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L'ULB optimiste quant aux vaccins covid

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Lors d'une séance d'information réservée à la presse, des chercheurs en virologie de l'ULB ont été particulièrement rassurants quant à la qualité et la sécurité des vaccins Covid-19 en passe de recevoir une autorisation conditionnelle de mise sur le marché belge, en particulier le vaccin Pfizer/BioNTech et le vaccin Moderna. Leur découverte rapide s'explique par des procédures accélérées, des phases fusionnées et une compétence relativement ancienne relative aux vaccins recombinants. Mais les chercheurs de l'ULB rappellent que le risque zéro n'existe pas.

Nicolas de Pape - 9 décembre 2020

Le vaccin à ARN messager suscite dans la population une certaine méfiance voire fait l'objet de tous les fantasmes (il transporterait dans notre corps des puces électroniques! ). C'est pourquoi l'équipe de l'ULB a tenu à démythifier cette nouvelle technologie associée aux deux vaccins Covid-19 vedettes: Moderna et Pfizer dont l'inoculation pourrait démarrer déjà le 15 janvier 2021. En quoi diffèrent-ils des vaccins atténués, inactivés et vectorisés?

"Pour commencer, l'ARN messager ne peut en aucun cas modifier le génome de la cellule", précise Éric Muraille, immunologiste, en préambule. "Concrètement on injecte l'ARN qui code les antigènes de l'agent pathogène. Cet ARN pénètre dans nos cellules et va être traduit ensuite en protéines virales qui déboucheront sur une réponse immunitaire. Une des astuces est que l'ARN en fonction de la manière dont il se présente dans la cellule va "mimer" une infection virale. Le système la reconnaîtra comme telle. Le système immunitaire va considérer que la présence de cet ARN signifie la présence d'un virus. C'est donc un signal de danger et de différentiation en soi pour le système immunitaire. L'ARN fournit donc le signal antigénique. Comme le système immunitaire croit avoir affaire à une infection virale il va développer des anticorps cytotoxiques/neutralisants."

Technique relativement ancienne

Est-ce une technique révolutionnaire? Oui mais cela fait 30 ans qu'on essaie de la développer même si ce n'est que récemment qu'on l'utilise en vaccinologie. Si on parvient à la généraliser dans la vaccination, cette technique offre de grandes potentialités: on peut l'inoculer sous forme de nano-particule qui protège l'ARN par une enveloppe nucléique qui lui assure une plus grande stabilité. Chez l'animal, ce procédé protège de toutes une série d'agents pathogènes. "En 80 jours, des chercheurs ont réussi à contrer Influenza H1N1 et Ebola par injection de ce vaccin ARN."

Le gros avantage technique, est qu'on ne doit pas passer par le stade isolation/culture de l'agent pathogène. Dès qu'on dispose de la séquence, on peut produire un vaccin de manière totalement synthétique. Et répondre assez rapidement à des épidémies majeures... éventuellement à venir. "Le second avantage est l'opportunité unique de fabriquer des vaccins personnalisés limités même à une seule personne. En médecine tumorale, on sait qu'on peut développer des vaccins contre les tumeurs. On arrive en effet à isoler les tumeurs et leurs mutations. On peut alors injecter un vaccin ARN dans le patient cancéreux. Lequel pourrait développer une réponse immunitaire efficace." Ces vaccins ARN sont donc prometteurs et à très haut potentiel.

Sécurité supérieure aux autres vaccins

Comparés aux autres types de vaccins, bien qu'une efficacité à 100% n'existe pas, ils sont meilleurs dans la mesure où, par exemple, les vaccins atténués et inactivés peuvent réenclencher une infection. De même, les vaccins sous-unitaires, ne pouvant pas mimer l'infection virale, n'induisent que peu d'immunité cytotoxique. Les vaccins vectorisés et à ARN sont considérés comme satisfaisants. Le problème principal est cependant le stockage à -70°C. Cette température n'est néanmoins pas indispensable tout au long de la chaîne de distribution jusqu'au patient.

Même avec cette technique, il n'est toutefois pas envisageable de fabriquer des vaccins "à la demande" contre tout agent pathogène.

Face aux dangers potentiels d'un vaccin arrivé "à la hussarde", l'autorisation conditionnelle de mise sur le marché permet de surveiller de plus près les premiers mois de vaccination. Des inconnues subsistent cependant (le dossier éthique de Pfizer fait 140 pages): doit-on vacciner des personnes ayant déjà souffert du Covid? Les personnes vaccinées seront-elles encore contaminantes? Le vaccin fonctionnera-t-il sur les personnes âgées à l'immunité moins vivace? On l'espère car nombreuses personnes âgées ont été intégrées dans les essais cliniques. Le vaccin devrait également nous protéger des formes graves de la maladie. Par précaution, les femmes enceintes seront exclues de la vaccination. En tout état de cause, si une immunité de groupe "naturelle" est inaccessible dans le cas du Sars-Cov-2, il faudra atteindre au moins 70% de personnes vaccinées pour espérer retourner à la vie normale (soit cinq millions de Belges à moyen terme tenant compte des personnes déjà infectées).

Effets secondaires très rares

Il n'est quasi jamais arrivé qu'un vaccin soit retiré du marché en raison d'effets secondaires importants. Le vaccin anti-polio découvert en 1955 a permis des transmissions de virus car il était basé sur des anticorps. Les réactogenèses aux vaccins sont bénignes et observées généralement dans les semaines après la vaccination. Dans le cas des vaccins Covid, tenant compte de la proportion d'effets secondaires découverts lors des essais cliniques, d'ici six mois, au moins 100.000 personnes pourraient présenter des problèmes, tous vaccins Covid confondus.

Concernant le syndrome de Guillain-Barré (réaction auto-immune attaquant les nerfs périphériques et pouvant provoquer la paralysie) lié spécifiquement à un vaccin, le seul cas documenté par l'OMS concerne le vaccin Influenza aux États-Unis en 1976. 450 personnes sur 60 millions en furent affectées. Le vaccin fut retiré du marché.

Sur la question de la rapidité d'apparition des vaccins après seulement un an de pandémie et qui titille les réseaux sociaux, Arnaud Marchant, immunologiste à l'ULB, précise que cette performance est due à l'accélération des procédures, et notamment le chevauchement des phases cliniques I, II et III par "anticipation" des phases suivantes. En plus, des experts indépendants tenus au secret suivaient la procédure. On a aussi tiré des enseignements des expériences menées sur les Sars-Cov-0 et 1. "Si on compare à la grippe espagnole de 1918, nous sommes capables aujourd'hui de séquencer le génome d'un virus très rapidement..."

L'efficacité annoncée - entre 70 et 95% selon les marques - devrait augmenter au fur et à mesure que le risque de ne PAS tomber malade diminue avec l'augmentation des personnes vaccinées. La rapidité de mise sur le marché devrait être couplée à une sécurité identique due à un contrôle qualité qui ne l'est pas moins.

Marchant: "Il n'en reste pas moins que vacciner de manière équilibrée et juste 7,8 milliards d'humains demeure une odyssée de santé publique semée d'embûches qui révélera la véritable nature de nos sociétés et devrait transformer à jamais la vaccinologie."

A lire: "La vaccination. Fondements biologiques et enjeux sociétaux", Laboratoire d'Immunobiologie, Muriel Moser, directrice de recherche FNRS en Faculté des Sciences ULB.

Les voyants au vert

Une des raisons pour lesquelles les vaccins seront vraisemblablement efficaces sur le long terme est la relative faible variabilité du coronavirus, de l'ordre de quatre fois moins que le VIH. Ce faible taux serait dû à l'enzyme correctrice contenue dans le virus et qui est fatale à sa descendance au fur et à mesure des réplications. "Les variantes ne sont pas plus sévères que les formes précédentes du virus", explique Simon Dellicour , épidémiologiste de l'ULB. "Bien qu'il faille se soucier tout de même des 17 millions de visons atteints du virus au Danemark et qui pourraient réinfecter l'homme."

La résistance aux virus est, par ailleurs, et contrairement à la résistance aux antibiotiques, très faible, rassure Nicolas Dauby, infectiologue au CHU Saint-Pierre. La raison en est que les vaccins sont généralement très largement répandus dans la population. Le seul cas documenté est "l'échappée vaccinale" du vaccin contre l'hépatite B.

Autre bonne nouvelle: en raison du lymphocyte B "mémoire", le vaccin devrait avoir une durée d'efficacité relativement longue, certainement supérieure à six mois.

Bref, tous les feux semblent au vert pour les vaccins covid qui devraient être administrés dès le 5 janvier, selon le Premier ministre Alexander De Croo. Même si les chercheurs reconnaissent que le risque zéro n'existe pas.

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