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Luc Herry : " Il faut mieux financer les syndicats médicaux "

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Homme de l'ombre, le Dr Luc Herry succède au scintillant Dr Philippe Devos à la tête de l'Absym dont il termine le mandat jusqu'en mai prochain. Une présidence de transition qui pourrait toutefois être chaude. A la clé: le budget (voté ce lundi, lire page 2), l'amélioration du fonctionnement interne du syndicat médical, le refinancement des syndicats et le rattrapage de la baisse des dépenses et des honoraires des médecins due à la pandémie et comment sortir de celle-ci et, enfin, des élections médicales plus équitables pour l'Absym et le Cartel vs AADM.

Nicolas de Pape - 6 octobre 2021

Le journal du Médecin: Votre présidence est une présidence de transition... La logique voulait qu'elle échoie à un généraliste ou est-ce un hasard?

Dr Luc Herry: Il n'y a pas vraiment de logique. Il fallait un médecin ayant des disponibilités et qui connaît bien cette matière si complexe des soins de santé. J'ai une certaine expérience. Mais je suis toujours resté dans l'ombre. Je n'avais pas de poste important. Maintenant je suis dans la lumière. C'est beaucoup plus éreintant bien entendu.

Allez-vous pouvoir d'ici mai-juin (date des élections médicales et de la fin de votre mandat de transition) lancer de nouveaux dossiers à long terme?

Il y a une continuité dans la défense syndicale qui est organisée depuis turelure. Il faut donc continuer. J'ai cependant, peut-être, une vision différente. Je vais continuer à marquer mon empreinte. On a beaucoup de chantiers en route. Notamment la réforme de notre mode de fonctionnement lancé par Philippe Devos. Il faut que nous soyons plus opérationnels. Il ne faut pas perdre du temps avec des choses inutiles. Il faut revoir le statut des syndicats en fonction de la nouvelle législation en 2024.

Médecine générale

Vous avez constaté que votre mode de fonctionnement pourrait gagner en efficacité?

Oui. Mais aussi en transparence. Et du respect par rapport à nos confrères. Pour ma part, j'ai oeuvré déjà au niveau de l' "Absym Wallonie". On a fusionné les deux chambres syndicales wallonnes des médecins depuis un an et demi, c'est déjà une belle réussite.

Vous sentez la différence?

Complètement. Surtout tenant compte du fait qu'on est toujours en période Covid-19. Au niveau de l'Absym Wallonie, le système des chambres syndicales était vieillissant. On parlait des provinces (ndlr: Chambre Liège-Luxembourg, Chambre Hainaut-Namur-Brabant wallon). Les gens ne s'y retrouvaient pas vraiment. Maintenant, nous avons l'Absym fédérale, l'Absym Wallonie. C'est plus clair.

Allez-vous profiter de ce court mandat pour mettre l'accent davantage sur la médecine générale, faire avancer des dossiers en la matière ? Même si l'Absym est paritaire, vous êtes quand même généraliste...

C'est certain... Je constate d'ailleurs que la médecine en général est mal ficelée et mal financée. À force d'avoir fait des économies depuis maintenant 20 ou 30 ans, on arrive au bout du bout. Le secteur hospitalier est en difficulté. Les médecins hospitaliers subissent des prélèvements excessifs. Les médecins généralistes, on leur demande beaucoup. Notamment d'être plus performants dans les dossiers informatiques. Ça prend du temps. Et ce temps est peu rémunéré. Au niveau financier, le MG ne s'y retrouve plus.

La crise Covid-19 a tout de même mis les hommes politiques sur la défensive... Aucun n'oserait encore aujourd'hui proposer des économies. La Commission spéciale Covid-19 de la Chambre (lire notre dernière édition) a demandé de nouveaux investissements et exigé un suivi de ses recommandations. Pensez-vous que la pandémie peut paradoxalement contribuer à améliorer les conditions de travail des médecins et leurs rémunérations ?

Le Covid-19 a en tout cas montré notre efficacité. Le système de santé belge a démontré qu'il pouvait faire face. Et les médecins ont montré qu'ils savaient prendre leurs responsabilités. Les confrères se sont beaucoup donnés pour une rémunération moindre. Le " trend " 2020-2021 et négatif pour les dépenses (ndlr : lire jdM n°2685). Le gouvernement a eu des frais importants : les tests, la vaccination, etc. Nous ne sommes pas responsables. C'est la pandémie. Le budget Covid-19 est heureusement mis à part. Mais le trend honoraires médicaux est négatif et de manière importante. Nous voudrions bien le récupérer. L'origine est la baisse des actes, encore plus en médecine spécialisée. Pour le budget 2022-2023, nous demandons un rééquilibrage, un rattrapage. Beaucoup de médecins donnent des emplois à des salariés... Ceux-ci sont toujours payés, ils ont leur indexation, toujours complète, plus élevée et ils ont une ancienneté. J'ai toujours eu du mal à accepter que, bien qu'indépendants pour la plupart, nous n'ayons pas d'ancienneté... Les autres indépendants (Horeca, commerce etc.) peuvent augmenter leurs tarifs pour compenser le coût de la vie. Les médecins ne peuvent pas. Notre index est raboté... Tout cela est lourd au bout de plusieurs décennies. Le personnel qu'on engage, a droit à son ancienneté et l'indexation, c'est quasi 40% sur le long terme...

Financement et nombre de voix

Au niveau du financement des syndicats, Maggie De Block ne semblait pas très convaincue de votre utilité. Avec Frank Vandenbroucke, cela change-t-il les choses dès lors que les médecins se sont rendus très utiles pendant la pandémie ?

Depuis 2019, nous constatons une amélioration du financement. Maggie De Block avait diminué la subvention en fonction de la baisse du nombre de votants aux élections médicales. Elle n'avait pas augmenté le financement par vote. Et comme le vote n'est pas obligatoire, c'est compliqué... Faut-il le rendre obligatoire ? On verrait les choses autrement... Nous avons rediscuté avec Jo De Cock d'une amélioration du financement. On l'a obtenue et nous sommes revenus aux bases précédentes. Maintenant, c'est indexé... Mais cela reste riquiqui.

L'idée d'un directeur opérationnel à l'Absym, c'est toujours dans l'air ?

Oui. On a besoin d'être secondé. Les réunions sont nombreuses. Il faut être attentif à un paragraphe par ci par là. Tout ça est chronophage.

Ce serait plutôt un " civil ", juriste par exemple ou tout de même un médecin ?

Cela pourrait être un médecin car il aurait une vision médicale. Cela peut aider. On n'a pas encore décider du profil. Mais avec le nombre de réunions tous azimuts, nous aurions besoin, non pas d'un directeur opérationnel, mais deux personnes. Avec le profil demandé, c'est deux fois 150.000 euros brut patronal par an. Cela fait 300.000 euros...

"Des élections médicales plus équitables"

Au niveau financement justement, récemment, vous avez réclamé des élections médicales " plus justes ", étant donné l'éternel problème de AADM...

On réclame que tous soient sur un pied d'égalité. Le Cartel et l'Absym couvrent tout le pays. Nous sommes présents dans les trois Régions. Et même dans la région germanophone. Au niveau communication, cela entraîne des frais. Il y a le problème des traductions. Un syndicat sur une seule région et défendant seulement les MG, a des coûts moindres. C'est inéquitable.

N'était-ce pas une création de Ri De Ridder, lui-même proche sur SPA (actuellement Vooruit) ? Et donc Frank Vandenbroucke souhaite qu'AADM subsiste, j'imagine ?

Sans doute. C'est un syndicat plus proche de sa vision... C'est toujours le principe diviser pour régner. L'AR de 2018 prône 10% minimum de présence dans une autre région. Je serais partisan de cet AR de 2018 mais qu'une présence minimum de 10% des membres soit exigée dans toutes les régions (excepté la Région germanophone)...

"La conservation des vaccins était complexe"

En matière de vaccination, aurions-nous pu aller plus vite en impliquant davantage les généralistes ?

C'est un grand débat. La problématique c'est la conservation des vaccins très complexe. Puis cela s'est amélioré. Les centres de vaccination ont permis aux MG d'être opérationnels. Vu le contexte de conservation des vaccins, c'était la bonne solution. Maintenant, nous évoluons vers un système hybride. Les primes à la vaccination et le booster arrivent... C'est une bonne chose.

"Les pénuries sont loco-régionales"

En tant qu'ancien maître de stage, auriez-vous un commentaire sur les horaires des assistants, leurs rémunérations, leurs conditions de travail ? L'Absym a souligné qu'il y avait un vrai problème.

On s'oppose à l'exploitation de l'assistant, c'est évident. La grille horaire doit être gérable. L'assistant ne doit pas travailler 45 heures semaines. Les gens qui exploitent cette main d'oeuvre devraient trouver un arrangement avec l'assistant. Le maître de stage doit aussi rester dans les clous pour que chacun s'épanouisse dans son travail. Il doit veiller à ce que l'assistant suive convenablement sa formation. Il faut respecter l'un et l'autre. Le MS consacre beaucoup de temps à l'assistant qui doit continuer à se considérer comme professionnel en formation. Les dérapages doivent être mis en évidence mais il n'y en a pas partout ! Aucun des assistants que j'ai formé n'a été malheureux, que du contraire. Trois sont restés avec nous.

Face aux pénuries, pouvons-nous augmenter notre capacité de formation ?

La pénurie est loco-régionale. Elle n'est pas générale. En Wallonie, par exemple, nous avons 3.600 MG pour 3,6 millions de personnes. Un MG pour 1.000 personnes. On n'est pas du tout en pénurie ! Ni la Commission de planification fédérale, ni son équivalent régional ne discute du bon chiffre. Aux Pays-Bas, il y a un MG pour 2.000 habitants, deux fois moins. La Région wallonne met le cap sur 0,9 MG pour mille habitants. Globalement, nous sommes mal répartis. La plupart des médecins s'installent en urbain et péri-urbain et pas en rural.

Le système de planification actuel est donc adéquat en nombre absolu ?

Non car il faudrait une planification géographique. Regardez les pharmacies, les notaires... Vous ne pouvez pas ouvrir une étude de notaire ou une pharmacie ou vous voulez. Mais un cabinet médical, c'est où l'on veut. Ne faut-il pas revoir cela. Est-ce utile d'avoir une pléthore de cabinets médicaux dans et autour des villes ?

J'imagine que ces médecins y trouvent leur compte d'être proches des villes ?

Ils sont attirés par la vie sociale... Certains au contraire aiment être isolés dans la campagne, tranquilles, pas d'embouteillage. Mais la majorité des jeunes préfèrent la ville... La solution pour le rural c'est de créer des centres multidisciplinaires où des professionnels de la santé se rendent même s'ils vivent dans des zones plus urbaines. La Belgique n'est pas un grand pays. On créerait donc des " unités pluri " où les professionnels de soins vont travailler plusieurs heures sur la journée. La plupart des professionnels travaillent en " multi " n'ont plus de lieu de travail à domicile. Ils se déplacent dans un cabinet médical, 200 m ou 20 km. Au jour d'aujourd'hui, on considère que les médecins travaillant solo et multi se répartissent à 50/50. En 2012, c'était 70/30 pour le solo...

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