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La santé mentale, parent pauvre de la pandémie

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Le Conseil supérieur de la santé plaide pour que la santé mentale soit mieux prise en compte dans la gestion de la crise sanitaire. Lever le poids du Covid-19 sur le bien-être mental nécessite de renforcer la résilience, de rétablir les contacts sociaux, de retrouver la stabilité financière et d'avoir une stratégie de communication efficace et harmonisée.

31 mars 2021

Àl'heure d'un troisième confinement, la santé mentale de la population inquiète de plus en plus. Le Conseil supérieur de la santé (CSS) vient d'actualiser l'avis (1) qu'il avait émis en mai dernier sur ce sujet. Les experts ont nourri leur travail de l'analyse de la littérature internationale, d'une enquête réalisée auprès des professionnels de la santé et de l'inventaire des données belges (2). Ils ont présenté leurs conclusions le lundi 22 mars.

Manques

Depuis un an, des mots se sont ainsi imposés à nous. Parmi eux, "manque". Bien sûr manque de matériel de protection, mais surtout pour les professionnels de santé mentale, "manque de reconnaissance". Il préexistait à la pandémie, cependant l'étude Delphi, menée d'octobre 20 à janvier 21 auprès de 149 professionnels et 46 patients et aidants proches, pointe de façon unanime l'insuffisance de la prise en considération de la santé mentale dans cette crise. Le CSS relève également "le manque flagrant de vision claire quant aux perspectives et d'approche globale et concertée de la crise par les autorités. Personne ne sait vraiment où on va".

Ensuite, le "manque de reconnaissance pour le travail accompli par les professionnels de la santé mentale qui se sont sentis mis sur le côté alors que le secteur est historiquement sous investi". Enfin, le manque d'attention aux groupes les plus vulnérables (personnes âgées, malades chroniques dont les troubles psychiques et doubles diagnostics, victimes du Covid-19 et proches...).

Le poids d'un autre terme n'a cessé de gonfler ces derniers mois et inquiète l'OMS depuis le début de la crise sanitaire, c'est celui de "l'infodémie". Le CSS déplore "la difficulté d'accès à des informations claires et fiables, les incohérences et contradictions entre experts contribuant à un détestable chaos médiatique et entretenant un climat de peur et d'anxiété". Les médias sont par ailleurs invités à plus et mieux communiquer les bonnes nouvelles, histoire d'aider les citoyens à rester motivés et à positiver.

Résilience, deuils

"Résilience" est un autre mot que nous pratiquons actuellement au quotidien comme Mr Jourdain fait de la prose. Pour les experts, cette capacité d'adaptation doit être renforcée, par exemple sur les lieux de travail, notamment dans les soins de santé, le bien-être mental se trouvant aussi dans le travail. La sécurité financière est le premier facteur qui a permis et permet de tenir, suivie par le maintien d'un mode de vie sain et la nécessité d'une information gouvernementale claire.

Pour finir, n'oublions pas la problématique du "deuil", celui des proches qui n'a pas toujours pu être fait dans les meilleures conditions et aussi celui de la perte de contacts que nous impose encore et toujours cette période. "La société ne devrait-elle pas le reconnaître au niveau national et local?", s'est demandé Mieke van Gramberen (KUL), en soulignant le besoin de perspectives pour l'avenir et la nécessité de tirer les leçons de ce qui nous est arrivé et de se préparer aux futures pandémies.

Leviers d'action

"La solitude, l'absence de contacts sociaux, sont très importantes, particulièrement pour les jeunes et les personnes âgées. La perte d'emploi et la précarité ont un impact très négatif sur la psychologie et il y a un effet cumulatif de tous ces facteurs de risque. Enfin, il faut expliquer à la population ce qui se passe et pourquoi on prend certaines mesures. C'est la durée de la pandémie qui pose problème, ce qui nécessite une détection rapide des comportements problématiques, en cherchant de manière proactive les patients en souffrance. Il faut des soins échelonnés, avec un tri et une surveillance de la part des structures existantes. On préconise des interventions précoces et ciblées, avec des soins accessibles, en privilégiant le face-à-face. Et garantir la continuité des soins", a précisé Adélaïde Blavier (ULiège).

"La discontinuité des soins pendant la première phase a été une catastrophe, avec un grand nombre de rechutes. Cette première ligne doit donc rester fonctionnelle, même en cas de vague importante", a ajouté Frédérique Van Leuven (Centre Saint Bernard, Manage).

En conséquence, le CSS estime qu'il faut veiller à une "intégration active des professionnels de santé mentale dans la gestion de la crise et offrir un soutien structurel et financier à l' ensemble du secteur. Ensuite, il faut consolider une approche proactive et échelonnée par le biais d' une stimulation efficace de la résilience et des ressources personnelles des individus, d' un rétablissement rapide des contacts sociaux, du retour à la stabilité financière, de la mise en place d' outils d' aide facilement accessibles et centralisés et de l' orientation vers une aide professionnelle". Dernier point mis en avant: la professionnalisation et la pérennisation de la surveillance de l'impact du Covid-19 sur la santé mentale à l'aide d'indicateurs prédéfinis (alcoolisme, violence conjugale, solitude...).

Le CSS espère que son appel au monde politique sera mieux entendu que le premier lancé en mai dernier... "On a perdu des mois précieux, on aurait pu être beaucoup plus avancés si les autorités y avait accordé plus d' attention", a conclu Elke Van Hoof, présidente du groupe de travail Santé mentale et Covid-19.

1. www.health.belgium.be, avis 9610

2. Les chercheurs peuvent faire connaître leurs travaux: info.hgr-css@health.fgov.be

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