Toujours faibles après six mois

Au cours des derniers mois, plusieurs publications ont mentionné que les conséquences des formes graves du Covid-19 continuaient de se faire sentir bien après la fin de la phase aiguë. A Wuhan, Chaolin Huang et son équipe de chercheurs ont réalisé l'étude avec le plus long suivi jamais publiée, avec un panel incroyablement large de paramètres.
Le suivi a eu lieu sur une période moyenne de six mois. La population s'élevait à quelque 1.700 patients Covid ayant quitté l'hôpital entre les premiers jours de janvier et la fin du mois de mai 2020. Âgés en moyenne de 57 ans, les participants ont répondu à des questionnaires lors d'une consultation de suivi.
Pourcentage spectaculaire: 76% d'entre eux ont fait état d'une persistance d'au moins un symptôme, principalement de la fatigue ou une faiblesse musculaire (63%) et de troubles du sommeil (26%). L'angoisse était également présente chez 23% d'entre eux. Les symptômes étaient plus intenses chez les patients ayant obtenu un score élevé sur une échelle de sept points relevant la gravité de leur état.
Les séquelles étaient aussi objectivement observables au cours de la consultation de suivi. Au cours du test de marche de six minutes, une partie des participants n'a pas atteint la limite inférieure de la distance habituellement parcourue: 24% ayant mentionné une score de gravité de 3 au cours de la phase aigüe, 22% un score de 4 et 29% un score de 5 ou 6.
Les poumons, mais aussi les reins
Un sous-groupe de 390 patients choisis au hasard ont été soumis à des tests pulmonaires. Un nombre incroyablement élevé d'entre eux présentaient une capacité de diffusion perturbée au cour du suivi: 22% des patients ayant obtenu un score de 3 en phase aigüe, 29% un score de 4 et 56% un score de 5 ou 6. Le scan CT des poumons a aussi révélé des séquelles, surtout des plages de verre dépoli, que l'on constate aussi avec le SarsS et l'influenza.
Les auteurs de l'étude pensent que les infections des voies respiratoires inférieures sont liées à l'activation de fibroblastes au cours de la phase de guérison. Ils ont analysé la médication administrée aux patients pendant de la phase aiguë de leur maladie. Les corticoïdes ne semblent pas avoir accéléré le retour à la normale des tests pulmonaires et du scan CT des poumons, bien que la dexaméthasone, comme cela a été largement rapporté, a permis de diminuer la mortalité en phase aiguë chez les patients les plus gravement atteints. Un suivi sur le plus long terme devra montrer si ces anomalies fonctionnelles et radiologiques disparaissent au final, ajoutent les auteurs de l'étude.
Au cours d'un test de marche de six minutes, une partie des participants ne parvenaient pas à atteindre la limite inférieure de la distance normale.
Autre découverte de taille chez les 1.700 personnes étudiées: l'atteinte rénale. Dans le groupe de patients ayant conservé une fonction rénale normale au cours de la phase aiguë, 13% présentent une diminution du eGFR au cours du suivi. Un argument de plus pour continuer à suivre les patients frappés gravement par le Sars-CoV-2.
Lancet 2021 ; https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)32656-8.
Les mutations ne menacent pas le vaccin
Depuis quelques semaines, une inquiétude entoure l'apparition de variants du Sars-CoV-2 dont la contagiosité est supérieure à celles des souches que nous connaissions jusque là. Ces mutations constituent-elles un danger pour l'efficacité du vaccin?
Les deux variants qui provoquent une nouvelle flambée du virus au Royaume-Uni et en Afrique du Sud sont apparus indépendamment, mais ont certaines mutations en commun. Ils induisent tous deux un glissement structurel dans le domaine de fixation au récepteur de la protéine spike. En d'autres mots, le segment de cette protéine qui se lie à la cellule hôte. On estime que la contagiosité en hausse est liée à une plus grande capacité de liaison, suite à une ou plusieurs de ces mutations.
Les chercheurs ont travaillé d'arrache-pied pour savoir si les mutations pouvaient affaiblir l'immunité acquise par le vaccin ou par l'infection originelle, en codant pour des sections du domaine de fixation au récepteur reconnu par les anticorps neutralisants. Il a d'ores et déjà été prouvé que le plasma de convalescents a autant d'effet sur certaines mutations que sur les souches que nous connaissons. D'autres pourraient se soustraire à l'activité neutralisante des anticorps, mais dans l'ensemble, le coeur est à l'optimisme. Le vaccin produit des titres d'anticorps neutralisants tellement élevés qu'une légère baisse de leur potentiel n'aura vraisemblablement aucun impact clinique.
Nature 2021 ; 589, 177-178.