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La metformine, une option potentielle pour contrer la prise de poids sous traitement antirétroviral

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Utilisée depuis des décennies en première ligne pour traiter le diabète de type 2, la metformine pourrait jouer un rôle pour limiter, voire inverser, la prise de poids observée chez certaines catégories de patients traités par antirétroviraux.

Jean-Luc Schouveller - 30 novembre 2020

Prise de poids et comorbidités

Les personnes séropositives ayant un faible nombre de cellules CD4, les femmes ainsi que les patients d'origine africaine ont tendance à prendre d'avantage de poids après initiation d'un traitement antirétroviral que d'autres catégories de patients.

Bien que la prise de poids observée varie grandement d'une étude a l'autre, on estime que celle-ci est, en moyenne, de 2 kilos au cours des deux premières années de traitement mais il ne faut pas faire abstraction du fait qu'une minorité de patients a tendance à prendre bien plus de poids. Or, un gain de poids, substantiel ou non, sous traitement antirétroviral peut exposer les patients à un risque accru de maladies cardiovasculaires et à d'autres conditions associées à l'obésité ou au surpoids comme les cancers.

Il est actuellement difficile d'identifier des options thérapeutiques permettant de limiter ou inverser cette prise de poids puisqu'on en ignore encore les mécanismes exacts.

Cependant, les traitements existants qui aident à réguler la prise de poids pourraient jouer un rôle dans la gestion de cette problématique.

Tel est le cas de la metformine, une molécule qui améliore la sensibilité à l'insuline et qui est prescrite depuis des décennies en première ligne pour le traitement des patients diabétiques de type 2.

Et pourquoi pas la metformine ?

Pour étudier les effets de la metformine chez des personnes vivant avec le VIH et non diabétiques, un groupe d'investigateurs canadiens ont recruté 23 patients, majoritairement des hommes de race caucasienne et âgés de 56 ans en moyenne. Les participants suivaient un traitement antirétroviral depuis en moyenne dix ans, avaient un taux moyen de CD4 de l'ordre de 435 cellules et une charge virale indétectable depuis au moins 3 ans.

La plupart d'entre eux étaient sous inhibiteur de l'intégrase (18/23). Les autres avaient un inhibiteur de la protéase boosté ou de l'éfavirenz. Ils ont reçu 850mg de metformine par voie orale, 2X/jour, durant 12 semaines puis ont été suivi durant 12 autres semaines après arrêt du traitement.

Ca s'en va et ça revient !

Primum non nocere, les glycémies à jeun qui étaient normales lors de la mise sous traitement le sont demeurées tout au long de la phase active de l'étude ce qui est rassurant.

Si on n'observe aucune modification du tour de taille cours de l'étude, le poids corporel a lui diminué de 1,6 kg en moyenne durant les 12 semaines de suivi (fourchette entre - 8 kg et + 2,3 kg) mais on constate un retour au poids initial à la fin de la période des 12 semaines de suivi sans prise de metformine.

GDF-15

Une plus grande perte de poids était associée à des niveaux plus élevés de GDF-15, une cytokine associée à la perte d'appétit et ce, indépendamment du traitement par inhibiteur de l'intégrase, de l'âge et du sexe. Des études antérieures, menées chez des patients diabétiques, ont en effet démontré que la metformine augmente les taux de GDF-15 ce qui en corrélation avec la perte de poids chez les sujets obèses. Or, dans l'étude canadienne, on observe bien une augmentation des taux en GDF-15 durant la phase de traitement et un retour vers la normale au cours de la période de suivi post traitement.

Microbiote intestinal

On a également observé des changements au niveau de la composition du microbiote intestinal durant la phase active du traitement sous forme d'une augmentation des bactéries à visée anti-inflammatoire et celles impliquées dans la régulation du poids.

Un bon début

Cette étude canadienne fournit les premières preuves que la metformine réduit le poids et favorise le glissement du microbiote vers des bactéries à visée anti-inflammatoire chez les personnes vivant avec le VIH traitées par antirétroviraux et non diabétiques. Cependant, pas d'emballement. Des essais cliniques randomisés et contrôlés de plus grande envergure et de plus longue durée seront nécessaires pour étudier plus en détail le rôle de la metformine dans la perte de poids, la réduction de l'inflammation chronique, la modification du microbiote et le risque de comorbidités non liées au SIDA chez les patients vivant avec le VIH traités par antirétroviraux.

Réf: Isnard S. et al. Open Forum Infectious Diseases, septembre 2020, consultation libre en ligne.

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