Pacte d'avenir des médecins, première esquisse

Face au "Pacte d'avenir des mutuelles", véritable cadeau de Maggie De Block aux organismes assureurs sous prétexte de les "encadrer" (approche top-down), Jean Creplet propose, dans sa série "philosophie et médecine" un Pacte d'avenir des médecins avec les malades (approche bottom-up).
Un Lego de connaissances, de talents et d'aptitudes relationnelles
Idée générale de la série. Les humains vivent dans le monde matériel sous un firmament d'idées. Des outils de communication hyperpuissants les relaient entre eux. Nous répandons des nouveautés avec des effets en retour plus ou moins bénéfiques et souvent difficiles à maîtriser. Cette étrange dynamique asymétrique et circulaire exige d'incessants efforts de réflexion. Chacun cherche à se construire des espaces de liberté avec des "bâtons" de savoirs et de pouvoirs faits de théories amplifiées ou étouffées selon les avis d'experts, les ressentis personnels et les valeurs dominantes.De l'idée générale à la vie pratique. Dans les systèmes de soins de santé, patients-clients et praticiens construisent des relations fondées sur des connaissances et des aptitudes relationnelles. Et tous dépendent d'innombrables fonctions techniques et logistiques exercées par d'innombrables métiers. Enfin, les décideurs économiques et politiques définissent des stratégies essentielles au bon fonctionnement de l'ensemble. Les fondamentaux ainsi posés, le Pacte d'Avenir des médecins propose une réflexion sur les moyens de corriger les déséquilibres de pouvoirs entre les praticiens de terrain et les intervenants des niveaux supérieurs des soins de santé, mutuelles et partis politiques en premier.
Puissance du top-down et faiblesse du bottom-up
La puissance politique des mutuelles contraste avec les difficultés des médecins et des autres praticiens à se faire entendre des autorités ( lire jdM du 14 octobre 2021 n° 2688). Mais c'est assez normal car dès leurs origines comme sociétés de secours mutuel, les organismes assureurs (OA) rêvaient d'un projet politique au service de la solidarité. Objectif aujourd'hui largement atteint et consolidé par leur Pacte d'avenir. Il a été conçu au sommet de l'État en 2016, avec la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Six axes de modernisation servent d'appuis aux missions des OA: information et coaching, connaissances et stratégie, contrôle et efficacité, médecins conseils, assurance obligatoire, gouvernance et transparence. Ils se plantent directement sur le terrain des contacts entre malades et médecins. L'armature des soins de santé inscrite dans les textes vient davantage des mutuelles que des professionnels de la santé! Ces derniers se plaignent donc souvent de l'excès de pouvoir des bureaucraties mutuellistes. Celles-ci se sentent comme poissons dans l'eau des méandres institutionnels belges. Les blouses blanches par contre, manquant de temps pour la politique, la subissent et s'en plaignent. Pour ne pas subir, il faut cesser de se plaindre et prendre des initiatives afin de redonner du tonus à l'influence politique légitime des praticiens. Dans ce but, je propose de réfléchir aux aptitudes relationnelles des médecins avec toutes les parties prenantes du système, en partant des premiers concernés: les malades.
Le pacte d'avenir des médecins: un socle pour le système des soins de santé
Contrairement au pacte d'avenir des mutuelles, conçu en haut, le pacte d'avenir des médecins se fonde dans le concret des pratiques. Seul un pacte d'avenir avec les malades peut soutenir un pacte d'avenir avec les autorités.
Les relations avec les malades
Fini le temps du paternalisme médical. Si le médecin reste l'expert, les patients se comportent de plus en plus comme des clients soucieux de recevoir des explications et de décider. Les mutuelles informent et coachent leurs membres? Fort bien! A nous de le faire pour chaque malade et ses proches et, comme les mutuelles, d'obtenir une valorisation financière substantielle de cette mission. D'emblée, cette idée nous oblige à étendre le pacte à d'autres que les médecins, au personnel nous aidant à informer les patients.
Les relations entre médecins de pratiques et de spécialités différentes
La multiplication des techniques et le recul de la clinique ont modifié les rapports entre médecins. Il faudra réfléchir aux nécessaires équilibres entre ces deux aspects également essentiels de la médecine. Autre cause de changement: l'informatisation du dossier et du courrier médical et le foisonnement des données. Vaste sujet auquel plusieurs articles seront consacrés. Les rapports entre médecins généralistes et médecins spécialistes feront aussi l'objet d'une grande attention.
Les relations entre médecins, personnel infirmier, kinésithérapeutes et autres soignants
Dans beaucoup d'hôpitaux une évolution marquante a donné de grandes responsabilités aux cadres infirmiers. Ainsi, les directions des services cliniques associent souvent un responsable médical et un responsable infirmier. La coordination d'expertises pointues, d'aides logistiques et de fonctions généralistes autour des malades doit s'améliorer sans se bureaucratiser.
Le défi de la représentation politique des médecins et des autres praticiens
Au-delà du socle, il faudra voir comment résoudre le manque du temps pour une représentation efficace des praticiens. La qualité des soins, leur valorisation financière et leur accessibilité restent un chantier stratégique à relever par tous les médecins amoureux de leur formidable métier.
Tout au long de la série, une remise en question nuancée mais résolue du fonctionnement actuel des organisations médicales représentatives devra être osée. Les idées publiées dans le jdM, que je remercie, n'engagent que moi, mais je les lance à tous les praticiens et aux organisations ambitionnant de les représenter.
Voilà le programme.
Suite dans l'épisode 4/6. Les relations patients-médecins.