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Le président de l'Absym sévère avec nos " dirigeants "

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Qualifié un temps de " drama queen " par une Maggie De Block un peu à côté de ses pompes, le président de l'Absym, le Dr Philippe Devos, a fait ce 22 janvier une allocution remarquée à la Commission spéciale Covid-19 de la Chambre. Il souligne l'impéritie générale de l'appareil de pouvoir en Belgique, les retards à l'allumage, la lenteur des réactions et le manque total d'anticipation. C'est ce qu'on appelle mettre les pieds dans le plat.

Nicolas de Pape - 22 janvier 2021

Philippe Devos rappelle en préambule le plan pandémie fédéral fin prêt après la grippe H1N1 et inutilisé, notant que, de toutes manières, la profession médicale n'est pas impliquée et donc peu préparée à la survenue d'une pandémie. " Durant les vacances de Carnaval 2020, lorsque mon directeur médical m'a appelé m'expliquant les enjeux du coronavirus et le déni dans lequel une partie des directeurs médicaux et hygiénistes se plaçaient, j'ai parcouru la littérature scientifique qui m'a permis de prendre conscience de la dangerosité de ce virus et de la sous-estimation majeure de ce danger par la ministre et ses conseillers du moment. La littérature à elle seule suffisait à comprendre le danger (...) Mais devant la multitude de personnes décisionnelles et le parti-pris de la ministre de s'entourer d'un groupe d'experts cooptés de 3 universités, nous étions condamnés à mal performer. Globalement, le médecin de terrain n'a pas assez été intégré dans la prise de décision. Seul un représentant du terrain était présent au Risk Management Group via le collège de médecine générale qui représentait les 3 associations syndicales. Les médecins experts présents dans les commissions n'ont jamais fait de retour vers les spécialistes. "

Perdus entre l'Inami, le SPF, les ministères, l'AVIQ, sciensano, le RAG, le RMG, l'hygiène provinciale, la commune, " plusieurs médecins ont cessé d'adhérer aux recommandations qui parfois, au fil des mises à jour, devenaient contradictoires ".

L'exemple de l'Italie

Le cas dramatique de l'Italie a néanmoins permis d'anticiper. " Dans de nombreux hôpitaux, le personnel de retour d'Italie a été mis en quarantaine alors que le Gouvernement ne préconisait à ce moment-là encore rien. Nombreux confrères et hôpitaux ont commandé du matériel et des médicaments avant l'installation d'une pénurie mondiale et organisé les horaires pour un afflux massif. De nombreux médecins ont déjà éduqué leurs patients aux gestes barrières et à la distanciation sociale alors que la Ministre en était toujours à tweeter " drama queen ". " Hélas, plus tard, les commandes anticipatives se heurteront à la centralisation aveugle.

Sans entrer dans la forfaitisation aveugle car elle n'a jamais démontré une efficacité supérieure, " il est nécessaire et urgent de réformer la rémunération médicale, en incluant une réflexion sur un nouveau financement de la prévention et la multidisciplinarité. Un financement à l'activité de type capitation semble utile pour certains actes ou pour le suivi de patients spécifiques. Le meilleur des financements sera multimodal. Le médecin doit devenir un entrepreneur social de la santé ".

Matériel de protection

Peu de médecins possédaient un matériel en stock. Les hôpitaux étaient passés au " just in time ". L'idée même de " stock " était un mot synonyme de mauvaise gestion depuis quelques années. Les médecins en présentiel disparurent au début de la pandémie. Les recommandations de Sciensano sur l'usage des masques, changeantes, on persuadé les médecins que l'institut était plus politique que sanitaire. L'apolitisme des conseillers ne convainc plus personne. " De nos jours encore, une majorité de médecins trouvent absurdes de ne pas recommander le port du masque FFP2 systématique pour la première ligne afin d'éviter tout risque de contamination de la part de patients asymptomatiques vu la nécessité de contact rapproché propre au métier médical. "

Pénurie de personnel

L'appel aux collègues internistes et anesthésistes, inévitable, n'était pas la panacée car ils n'avaient plus fait d'intensivisme depuis des années. Certains ont travaillé doublement, d'autres ont réduit de moitié leur activité et leur revenu, ont pris congé tandis que d'autres travaillaient 7j/7. " A l'hôpital, le besoin en infirmiers était tellement grand pour les patients Covid-19 que les unités Covid-19 phagocytaient les infirmiers des autres unités. Cela a imposé la fermeture de pans d'activités hospitalières (bloc opératoire, hôpital de jour, polycliniques, ...) par manque d'infirmiers. Pour pallier à ce besoin d'infirmiers, dans de nombreux hôpitaux, des médecins se sont portés volontaires pour pratiquer des actes de nursing. " Des MG sont arrivés aussi en renfort...

D'où l'idée des centres de tri. Hélas, débordés au cabinet, les MG ne furent plus disponibles pour les centres. Et l'afflux de patients Covid-19 fut compensé par une désertion totale des cas mineurs usuels aux urgences. " Il n'a jamais manqué de lits ou de respirateurs : il a manqué d'infirmiers qualifiés à la surveillance d'un respirateur. Les chiffres de lits disponibles ICMS n'ont jamais été publics, on a toujours dû passer par le 112 ou l'hygiène provinciale. Cela aussi génère de la suspicion. "

Vaccinations : perseverare diabolicum

Aurions-nous pu aller vers un mieux en matière de vaccination ? Non, selon Devos. " A nouveau, [la Taskforce est composée] d'un groupe de personnes choisies par le politique sans motivation divulguée quant aux motifs de sélection. Et à nouveau, les délibérations de la Taskforce sont à huis clos ce qui empêche de savoir si les recommandations de ces experts sont appliquées par le politique. " Les médecins ont un seul siège commun dans le Risk Management Group. " Nous sommes systématiquement exclus des autres groupes, malgré nos demandes répétées. "

Devos met par ailleurs en garde : " Concernant l'administration de vaccins en pharmacie, les vaccins à ARN induisant 10 fois plus de choc anaphylactique que les vaccins classiques, il nous semble contre-indiqué de les réaliser en officine. La vaccination doit se faire dans un milieu où un médecin apte à traiter ce choc est présent durant les 15 minutes après chaque vaccination. "

Mauvais testing

" On espérait apprendre de nos leçons lors de la seconde vague. Malheureusement, la décision de faire passer un achat en marché public non urgent a mis en retard la capacité de testing et a, à nouveau contraint le pays à enfreindre les recommandations de l'OMS en arrêtant de tester les asymptomatiques. Par ailleurs, ce manque de testing a provoqué des délais majeurs de publication de résultats (parfois plus de 5 jours) et des files interminables dans les centres qui publiaient encore leurs résultats dans des délais raisonnables. "

Se plaignant que le droit-passerelle n'ait pas été accordé lors de la seconde vague et que 100% des hôpitaux sont dans le rouge, Devos conclut: " Il est évident qu'une politique de " un patient, un ministre de la santé " aurait permis d'éviter bien des écueils, peu importe le niveau de pouvoir où ce Ministre siège... "

Thérapies...

" L'hydroxychloroquine a été largement utilisée dans les hôpitaux durant la première vague. Certains ont choisi de ne pas l'administrer comme l'a montré l'étude Sciensano. Concernant le Remdesivir, il était réservé à usage compassionnel et les quantités étaient très limitées par la firme. Seuls quelques hôpitaux ont pu en bénéficier. Concernant le zinc, le selenium, la vit C, la vit D, etc., il n'y avait pas de consensus. Chacun a fait à sa manière. Aucune étude clinique à ma connaissance n'a été lancée sur le sujet en Belgique. Il en est de même pour l'Ivermectine..."

Efficacité allemande

" A Liège, le 112 nous donnait le nom d'un hôpital pour envoyer le malade. Le médecin de l'hôpital demandeur cherchait à trouver le responsable des soins intensifs receveur via un dédale de transferts téléphoniques et de secrétariats divers. On proposait le transfert. Souvent le receveur nous annonçait que la place venait d'être prise. On téléphonait à nouveau au 112 qui nous orientait vers un second hôpital, et ainsi de suite. Il a parfois fallu 6 heures de temps médical au téléphone pour trouver une place. Côté Allemand, on téléphonait au numéro de régulation : l'opérateur nous envoyait dans les dix minutes l'hélicoptère et pendant le vol de l'hélicoptère imposait la prise en charge à un hôpital et nous mettait en relation avec le numéro direct du médecin receveur des soins intensifs. Ce fut la preuve qu'une autre organisation était possible."

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