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Grippe saisonnière? Impossible à prévoir!

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Après l'accalmie de l'année passée, des voix s'élèvent pour prédire une année apocalyptique en termes de grippe saisonnière. Avis contrebalancé par des prédictions plus nuancées. Quoi qu'il en soit, tout le monde s'accorde à dire qu'il faudra vacciner consciencieusement les groupes à risque.

20 octobre 2021

La grippe saisonnière est toujours difficile à prévoir, mais cette année, cela reviendra carrément à lire les lignes de la main. L'hiver passé, aucune épidémie de grippe n'a frappé l'hémisphère nord. Cet été (ou hiver pour l'hémisphère sud), l'Australie n'a pas connu de poussée non plus. En 2021, le pays n'a ainsi déploré aucune mort due à la grippe, alors que le taux de mortalité liée à cette maladie oscillait entre 100 et 1.000 d'autres années. Les experts en concluent, avec la prudence scientifique qui s'impose, que cet état de fait est probablement imputable aux mesures de distanciation prises contre le coronavirus.

Raz-de-marée?

L'inquiétude règne quant à l'hiver prochain, car notre système immunitaire n'a pas été stimulé depuis longtemps par le virus influenza, même si l'on pense que l'immunité contre la grippe perdure plus qu'une seule saison, comme l'écrit l'épidémiologiste Mary Krauland (université de Pittsburg) sur le site MedPage Today(1). De plus, la circulation limitée du virus au cours de l'hiver passé n'a pas laissé suffisamment de latitude au virus pour qu'il mute. En l'absence de dérive antigénique importante, on peut espérer que tant l'immunité naturelle que le vaccin se montreront efficaces. La levée seulement progressive des mesures de protection contre le Covid-19 et la persistance d'une prudence individuelle donneront peut-être du fil à retordre à la grippe, qui aura besoin de plusieurs années pour revenir à son niveau d'avant la pandémie. Néanmoins, restons attentifs aux conséquences de la circulation chez les hôtes non humains, chez qui de nouvelles souches peuvent naître de la recombinaison.

Dans le climat actuel d'incertitude, mieux vaut nous préparer au pire.

En bref, résume l'épidémiologiste John Paget (Nederlands Instituut voor Onderzoek van de Gezondheidszorg) dans une interview donnée à Nature (2) : " celui qui prétend savoir, ne sait en fait rien." Dans le climat d'incertitude qui règne, mieux vaut donc nous préparer au pire. L'hiver s'accompagne en effet d'une pléthore de maladies qui mettent les soins de santé sous pression. Au cours des derniers mois, le Covid-19 a concentré à lui seul toute l'attention. Cette menace va potentiellement disparaître progressivement, mais personne ne peut exclure qu'elle ne réapparaisse à un certain moment, sous la forme d'un nouveau variant très contagieux. D'autant plus que le taux de vaccination reste insuffisant dans certaines parties du monde.

Vaccination simultanée

Les autorités belges ont d'ores et déjà pris des mesures afin de stimuler au maximum la vaccination contre la grippe. Pour la saison 2021-2022, pas moins de 3,78 millions de doses seront disponibles, à savoir 25% de plus que l'année passée. Grâce à cela, aucun phasage dans la distribution des vaccins ne sera nécessaire(3).

En Belgique, il existe trois vaccins tétravalents, qui contiennent des antigènes contre les deux souches les plus courantes du virus influenza (une souche de H1N1, une souche de H3N2) et deux souches d'influenza B. Tout comme l'année passée, les pharmaciens peuvent aussi prescrire le vaccin, de manière à ce que le patient ne doive pas passer par le généraliste. Par contre son administration relève toujours exclusivement de la compétence de ce dernier.

Cette automne, la vaccination de groupe sera marquée par la décision des autorités d'administrer une troisième dose de vaccin contre le coronavirus aux personnes à l'immunité affaiblie et à celles de plus de 65 ans. Rien ne s'oppose à l'administration des deux vaccins le même jour (contre la grippe et contre le Covid-19), pour autant que l'on n'utilise pas le même bras pour les deux. Dans son avis du 7 octobre, le Conseil supérieur de la Santé mentionne que le potentiel immunogène et la sécurité du vaccin ne s'en verront pas diminués(4). Cet avis repose sur les résultats de l'étude ComFluCov, née d'une collaboration entre les université de Bristol et d'Oxford.

1.MedPage Today - Warning: Flu Season Ahead

2.Nature - Why easing COVID restrictions could prompt a fierce flu rebound

3.Afmps - Vaccins contre la grippe: 840 000 doses de vaccins en plus contre la grippe saisonnière 2021-2022

4.Conseil supérieur de la Santé - Vaccination simultanée contre la Covid-19. (Avis 9675)

Les mesures de protection n'arrêtent pas tous les agents pathogènes

Les mesures de protection prises contre le coronavirus ont également fait reculer la propagation de la pneumonie bactérienne invasive et de la méningite. Cela ne concerne pas tous les agents pathogènes. Les rhinovirus, par exemple, ont évolué à leur rythme habituel. Une étude japonaise mentionne même une augmentation du nombre d'infections dues à ce virus, en tout cas chez les enfants de moins de dix ans. Cela s'explique peut-être par le fait que ces virus sont moins sensibles aux mesures telles que le lavage des mains et le port du masque. De surcroît, il frappe plus facilement quand il ne souffre pas de la concurrence d'autres germes: les personnes non alitées suite à l'une ou l'autre infection, restent sensibles à la transmission de virus qui peuvent toujours les toucher en dépit des mesures de protection.

La persistance des rhinovirus n'est pas vraiment une situation dramatique. Une étude récente sur les souris a montré qu'une infection liée au rhinovirus offrait une protection contre les effets d'une dose létale d'influenza A administrée par après. Les chercheurs ont ainsi vu une diminution de la réplication virale, et donc de l'inflammation. Une autre étude a mis en lumière que la présence du rhinovirus exerçait un effet inhibiteur sur la réplication et la propagation du Sars-CoV-2 dans une préparation in vitro d'épithélium respiratoire humain. Le rhinovirus engendre une réponse interféron qui bloque la réplication du Sars-CoV-2.

Ajoutons que certains virus hivernaux ont déplacé leur pic saisonnier. C'est le cas pour les coronavirus "classiques", les virus paragrippaux et le virus respiratoire syncytial. La propagation des virus hivernaux a été historiquement basse en 2020, mais est revenu en force à son niveau habituel dès le printemps 2021, lorsque les mesures de distanciation ont été progressivement abandonnées. Cette tendance est non seulement prégnante aux USA, mais aussi dans nos régions. L'augmentation semble se confirmer cette automne, entre autres pour le virus respiratoire syncytial. La faute, vraisemblablement, à l'immunité en berne.

Nature - Why easing COVID restrictions could prompt a fierce flu rebound

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