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C'est reparti! Trop fort?

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L'inflation est plus élevée que prévu et nous devrons peut-être relever les taux d'intérêt plus tôt: c'est en substance ce qu'a déclaré vendredi un des patrons de la banque centrale américaine. À la veille des vacances, les investisseurs savent à quoi ils devront prendre garde dans les mois à venir!

23 juin 2021

Les perspectives de croissance économique sont revues à la hausse de part et d'autre de l'Atlantique et la confiance des entreprises a dépassé son sommet de 2018 dans l'OCDE, c'est-à-dire dans l'ensemble des pays développés. Cet optimisme vaut également pour la Belgique, où la Banque nationale vient de porter sa prévision de croissance à 5,5% pour l'année en cours, alors que son étude précédente, en mars, tablait sur 3,5% à peine. Elle ajoute, ce qui n'est pas anodin, qu' "à la fin de 2021, le PIB renouerait par conséquent avec son niveau d'avant la crise". On estimait précédemment qu'il faudrait attendre le courant (voire la fin) 2022 pour retrouver le niveau de 2019.

Et ceci "entre autres grâce aux progrès de la campagne de vaccination, qui permettront un assouplissement progressif des mesures restrictives". Et donc un retour à la normale, voire un rattrapage plus ou moins spectaculaire. Certains envisagent en effet, en Europe comme aux États-Unis, une véritable euphorie de la part des consommateurs une fois leur "liberté" totalement retrouvée. Plusieurs sociologues affirment que les trimestres à venir pourraient ressembler aux années "folles" ayant suivi la première guerre mondiale. Tout baigne donc? Difficile de ne pas répondre par l'affirmative, sous réserve qu'il y a quand même quelques nuages à surveiller, ceux-ci étant la conséquence de cela.

Croissance et inflation plus élevées

On a, dans ces pages, évoqué en mars dernier un phénomène qui avait à l'époque suscité un réel émoi: la progression de l'inflation et, dans son sillage, celle des taux d'intérêt à long terme. En ce qui concerne la hausse des prix, il faut bien constater que la tendance s'est confirmée depuis et même renforcée. Certes, les prévisions européennes restent sages: la BNB attend une augmentation des prix de 2,2% cette année en Belgique, tandis qu'on avance 1,9% à peine pour la zone euro. Tout à fait dans la ligne de l'inflation annuelle (c'est-à-dire calculée à 12 mois d'écart) de 2% observée pour le mois de mai. Il n'y aurait donc pas d'accentuation durable à attendre. Les prévisions sont cependant faites pour... être révisées en fonction des circonstances.

C'est dans cette optique qu'on suit avec intérêt la situation qui prévaut aux États-Unis. Le pays est en avance sur l'Europe au niveau de la vaccination et, partant, du rebond de l'activité économique. Dans les prévisions annoncées la semaine dernière, la banque centrale américaine, Fed pour les intimes, a encore arrondi vers le haut la croissance attendue cette année, la portant de 6,5 à 7%. On a bien compris que c'est énorme!

Un rebond économique aussi violent, dans le sillage de celui de la Chine, a des conséquences spectaculaires: pénuries (de semi-conducteurs notamment) et flambée des prix. Après son effondrement de l'an dernier, le pétrole est revenu au-dessus de son niveau de 2019 et le cours du cuivre a doublé, tandis que les matériaux de construction s'envolent... quand on arrive à s'en procurer. Le prix de certains bois de charpente a triplé depuis le printemps 2020! Résultat: l'inflation grimpe ces derniers mois. Si elle n'arrive encore qu'à 2% en Europe, elle a flambé à 5% aux États-Unis, toujours en mai, venant de 1,4% à peine en janvier. Le terme "flambé" n'est vraiment pas excessif!

Les taux vont-ils suivre...

Cet envol est temporaire, rassurent tant les banquiers centraux qu'une majorité d'économistes. Pour plusieurs raisons. Il y a par exemple l'effet de base. Entendez: base de comparaison. De nombreux prix avaient flanché l'an denier, suite à la pandémie. Dans la zone euro, l'inflation avait même terminé l'année 2020 en territoire négatif, à -0,3%. Conséquence: un simple retour à la normale prend des allures de forte inflation à un an d'écart. Cet effet de base va par définition s'atténuer au fil du temps. Autre élément: les pénuries s'expliquent en partie par la mise à l'arrêt, ou au ralenti, de nombreux sites de production, en raison des mesures sanitaires. Ici aussi, la situation va progressivement se normaliser.

Logique, crédible, mais... pas nécessairement bétonné pour autant. Une récente étude de Bank of America révèle que deux tiers des gestionnaires de fonds partagent l'opinion commune... ce qui signifie qu'il y en a quand même un tiers qui ne sont pas de cet avis. De son côté, un observateur aussi averti et respecté que Jamie Dimon, le patron de la banque américaine JP Morgan, a déclaré la semaine dernière qu'il s'attendait à davantage d'inflation, ainsi qu'à des taux d'intérêt plus élevés. C'est pour profiter de ce supplément de rendement qu'il a parqué 500 milliards de dollars au bilan de la banque, a-t-il précisé.

... et plus vite qu'attendu?

Il est logique que les investisseurs exigent un rendement plus élevé de leurs placements obligataires quand l'inflation augmente. Si ces taux n'ont guère grimpé au cours des derniers mois, c'est parce que les banques centrales achètent des paquets d'obligations d'État. Ceci oriente les cours à la hausse et, en conséquence, les rendements à la baisse, pour soutenir la conjoncture. Mais puisque cette dernière s'inscrit à présent au beau fixe aux États-Unis, "il serait approprié d'envisager d'annoncer un plan de réduction de ces achats", a déclaré mercredi dernier Jerome Powell, le président de la Fed. Voilà une déclaration encore très prudente, mais significative! Wall Street a d'ailleurs accusé le coup, du moins brièvement. Par ailleurs, il fut alors question d'un double relèvement des taux de base par la Fed à l'horizon 2023 et non plus 2024, comme évoqué en mars. Il s'agit là du taux à court terme, mais un tel mouvement percole inévitablement sur les taux à long terme. Deux jours plus tard à peine, voilà que James Bullard, un de ses collègues, enfonce le clou. Constatant que l'inflation américaine était plus élevée qu'attendu, il laisse entendre qu'il faudra peut-être relever les taux dès 2022. Conséquence: les Bourses ont subitement terminé la semaine en repli, conscientes qu'un changement de décor se profilait. Voilà les investisseurs prévenus...

Bourse: les gagnants et les perdants

Dans un environnement de taux d'intérêt s'inscrivant en hausse, à quoi l'investisseur peut-il s'attendre? Appréciés pour leur rendement, les actifs immobiliers comptent historiquement parmi les victimes d'une hausse des taux. Du moins si celle-ci est sensible et qu'elle n'est pas parallèle au rebond du tonus économique. Car si tel est le cas, les loyers pourront sans trop de problèmes être indexés. Or, aujourd'hui, la hausse des taux reste en retrait du rebond de ce tonus. Les analystes ne nourrissent dès lors guère d'inquiétude à leur sujet.

Les banques, de leur côté, profitent d'une hausse des taux, surtout quand elle est liée à l'amélioration conjoncturelle. Pour être plus précis, elles profitent d'une hausse des taux à long terme, ceux auxquels elles consentent des crédits, par rapport aux taux à court terme, ceux auxquels elles récoltent des capitaux. C'est ce que les professionnels appellent une "pentification de la courbe des taux". En français de tous les jours: leur marge s'accroît. Ce n'est pas pour rien que l'action BNP Paribas est en hausse de quelque 50% sur un an, tandis qu'ING a bondi de 80%.

La grande victime d'une hausse des taux, ce sont les valeurs de croissance, en particulier technologiques. Le néophyte peut s'en étonner, puisque ce n'est vraiment pas pour leur rendement de dividende - il est fréquent que ces entreprises n'en paient pas- qu'on les achète. L'explication est ailleurs. Quand on acquiert une valeur de croissance, on achète les bénéfices croissants espérés dans les années futures. On paie donc aujourd'hui pour recevoir demain ou après-demain. Quand les taux sont proches de zéro, pas de problème: on ne se prive pas d'un revenu pendant les prochaines années. Ce n'est pas pareil si l'on peut obtenir 2 ou 3% par an d'un placement obligataire. Autrement dit, les bénéfices qui seront réalisés dans cinq ou dix ans valent moins en euros ou dollars d'aujourd'hui. À preuve: lors de la petite remontée des taux américains observée en février dernier, l'indice Nasdaq des valeurs technologiques a flanché de 13%. Ce n'est pas négligeable et c'est une leçon à retenir.

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