La beauté est dans l'imperfection

Chirurgien, le Dr Erwin Van Der Veken a pratiqué le rugby durant 50 ans. C'est désormais dans la photographie que ce "bekende vlaming" opère sa passion. Un artiste, spécialisé dans la pratique hospitalière des enfants, qui oriente son focus sur les épreuves du temps.
L'appartement qu'occupe Erwin Van Der Veken à Jette est la demeure d'un artiste. Sa fonction première de chirurgien pédiatrique se floute sur le seuil de la porte d'entrée. Si ce n'est deux appels téléphoniques de collègues médecins durant l'interview, rien ne laisse deviner ici le vert de la tenue de bloc.
Passé un couloir ou de premiers travaux sont accrochés, une pièce de vie s'ouvre sur une baie vitrée. Entre la cuisine, le salon et la salle à manger, des réalisations d'autres artistes sont savamment placées à côté d'une seule photographie du maître des lieux. Une recherche du beau anime cette adresse.
D'une pièce que l'on devine être une chambre, le Dr Van Der Veken sortira tout au long de la rencontre quelques impressions photographiques sur ChromaLuxe. Une frénésie particulière qui trahit la passion.
Derrière chaque idée, il y a une femme
"J'ai toujours eu un certain intérêt pour la photo", confie-t-il. Mais c'est lorsque sa compagne lui demande de photographier sa palette de peintre qu'il se lance dans la macrophotographie. "Le lendemain, dans le train, que j'emprunte très rarement pour me rendre à Jolimont, je n'ai pas arrêté de photographier ce que je voyais par la fenêtre", raconte-t-il. Il s'en suit le début d'un travail qui aura un objectif: "ce qui est délaissé ou qu'on laisse dans la nature". Si les sujets sont reconnaissables au départ, le travail de Van Der Veken s'éloignera progressivement du sujet au gré de ses expériences. Désormais, les taches de couleur photographiées dans l'atelier du peintre Maurice Frydman semblent être les clichés d'un télescope aux confins de la galaxie.

Du bon dans le mauvais
La palette d'un peintre a plongé l'artiste dans la macrophotographie. Très vite les déchets, fruits d'une approche consumériste ou, a contrario, du recyclage, vont devenir le sujet de ses photographies. Un travail dans l'air du temps où le chirurgien refuse d'emblée de prendre les insectes comme sujet. "Mon objectif est que les gens regardent ce qui les entoure autrement." Une approche philosophique où le composte ou la rouille d'une voiture croisée en Grèce deviendront quelque chose de beau. Des objets apparemment bannis sur lesquels les regards pourront à nouveau se poser pour s'émerveiller. "On vit à 100 à l'heure, on voit mais on ne rêve pas ce que l'on voit."
En quittant son appartement, l'escalier en métal semble se tordre sous la pression du froid et du poids des corps. Le temps qui passe semble avoir été mesuré quelque part à Jette. Dans un ancien bâtiment industriel, rongé jadis par le temps et réhabilité pour que la vie s'y installe à nouveau, la roue tourne tel le collier d'un objectif, le temps l'accompagne. Il n'y a pas de hasard.
Le chromaLuxe dans la photographie
Le ChromaLuxe®est un média révolutionnaire. Les encres sont infusées dans sept couches différentes de vernis recouvrant des panneaux en aluminium. Les impressions sont d'une luminescence magique avec un effet quasi 3-D. Les noirs sont réellement profonds.
Bio express
Né dans une famille où l'on n'est pas médecin, le jeune Erwin connaît sa destinée depuis ses sept ans " pour soigner des gens et non pour faire de l'argent ". Dès ses premiers stages, la chirurgie devient une évidence. Elle sera pédiatrique car il adore le contact avec les enfants: " L'enfant, c'est merveilleux car quand il va mieux, cela se voit de suite, ce qui n'est pas toujours le cas des adultes. " Formé à la VUB-ULB, il fait sa chirurgie au CHU Brugmann. Il partira un an à Londres en 1990. Il verra naître l'hôpital des enfants Reine Fabiola où il reviendra après s'en être éloigné un temps. S'il y exerce deux jours semaine, c'est à Jolimont qu'il rencontre les enfants la plupart du temps. Dans un an et demi il tirera sa révérence à Saint-Luc, patron des médecins et des peintres. Il regrette de quitter une profession où les ministres successifs n'ont pas cru bon de reconnaître la chirurgie pédiatrique. " Le dernier pays d'Europe où c'est encore le cas. "