"Les données disponibles sur les vaccins et les anticorps incitent à l'optimisme"

A l'Académie royale de médecine de Belgique, le Pr Goldman s'est déclaré optimiste sur les effets de la vaccination anti-Covid tout en soulignant les obstacles au développement des vaccins.
"Q uand l' immunité innée n' a pas permis de contrôler efficacement le virus, l' immunité acquise se met alors en jeu, via la production d'anticorps neutralisants et de lymphocytes T cytotoxiques", explique le Pr Goldman. Ces anticorps sont produits par des cellules dérivées d'une population de lymphocytes, les lymphocytes B qui, lorsqu'ils sont stimulés par le virus et par les lymphocytes T, se développent soit en cellules sécrétrices d'anticorps, les plasmocytes, soit en cellules B mémoires. "Ces dernières sont potentiellement très importantes parce que ce sont celles qui sont mobilisées par les vaccins les plus efficaces. Le virus met huit jours pour induire une réaction délétère et pendant cette période, les lymphocytes mémoires peuvent exercer leurs fonctions. Il est important de réaliser que ces lymphocytes mémoires (spécifiques à la protéine Spike qui permet au virus de pénétrer dans les cellules cibles) sont mis en évidence au décours de l' infection par le coronavirus et qu' ils peuvent persister six mois".
Vaccins à ARN
Il existe plusieurs types de vaccins qui sont produits par diverses plateformes technologiques et qui vont induire des réponses différentes: les plateformes à base de virus atténués, celles à base de vecteurs viraux recombinants et celles à base d'acide nucléique, vont induire à la fois des anticorps neutralisants et des lymphocytes cytotoxiques. Ceux qui font la course en tête aujourd'hui sont les vaccins à ARN et ceux à vecteurs viraux recombinants. "J' insiste sur ces lymphocytes B mémoires parce que dans les trois essais publiés (Pfizer, Moderna, AstraZeneca), il y a une protection pratiquement parfaite vis-à-vis des formes sévères de la maladie. C' est un point qui n' est pas suffisamment souligné".
" Tout ceci incite à l' optimisme mais il y a des obstacles au développement des vaccins: la production, en quantité et à vitesse suffisantes, la conservation, la distribution et l' hésitation vaccinale. Deux risques associés au développement de ces vaccins font l' objet d' une attention particulière par les fabricants qui ont mis des stratégies pour s' assurer que ces vaccins ne vont pas induire des inflammations éosinophiliques suite à l' activation de certains lymphocytes T, ni des effets indésirables liés à des anticorps qui ne neutraliseraient pas le virus", met-il en garde.
Course en parallèle
"Tout le monde ne réagit pas de la même manière au vaccin, différents facteurs interviennent comme le terrain génétique, l'âge, les comorbidités et les traitements qui affectent la réponse immunitaire", insiste-t-il. "D' où l' idée de développer une stratégie basée sur des anticorps dont la production ne serait plus induite par le vaccin mais qui seraient développés comme des médicaments. Aujourd' hui, une course à ces anticorps est engagée et différents effets sont recherchés: neutraliser le virus et induire une réponse immunitaire. Le génie génétique permet de modifier ces anticorps pour qu'ils combattent mieux le virus, en induisant plus efficacement des lymphocytes T CD8 cytotoxiques."
Pour développer ces anticorps thérapeutiques, les chercheurs se basent sur l'expérience dans d'autres infections (Ebola, VRS, fièvre jaune, VIH) et grâce à des connaissances dérivées de patients infectés par le Sars-CoV-2 ou -1 et de modèles animaux Sars-CoV-1 ou Mers-CoV-1. Ces AC sont stables et pourraient être administrés par inhalation.
" Les données disponibles sur les vaccins et les anticorps incitent à l' optimisme, même si de nombreuses incertitudes persistent. Elles seront certainement levées progressivement...", conclut le Pr Goldman.
Séance des présidents
La séance de l'Académie royale de médecine de Belgique qui s'est tenue samedi dernier a été co-présidée par Patrick Couvreur de l'Académie nationale de pharmacie en France. "L'idée d'un rapprochement entre nos deux académies s'est concrétisée en novembre 2019 à la suite d'une réunion de la Fédération européenne des académies de médecine. L'objectif est de promouvoir les échanges sur les sujets qui intéressent à la fois les médecins et les pharmaciens, ce qui pourrait amener à la rédaction d'avis communs. Le caractère supranational de ces avis pourrait en augmenter l'impact auprès de nos autorités respectives", explique le Pr Jacques Crommen
En novembre 2017, l'ARMB a remis un avis commun avec la Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België (KAGB) sur le rôle du pharmacien dans les soins de santé, soulignant l'importance de continuer à développer les soins pharmaceutiques en vue d'une utilisation adéquate des médicaments.
En septembre 2019, les deux académies ont émis un nouvel avis relatif à l'autorisation de la vaccination contre la grippe par les pharmaciens d'officine, estimant qu'il existe suffisamment de preuves dans d'autres pays pour affirmer qu'il s'agit là d'une plus-value en matière de santé publique. "À la suite de cet avis, un groupe de travail composé de pharmaciens et de médecins a été constitué à la demande de la ministre fédérale de la Santé publique, afin d'étudier la possibilité d'une part, de revaloriser et repositionner l'acte pharmaceutique dans la législation et, d'autre part, de déléguer l'administration de vaccins au pharmacien dans le cadre des soins de santé de première ligne. Malheureusement, en raison de la crise sanitaire et du changement de gouvernement fédéral, ce groupe de travail ne s'est pas encore réuni", regrette-t-il.
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