande trop de ressources infirmières et de soins intensifs. Nous devons faire des choix", explique Manfredi Ventura.

Pour le directeur médical du Grand hôpital de Charleroi, il ne faut pas oublier l'impact de la crise sur les maladies mentales. "Le confinement a été très difficile à vivre pour certains patients qui avaient besoin de pouvoir consulter leur médecin." Et d'ajouter que le dépistage a également été fort réduit. "Durant la première vague, nous n'avons presque pas opéré de cancers du sein suite à des dépistages. Les cancers du colon ont également été moins détectés."

Ouvrir le débat sur le financement forfaitaire

" Certains ont compris qu'il faut revoir le financement et qu'il ne sert à rien de verser plus dans une écumoire qui est pleine de trous", constate Paul d'Otreppe. " De nombreux répondants estiment qu'il faut passer au financement forfaitaire. Début octobre, des hôpitaux voulaient encore faire tourner la machine pour compenser les pertes et certains ont même refusé des transferts de patients Covid pour ne pas être bloqués. Un véritable débat structurel va s'ouvrir grâce à cette crise sur le financement forfaitaire. L'enquête montre également bien que les hôpitaux veulent collaborer avec les autres lignes de soins."

Quant à l'offre hospitalière, le président de l'ABDH est convaincu qu'il faudra, en se basant sur le modèle français, progressivement réduire le nombre de réseaux locorégionaux, en passant de 25 à 17 réseaux et le nombre d'hôpitaux académiques, en passant de sept à trois (deux flamands et un francophone). "Il n'y a qu'en Belgique que les lits des hôpitaux universitaires et les lits des hôpitaux généraux doivent avoir un financement différent. L'hôpital universitaire doit être valorisé pour son travail académique, pas pour son activité clinique."

Plus globalement, le président de l'ABDH estime que dans une telle crise hospitalière la gestion devrait idéalement être aux mains des réseaux hospitaliers et les administrations et le pouvoir politique ne devraient être là qu'en renfort, pas en première ligne. "Nous avons pu passer la première vague. J'espère que la deuxième vague ne sera pas une catastrophe. Ce qui est très clair c'est que notre système de santé est mort. Il faut le revoir fondamentalement."

Huit directeurs hospitaliers sur dix veulent revoir le financement des hôpitaux

Indispensable revalorisation du nursing

Une des grandes conclusions de notre enquête est que les infirmières et infirmiers hospitaliers doivent être mieux soutenus. Pour la grande majorité des directeurs médicaux et généraux le nombre d'infirmiers/infirmières doit être revu à la hausse, leurs conditions de travail doivent être améliorées et ces soignants doivent être revalorisés. "Au CHU de Liège, nous sommes en pénurie d'infirmières/infirmiers depuis huit ans. L'année passée, nous avions 100 postes de nursing à pourvoir", confie Julien Compère. "Nous devons combler cette pénurie par de l'intérim et des heures supplémentaires. Il faut revoir les normes d'encadrement dans les services et les conditions d'encadrement. La qualité d'un hôpital ce n'est pas son infrastructure et son appareillage dernier cri. Il faut les femmes et les hommes pour faire tourner l'institution. Il ne faut pas se limiter à la revalorisation des aspects financiers. Ce serait à désespérer de tout, si nous sortons de cette crise sans un véritable investissement dans le secteur des soins de santé. C'est le grand enseignement des deux premières vagues."

74% des répondants trouvent également que la formation du nursing doit être revue.

" Les conditions de travail des infirmières/infirmiers doivent vraiment être améliorées. Ce n'est pas tant un problème de rémunération, qui correspond à la formation et à la prise de risques. Ces professionnels méritent certainement d'être revalorisés financièrement mais ce n'est pas le fond du problème. Il faut donner plus de sens et de qualité à leur travail", estime le directeur médical du GHDC.

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