La vaccination antipneumococcique reste trop peu utilisée

Les pneumocoques peuvent être à l'origine d'infections sévères, en particulier chez les jeunes enfants et les personnes âgées. Ces bactéries sont notamment la première cause de pneumonies... et il n'en est que plus important, dans le contexte de la pandémie actuelle, d'accorder encore plus d'attention à la vaccination antipneumococcique des groupes à risque.
Mi-2020, en pleine crise du coronavirus, le Conseil Supérieur de la Santé appelait les médecins à accroître le taux de vaccination contre les pneumocoques chez les plus de 65 ans. À peine 10% de ce groupe d'âge sont en effet immunisés, alors même que les pneumocoques peuvent faire de gros dégâts. " Le vaccin est trop peu proposé, et bien à tort ", confirme le Pr Steven Callens, infectiologue à l'UZ Gent. " Les infections invasives à pneumocoques sont certes moins fréquentes que la grippe, mais leurs conséquences sont beaucoup plus graves. "
Les pneumocoques sont des bactéries qui peuvent être présentes dans l'organisme sans provoquer de symptômes, mais qui peuvent aussi être responsables d'infections sévères, en particulier dans les groupes à risque. Ils sont notamment la première cause de pneumonies chez les personnes âgées. S'ils se retrouvent dans la circulation sanguine ou le système nerveux, ils peuvent aussi entraîner une septicémie (empoisonnement du sang) ou une méningite - et, là encore, ce sont surtout les personnes âgées à l'immunité défaillante qui courent un risque accru. " Et on l'oublie encore trop souvent, en particulier chez les patients porteurs du VIH, qui ont vraiment besoin de ce vaccin ", souligne le Pr Callens. Le Pr Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre, est lui aussi un ardent partisan de la vaccination antipneumococcique. " Le vaccin pneumocoque est trop peu utilisé, les médecins oublient de le proposer ", observe-t-il. " Ce serait un grand progrès si leurs logiciels de gestion des dossiers pouvait leur rappeler qu'il est temps de vacciner leurs patients contre le pneumocoque, afin qu'ils puissent au moins aborder la question avec eux. " Le Pr Van Laethem souligne que la crise de la Covid contribue à braquer les projecteurs sur l'importance capitale des mesures de prévention. " Le gouvernement pourrait en tirer les leçons. Il faut accorder une attention plus grande aux vaccins, et en particulier à l'immunisation des adultes. "

À côté du Conseil Supérieur de la Santé belge, l'Organisation Mondiale de la Santé aussi a récemment (en octobre 2020) revu ses recommandations sur la vaccination antipneumococcique chez l'adulte. Elle préconise désormais, dans les pays où il existe déjà un programme de vaccination pédiatrique efficace, de mettre également en place un programme de vaccination pour les sujets adultes.
Pour qui?
La vaccination antipneumococcique est reprise dans le schéma vaccinal de base des nourrissons et des jeunes enfants et remboursée dans cette indication. Elle est bien suivie chez les tout-petits. Chez les enfants de moins de cinq ans, les infections à pneumocoques peuvent provoquer une méningite ou une septicémie. Chez les personnes âgées, elles sont surtout responsables de graves pneumonies... et si les bactéries se retrouvent dans le sang, elles tuent 12% des patients à 65 ans et deux fois plus à 85 ans. La vaccination contre le pneumocoque est donc recommandée aux personnes âgées de 65 à 85 ans, ainsi qu'à tous les adultes qui présentent un risque accru d'infections en raison d'une immunité réduite, dont notamment les malades chroniques, les personnes vivant avec le VIH, celles qui ont subi une ablation de la rate et les gros fumeurs et consommateurs d'alcools. Il a été suffisamment prouvé que la vaccination peut prévenir la survenue de pneumonies et abaisser de moitié le risque d'autres d'infections sévères à pneumocoques. Chez les plus de 85 ans, nous ne disposons par contre pas de preuves suffisantes de l'efficacité du vaccin antipneumococcique. La vaccination doit être répétée tous les cinq ans chez les adultes qui présentent un risque accru d'infections en raison d'une immunité réduite ou d'une maladie chronique. Les effets secondaires se bornent généralement à une douleur au site d'injection ; ils est rare qu'ils soient sérieux.
Bodytalk & MSD (Merck&Co aux États-Unis)
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" Les gens ont le droit de poser des questions sur les vaccins "
La firme pharmaceutique MSD commercialise depuis plus de 50 ans des vaccins et apporte ainsi une belle contribution à la maîtrise de maladies infectieuses dangereuses comme la polio, la rougeole, l'hépatite, les infections à pneumocoques ou encore le cancer du col de l'utérus. L'entreprise a toutefois aussi régulièrement été aux premières loges pour constater que les nouveaux vaccins - comme ceux contre la covid-19 - suscitent souvent bien des doutes et des questions chez les citoyens. " Que les gens posent des questions sur la vaccination est une bonne chose, estime Brecht Vanneste, managing director chez MSD Belgique. Le doute est permis. Il est très important pour nous d'entrer en dialogue avec les citoyens et les patients. "
Lui-même n'est pas partisan d'une vaccination obligatoire. " Nous ne croyons pas à cette approche et préférons investir dans la participation des patients dans leur santé. "
Après avoir un temps investi dans des vaccins contre le coronavirus, MSD s'est recentrée sur les antiviraux. Brecht Vanneste lui-même suit de près la crise covid-19: " Elle a provoqué énormément de souffrances, mais j'espère que tout le monde, y compris le secteur pharmaceutique, en tirera les leçons. Nous collaborons avec les autorités et d'autres structures de recherche comme les universités afin de développer le plus rapidement possible des vaccins sûrs et efficaces. Espérons que cela fera enfin évoluer l'image que certains ont de l'industrie pharmaceutique. "
La crise offre aussi la possibilité de repenser le système de financement. " Dans le modèle actuel, nous dépendons de quelques produits à succès qui contribuent à financer la recherche sur les innombrables molécules candidates qui seront finalement abandonnées. Il faudrait faire autrement, et mieux. Nous devons réfléchir, en concertation avec les autorités, à un modèle qui permettrait de garder le prix des produits couronnés de succès à un niveau abordable, sans mettre en péril la recherche sur les maladies contre lesquelles il n'existe pas encore de remède efficace. Il faudrait investir davantage dans la prévention, et notamment dans la vaccination. Cela contribuerait à niveler les inégalités de santé et à obtenir une meilleure qualité de vie à l'échelon de la population ", conclut Brecht Vanneste.