Lymphogranulome vénérien en forte augmentation surtout chez les personnes séronégatives

Dans son dernier rapport sur la situation des IST au Royaume-Uni, le département de la Santé Publique anglais constate que les diagnostics de lymphogranulome vénérien ont atteint leur niveau record en 2019. Autrefois majoritairement concentré sur les HSH séropositifs, ces diagnostics se révèlent en très forte augmentation au sein de la population des HSH séronégatifs ou de statut VIH inconnu.
Concernant l'actualisation de la situation sanitaire en rapport avec le lymphogranulome vénérien ou maladie de Durand-Nicolas-Favre, une IST due au Chlamydia trachomatis, 4 observations se révèlent intéressantes sur le plan épidémiologique et clinique:
- La principale conclusion de ce rapport du département anglais de la Santé Publique est que les cas de lymphogranulome vénérien observés en 2019 atteignaient leur plus haut niveau depuis la réémergence de l'infection en 2013. En effet, il y a eu 1133 cas signalés par les laboratoires, soit une augmentation de 33% par rapport à 2018, ainsi que 1076 cas signalés par les cliniques de santé sexuelles, soit une augmentation de 56% par rapport à 2018. Pour les auteurs l'augmentation du nombre de tests ne peut à elle seule expliquer cette augmentation importante des diagnostics.
- La vaste majorité des cas (98%) impliquent des hommes et presque exclusivement (95%) des HSH, gays ou bisexuels. Les deux tiers des cas concernent des hommes âgés de 25 à 44 ans. C'est aussi la tranche d'âge où on observe la plus importante progression des diagnostics (+ 46%) mais on observe une augmentation générale des cas dans toutes les tranches d'âge de moins de 65 ans.
- La proportion de diagnostics de lymphogranulome vénérien impliquant des HSH séronégatifs ou de statut VIH inconnu a commencé à augmenter à partir de 2017 (+ 30% cette année là). Au quatrième trimestre, l'augmentation pour cette catégorie de patients a atteint son niveau record, soit + 60%. Si le taux de diagnostics de lymphogranulome vénérien est toujours environ 10X supérieur chez les HSH séropositifs et en augmentation de 22% par rapport à 2018, le constat d'une augmentation majeure chez les sujets séronégatifs est inquiétant et démontre une évolution de la situation épidémiologique dont il faudra tenir compte dans les stratégies de dépistage des IST.
- Pour les experts, cette augmentation des diagnostics chez les HSH séronégatifs pourrait refléter une plus grande mixité entre les réseaux sexuels (séropositifs et séronégatifs) à mesure que les interventions contre le VIH s'améliorèrent (PrEP et traitements antirétroviraux) et indiquer qu'un accès accru à la prévention du VIH modifie les comportements sexuels. Quoiqu'il en soit, ce constat renforce la nécessité d'accroître les messages de prévention face aux IST ainsi que le renforcement du testing auprès des catégories les plus à risque.
Réf: Public Health England, Health Protection Report 14(23), 2020, accès libre sur le site