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Trois arbres pour aller mieux: une nouvelle MSP

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Un nouveau lieu de soins, dédié aux personnes stabilisées psychiquement mais souhaitant un encadrement psycho-social, a été inauguré à Uccle par le réseau de soins psychiatriques bruxellois Epsylon. La maison de soins psychiatrique (MSP) "Les Trois arbres", permet aux patients d'acquérir une autonomie fonctionnelle grâce à un chemin de rétablissement. Cette MSP s'inscrit dans des dynamiques sociales et environnementales avec la mise en place de nombreux projets tel qu'un atelier boulangerie, mis sur pied grâce au soutien de la Fondation Roi Badouin et la Fondation Roger de Spoelberch.

27 octobre 2021

"A u sein d'Epsylon, le projet MSP correspond au chaînon manquant dans notre offre de soins en réseau", affirme le Dr Éric Debersaques, directeur général . "Et ce projet s'est fait attendre", poursuit-il . Car en effet, le ministre de la Santé fédérale, Frank Vandenbroucke avait accordé cette possibilité d'agrément il y a plus de 20 ans déjà, mais de multiples obstacles avaient empêché sa réalisation. "Uccle accueille ainsi la quasi-totalité de l'offre de soins. Les 60 lits de cette MSP des Trois arbres complètent les 258 lits hospitaliers répartis sur trois sites: la Ramée, Fond' Roy et Aréa plus", conclut le directeur général.

Trois arbres pour aller mieux: une nouvelle MSP
© C.S.

Le Pr Vincent Dubois, directeur médical général d'Epsylon et médecin référent de la MSP poursuit avec les enjeux et les objectifs de la MSP: "Les enjeux d'une MSP sont énormes", explique-t-il. "Le destin de nos patients en Belgique est semé d'embûches. On parle d'un taux d'emploi de 10 à 20%, ils ont d'énormes problèmes d'accès au logement, où même les logements sensés être accessibles deviennent difficiles d'accès pour nos patients. Il y a entre 9 à 20% de sans abrisme, mais plus que cela, un énorme problème de solitude. Dans ce public cible, 50% d'entre eux versus 30% dans la population générale en souffrent. Et par ailleurs", rajoute-t-il, "ce que l'on connaît également, ce sont les très nombreux allers-retours entre l'hospitalier et les lieux de vie, amenant une quantité de ruptures souvent extrêmement néfastes."

Deux projets thérapeutiques sont proposés au sein des Trois arbres: un projet résidentiel avec 38 places en chambres individuelles, où les patients disposent d'espaces communs pour pouvoir établir le chemin de rétablissement, et un projet plus accéléré qui veut booster l'autonomisation avec trois maisons autonomes, dans lesquelles huit résidents sont accueillis. Tous pourront y séjourner deux ans maximum, afin de s'inscrire dans ce qu'on appelle le chemin de rétablissement.

Les dimensions du rétablissement

Dans le rétablissement des patients , il y a trois grandes dimensions, précise le Pr Dubois , la dimension clinique, sociale et fonctionnelle . "Dans la dimension clinique, le patient est stabilisé, les symptômes sont moins présents ou il les vit mieux. La dimension sociale est essentielle également et trop peu investie. Il s'agit des piliers essentiels pour trouver un sens à sa vie, tels que le logement et l'emploi mais aussi la question des relations sociales. Le patient en a beaucoup moins qu'une autre personne et elles sont moins variées. Or nous savons à quel point elles sont essentielles. La troisième dimension est la dimension fonctionnelle", poursuit-il . "C'est à dire tout ce qui concerne la restauration de la capacité à affronter les situations de vie. Connaître ses capacités et ses limites, c'est notre chemin à tous et c'est le leur aussi", affirme le Pr Dubois.

De gauche à droite: Pr Vincent Dubois, Martin Cauchie et Dr Éric Debersaques, lors de l'inauguration de la maison de soins psychiatriques "Les Trois arbres" à Uccle.
De gauche à droite: Pr Vincent Dubois, Martin Cauchie et Dr Éric Debersaques, lors de l'inauguration de la maison de soins psychiatriques "Les Trois arbres" à Uccle.© C.S.

Dans le rétablissement personnel, il y a le bien-être dans sa tête et le bien être dans son corps, et donc un focus a été mis sur les activités physiques. Si elles ne sont pas forcément développées en interne, l'institut peut compter sur la collaboration avec Aréa plus et le hall de sport, financés également par la Fondation Roger de Spoelberch.

Par ailleurs, un projet très dans l'air du temps a été rajouté, il s'agit du food therapy. " On s'est rendu compte qu'à travers des activités culinaires plus élaborées que ce que l'on fait d'habitude, il y avait une voie intéressante en terme de chemin de rétablissement", explique le Pr Dubois . "Ce travail demande de la concentration et de la patience pour fabriquer le levain. Un levain fait maison par les résidents qui demande également de la régularité."

La Fondation Roi Baudouin a permis également la création d'un espace favorisant un meilleur accueil des familles. " Nous savons à quel point la relation avec l'extérieur se fait avant tout avec la famille. Et souvent, on entend que les milieux psychiatriques restent extrêmement inaccessibles. Il nous semblait donc important de pouvoir participer à cet effort de maintenir les relations avec la famille."

La solidarité a également bénéficié à d'autres projets : "Nous avons pu construire des racks vélo et disposer de vélos électriques pour nos résidents", se réjouit le Pr Dubois, qui mentionne un autre projet, autour de la solidarité alimentaire cette fois: "Depuis peu, pour ne plus gaspiller et aider les personnes en grande précarité, nous collaborons avec l'asbl Open Free Go Calvoet, qui propose des frigos solidaires dans l'ancienne gare de Calvoet."

"Il est indispensable de réécrire les normes des MSP", selon Martin Cauchie

La politique de désinstitutionnalisation des soins, dans lesquelles les MSP s'inscrivent, découlent de deux réformes datant de 1975 et de 1989, rappelle Martin Cauchie, conseiller santé mentale au cabinet des ministres Barbara Tracht et Alain Marron. " Ces réformes prévoyaient, sur base de moyens destinés à l'hospitalier, de financer d'autres types de structures notamment les MSP, les IHP et l'ambulatoire", poursuit-il. Une plateforme s'est alors créée pour pouvoir coordonner ce continuum vers la désinstitutionnalisation. " Mais mettre tout le monde d'accord avec les différents gouvernements à Bruxelles afin de faciliter la continuité des soins n'a pas été chose facile", soutient Martin Cauchie.

Environ 500 places supplémentaires en MSP sont nécessaires à Bruxelles et il est difficile d'en développer davantage malgré les intentions politiques, car les règles sont extrêmement rigoureuses et multiples, précise le conseiller en santé mentale : "Les MSP doivent être implémentées en dehors des campus hospitaliers, elles doivent comporter minimum dix lits et maximum 60, intégrer un représentant des usagers dans leur organe de gestion, comporter des espaces collectifs et individuels, avoir maximum deux lits par chambre et au moins la moitié des lits en individuel. Il faut aussi une supervision psychiatrique et on sait à quel point elle est compliquée, et l'Inami se refuse à rembourser les soins psychiatriques en dehors des MSP. Nous savons que les moyens des usagers qui remplissent ces lits sont limités, c'est d'ailleurs un autre problème que nous devons régler au niveau de l'Inami", précise Martin Cauchie . "On sait aussi que les 12,5 TP par 30 lits sont insuffisants, et qu'on a du mal à remplir ces cadres pour ces raisons-là. Il faut également un infirmier en chef par structure et un responsable d'équipe par site. Malheureusement, ces règles sont dépassées et il nous semble indispensable de réécrire ces normes", soutient le conseiller en santé mentale.

"Il faudrait pouvoir revoir ces textes à un moment donné et pouvoir concerter d'un point de vue gestionnaire mais aussi clinique. Il faudrait également revoir l'intention et la place que les MSP doivent avoir dans ce continuum, et dans ses efforts de désinstitutionnalisation, non pas avec moins de moyens mais avec les mêmes moyens voire plus", conclut-t-il.

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