PremiumLe journal du médecin

Icônes conjuguées

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À la fondation Boghossian, une exposition se consacre aux icônes en les confrontant à leurs représentations artistiques actuelles...

15 septembre 2021

Au coeur de la montagne libanaise, l'on trouve encore des monastères, où se déploie notamment la tradition des icônes des Chrétiens d'orient qui y sont encore présents.

Le commissaire lui-même de cette exposition est une icône: Henri Loyrette fut directeur du musée d'Orsay et du Louvre, personnalité d'une grande humilité, un saint dévoué à l'art qui, dès le début de sa carrière pensionnaire à l'académie de Rome, s'est plongé avec intérêt dans l'histoire des icônes au travers d'une Histoire de l'Art de Jean-Baptiste d'Agincourt à la fin du 18e siècle retrouvé à la bibliothèque du Vatican, lequel faisait le lien entre Antiquité et Renaissance au niveau de l'histoire de la peinture.

Des icônes qui eurent une influence sur les premiers renaissants italiens dont Giotto, et inversement à voir une "Déposition de la robe" magnifique de la fin du 16e et issue d'une collection privée belge, lesquelles semblent recelés de trésors.

Le commissaire insiste d'ailleurs sur le regard tronqué que nous portons sur les icônes, présentées sous une lumière fervente et dans une ambiance de recueillement certes, mais qui était avant tout des objets de dévotions, de regard furtif et de révélation. L'icône en révélant ne fait que montrer une réalité: celle de la présence divine. Une forme d'art aux canons immuables dans le christianisme oriental, une tradition dont se réclame Sarkis, d'origine arménienne, dont les cadres en bois révélant une image fantomatique, ou les vitraux éclairés en forme de christ ou référant à des icônes orientales ou d'autres civilisations, se situent dans une continuité culturelle en ce qui le concerne.

La Madone au Coeur Blesse de Pierre et Gilles
La Madone au Coeur Blesse de Pierre et Gilles© Fondation-Boghossian

Lio et Stromae

À l'entrée, La Madone au coeur blessé de Pierre et Gilles, toujours aussi kitschs, prend les traits de Lio, rappelant ses origines d'un catholicisme portugais tout aussi rococo. Leur "Forever" qui campe un Stromae à jamais orphelin de Cesaria Evora, rappelle aussi Fatima.

Yan Pei-Ming choisit lui de peindre la figure en grisé de Den Xiaoping, pour qui l'artiste affiche une vénération sincère, le Petit timonier lui ayant permis de devenir le peintre qu'il est aujourd'hui.

Non loin de là, une sculpture réaliste de Duan Hanson fait d'un Noir laveur de vitres une icône moderne... bien plus qu'un simple technicien de surface. De surface, il est aussi question chez l'espiègle Wim Delvoye qui place le vitrail de Saint-Étienne au milieu d'un but de football... Allez les verres?

Dans un dialogue fertile entre oeuvres anciennes et nouvelles, on redécouvre la Sainte Face de Claude Millan dessin de 1649 qui évoque le voile de Sainte-Véronique, un Buisson ardent splendide, anonyme, et donc "iconique", auquel répond de belles icônes brûlées de Fabrice Samyn.

Un jeune Christ aux gros yeux typique, de Van De Woestyne est placé non loin d'une Notre-Dame de Penmarc'h de Lucien Lévy-Dhurmer, bretonne, de la fin du 19e, reflet d'une Bretagne plongée elle aussi dans une ferveur chrétienne en effet quasi orientale.

Des oeuvres plus surprenantes balisent différents siècles notamment ce portrait de Max Elskamp signé Henry Van de Velde qui l'auréole telle une apparition christique de ressuscité, aux côtés deux oeuvres aux allures faussement enfantines de Georges Rouaut (dont une Sainte Face) suivies logiquement d'une Tête d'otage art brut de 1945 de Jean Fautrier. Par contre la Head de Marwan, toute en épaisseur et esquisse colorée, évoque l'oeuvre fantomatique - malgré les couches de peinture - d'un Eugène Leroy.

Lauren Bacall et Warhol

Plus abstrait, Arnulf Rainer donne une forme de crucifix à la toile qu'il "immacule" seulement de quelques taches. Une forme allusive reprise par Douglas Gordon qui présente un diptyque de deux bras tendus comme sur une croix, tandis que sa Lauren Bacall sans yeux ni bouche semble tout droit sortir d'un remake de L'exorciste. Après Den Xiaoping, difficile d'échapper au Mao de Warhol ou à sa princesse Béatrix, des Pays-Bas, oeuvre qui, réalisée pour l'argent, le voit en effet tomber bien... bas.

Titus Kaphar et son Created in his likeness montre la silhouette du christ uniquement, son corps étant enduit d'un goudron, se référant de la sorte parfaitement à la notion de présence absente des icônes traditionnelles, tout comme ce miroir brouillé d'un badigeon de gel translucide qui annihile l'effet miroitant de la plaque en Dibond de Bertrand Lavier: l'oeuvre évoque, dans le cadre de cette exposition, la réalité invisible de la croyance d'une révélation qui ne peut se refléter qu'au-delà... du voile des apparences.

Icônes, jusqu'au 24 octobre, de mardi à dimanche de 11 à 18hVilla Empain

Avenue Franklin Roosevelt, 67- 1050 Bruxelles

T. +32 2 627 52 30 /info@boghossianfoundation.be/ www.villaempain.com

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