Comment améliorer l'accès aux soins de santé des plus démunis

L'Observatoire sociale européen (OSE) propose d'étendre le tiers payant à tous les soins ambulatoires et d'accorder automatiquement l'intervention majorée afin d'améliorer l'accès aux soins aux personnes à faible revenu. L'ensemble des mesures doivent toutefois maintenir l'équilibre au sein du système entre assurés ordinaires et précaires. Frank Vandenbroucke, qui a réceptionné le rapport plébiscite une autre proposition de l'OSE: l'abaissement du plafond du MàF à 250 euros.
Constatant que l'accès aux soins de santé est généralement excellent mais problématique pour les patients à faibles revenus, l'Inami a demandé à l'OSE de réfléchir à des solutions. L'OSE a consulté plus de 100 experts via une enquête en ligne. Ces experts appartiennent tant aux associations représentatives des médecins et soignants qu'aux mutuelles de même qu'à des spécialistes s'occupant des patients précaires. "Certaines propositions peuvent être réalisées à relativement court terme, tandis que d'autres nécessitent une réforme structurelle en profondeur", précise l'Inami . "Certaines font déjà l'objet de plusieurs années de recherche et de réflexion, pour d'autres les discussions ne font que commencer. La plupart des mesures, mais pas toutes, nécessiteront des ressources budgétaires supplémentaires."
Système à deux vitesses
Ces propositions sont assez comparables aux mesures proposées dans la " Trajectoire budgétaire pluriannuelle 2022-2024 de l'assurance soins de santé", souligne Brieuc Van Damme, directeur général des soins de santé.
Toutefois, les experts consultés soulignent l'importance de maintenir un équilibre entre l'accessibilité globale du système pour tous les patients et l'amélioration de l'accès pour les patients plus précaires. Ce afin de ne pas créer un système à deux vitesses.
Les deux propositions-phares (qui ont reçu l'approbation de 50% des experts consultés) concernent l'extension du tiers payant obligatoire à l'ensemble des soins ambulatoires et le fait d'accorder l'intervention majorée au maximum de façon automatique.
MàF à 250 euros
Deux autres propositions sont plébiscitées par un quart des répondants à l'enquête: 1. Ramener le maximum à facturer (MàF) à 250 euros pour les ménages aux revenus les plus faibles et 2. Supprimer totalement le ticket modérateur pour les personnes mineures. S'y adossent des mesures plus ciblées comme "réduire la partie du coût à charge du patient pour les dispositifs médicaux et le transport à l'hôpital".
Interrogée par l'Inami, la chercheuse principale à l'OSE, Rita Baeten, précise que "selon les répondants, certaines propositions doivent s'accompagner d'une réforme plus vaste du secteur. On pense par exemple à la réforme du financement des hôpitaux, à la révision de la nomenclature, ou encore à la mise en place de systèmes de paiement plus globaux et au renforcement des soins de première ligne".
Inventeur du MàF, le ministre Vandenbroucke rappelle que " c'était déjà dans le but d'améliorer l'accessibilité aux soins que j'ai créé le MàF il y a 20 ans, et qu'aujourd'hui j'entends encore abaisser le plafond du Màf précisément pour les personnes à faibles revenus. De manière plus large, cette enquête montre également que supprimer des seuils inutiles grâce à un système de tiers-payant est considéré comme très efficace. Nous devons aussi prendre des mesures dans ce sens."
Un "certificat d'aptitude" pour les malades de longue durée
Alors que le ministre Vandenbroucke souligne que leretour au travail de quelque 4.500 malades de longue durée remplirait déjà les caisses de l'Etat, l'Absym se positionne en faveur d'un "certificat d'aptitude "pour les malades de longue durée. Par contre,le syndicat médical est partagé sur le certificat de maladie de courte durée que le gouvernement envisage de supprimer.
"Deux tiers des membres de l'Absym (66,4%) sont favorables à l'idée d'une "fit note "(certificat d'aptitude) qui permet aux médecins d'indiquer les tâches que les patients malades de longue durée peuvent encore accomplir. Les avis sont partagés au sujet du certificat de maladie de courte durée: une majorité de nos médecins francophones veulent conserver le certificat de maladie, alors qu'une majorité de nos médecins flamands veulent le supprimer." Sur le certificat de longue durée, membres flamands et francophones de l'Absym sont à peu près sur la même longueur d'onde (respectivement 72 et 61% de favorable).
Par contre sur la suppression du certificat de maladie de courte durée envisagée par le gouvernement Vivaldi, " au-delà de la frontière linguistique, 54% sont en faveur de l'abolition et 46% contre. En dessous de la frontière linguistique, le tableau est différent: 75,7% sont contre et 24,3% pour". Lorsque l'on s'interroge sur les raisons des médecins opposés à la suppression du certificat de maladie, les participants craignent une "augmentation du coût pour la société à cause des abus". Autres raisons de conserver le certificat de maladie: "autodiagnostic erroné par le patient et diagnostic tardif par le médecin avec des conséquences médicales plus graves" et "risque plus élevé d'automédication (erronée)".
Il n'existe pas de crainte des répondants quant à une baisse de revenus.
Le forfait palliatif réformé
Le forfait palliatif sera bientôt réformé, a indiqué Jeroen Schoenmakers, chef de cabinet adjoint du ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke, lors d'un débat à l'occasion de la Journée internationale des soins palliatifs.
Actuellement, les MG, qui décident d'accorder ou non un forfait palliatif se fondent sur une estimation de l'espérance de vie. Si cette durée est supérieure à trois mois, le patient ne peut prétendre à l'aide financière. Pour le professeur Joachim Cohen, sociologue et responsable de l'End Of Life Care Research Group, il serait bénéfique de commencer plus tôt. "Offrir ces soins à un stade plus précoce n'entraîne aucun coût supplémentaire, selon les études. Non seulement la qualité de vie du patient s'améliore, mais aussi celle de son entourage", explique-t-il.