Que nous réserve 2021?

La question semble presque comique, tant l'année qui vient de se terminer a clairement démontré à quel point il est difficile de prédire l'avenir... mais plusieurs sites d'information médicale se sont tout de même risqués à formuler quelques pronostics dans le domaine de la santé.
Trois sujets sont clairement en tête de la course: le vaccin, le vaccin et... le vaccin. À l'heure d'écrire ces lignes, l'EMA en avait approuvé deux contre la Covid-19, celui de BioNTech-Pfizer (Comirnaty) et celui de Moderna - une autorisation "conditionnelle", précise le site de l'Agence européenne du médicament. On attend actuellement les résultats complets des essais de phase 3.
Entre-temps, un certain nombre de pays ont commencé à vacciner sur le terrain, en donnant priorité aux personnes âgées. En Belgique, il s'agit en première instance des résidents des maisons de repos, ainsi que des personnes qui les encadrent. Les modèles statistiques ont en effet démontré que, dans la situation actuelle, il est préférable de commencer par immuniser le groupe le plus à risque de développer une forme grave de l'infection.
Jusqu'ici, on dénombre trois publications scientifiques relayant les résultats d'essais de phase 3: une sur le vaccin d'AstraZeneca(1), une sur celui de BioNTech-Pfizer(2) et une, la dernière en date, sur le vaccin de Moderna.(3)
Dans ces études, les vaccins étudiés semblaient présenter une efficacité remarquable pour prévenir la survenue d'une infection à Sars-CoV-2 symptomatique. Aucune des trois n'a toutefois pu présenter de résultats concluants quant à l'effet protecteur des vaccins chez les seniors. Celle qui concerne le produit d'AstraZeneca mentionne que le recrutement des participants âgés a débuté après celui des plus jeunes, ce qui explique leur faible nombre au moment de la publication des résultats préliminaires. Cette même étude précise qu'elle ne possède pas la puissance statistique nécessaire pour réaliser une analyse de sous-groupes. Pour le vaccin Moderna aussi, les données concernant des patients âgés restent jusqu'ici limitées.
La question se pose de savoir comment utiliser au mieux les doses actuellement disponibles
Reste que les résultats provisoires pour les groupes les plus âgés peuvent être qualifiés d'encourageants. Dans les études de phase 2, les aînés ont ainsi développé une réponse immunitaire aussi bonne que leurs cadets.
Des questions à la pelle
Quant à savoir si le vaccin peut aussi prévenir le portage asymptomatique, qui peut être une source de contamination, la question reste jusqu'ici sans réponse. Un débat passionné a également émergé autour de la meilleure manière d'utiliser les doses actuellement disponibles. Les trois produits ont été testés avec un schéma en deux doses administrées à trois ou quatre semaines d'intervalle suivant la spécialité. De nombreux experts dont ceux de la FDA estiment qu'il faudrait se tenir à ce schéma, ce qui signifie en d'autres termes que 50% des stocks doivent systématiquement être réservés en vue d'une seconde piqûre trois à quatre semaines plus tard. Un article publié dans la revue Annals of Medicine a toutefois calculé qu'un schéma plus souple permettant de reporter l'administration de la seconde dose pourrait prévenir 23 à 29% de cas de Covid-19 supplémentaires.(4)
Dans ses prévisions pour l'année à venir, Nature s'arrête également sur les vaccins encore en préparation chez Johnson & Johnson et Novavax - des produits plus faciles à utiliser, puisqu'ils ne doivent pas être conservés à très basse température et s'administrent en une dose unique.(5)
Lancet 2020 ; https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(20)32661-1.
N Engl J Med 2020 ; 383: 2603-2615.
N Engl J Med 2020 ; doi: 10.1056/NEJMoa2035389.
Ann Int Med 2021 ; https://doi.org/10.7326/M20-8137.
Nature 2021 ; 589, 14-15.
Mais il n'y a pas que ça!
Les sites des revues Science et Nature proposent également un aperçu des nouveautés attendues en-dehors de la saga du vaccin Covid-19. On peut notamment s'attendre à voir enfin surmonté un obstacle au traitement du cancer que l'on connaissait de longue date.
Cet obstacle, c'est la protéine KRAS codée par le gène éponyme, dont les mutations jouent un rôle important dans l'apparition de diverses tumeurs malignes (du poumon et du côlon, notamment). Cela fait plus de trois décennies que KRAS résiste aux efforts pour neutraliser ses effets... mais peut-être plus pour longtemps, car la FDA va se pencher cette année sur les données cliniques et précliniques d'un inhibiteur KRAS, le sotorasib, qui sera peut-être bientôt le premier produit de cette nouvelle classe à être officiellement approuvé. Sa première indication serait le cancer du poumon.
Bonne nouvelle aussi dans le domaine de la recherche fondamentale, puisque le développement de la cryo-microscopie électronique (cryo-ME) pourrait bien prendre un coup d'accélérateur cette année. Cette technique permet de visualiser les protéines afin de mieux comprendre leur fonction et devrait représenter un progrès conséquent par rapport à la référence actuelle dans ce domaine, la cristallographie aux rayons X. Contrairement à cette dernière, la cryo-ME n'est en effet pas réservée aux protéines qui peuvent être intégrées à des cristaux. Elle est parvenue en octobre 2020 à atteindre un seuil de résolution correspondant au niveau de l'atome... et les chercheurs espèrent bien faire encore mieux dans le futur!
Nature 2021 ; 589 , 14-15.
Science 2020 ; doi: 10.1126/science.abg3690.