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Entre discours rassuristes et alarmistes, l'art d'apprendre à ménager la chèvre et le chou

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Trois quarts des Belges sont désormais vaccinés. Mais depuis le début de l'automne, le pays semble avoir atteint un palier et peine à convaincre les hésitants vaccinaux, qui restent nombreux. La politique de vaccination n'est pas aidée par le flux d'informations contradictoires qui arrivent aux oreilles de la population. Décryptage.

Laurent Zanella - 17 novembre 2021

Si l'objectif initial de vacciner 75% de la population est atteint, ce chiffre cache des disparités que tout le monde connaît désormais. 80% des Flamands sont vaccinés, contre 70% des Wallons et 56% des Bruxellois. Comparaison n'est pas raison, mais force est de constater l'effort considérable que doivent réaliser la Wallonie et surtout la Région bruxelloise pour convaincre les indécis.

Ce n'est pas faute d'essayer. La Région bruxelloise a multiplié les initiatives en tout genre, et le quidam n'a pas manqué d'occasions pour se faire vacciner, tantôt dans les centres de vaccination bien sûr, mais également chez son médecin traitant, chez le pharmacien et même dans les grandes surfaces. Le Covid Safe Ticket, incitant indirect à la vaccination, a également été mis sur pied plus tôt que dans les autres régions. Pourtant, près d'un Bruxellois sur deux n'est pas vacciné.

Côté wallon, Christie Morreale s'est positionnée en faveur d'une obligation vaccinale généralisée "s'il y a des reports d'hospitalisation en raison de l'occupation de lits par des patients Covid". L'un de ses arguments: l'État belge paye actuellement quelque 25 millions d'euros par semaine pour tester les citoyens. "Deux vaccins coûtent moins cher qu'un test PCR." C'est donc sans surprise que les centres de vaccination sont prolongés et amplifiés jusque fin février 2022. Dix nouveaux centres de vaccination ouvriront leurs portes progressivement à partir du 29 novembre et la capacité vaccinale des 22 centres actuellement ouverts sera augmentée.

Comment expliquer la situation?

Il ne s'agit pas d'un phénomène inconnu et imprévisible. Si l'on parle plus de vaccination que d'accoutumée, le débat sur l'hésitation vaccinale n'est pas neuf. En 2019, l'OMS répertoriait d'ailleurs l'hésitation vaccinale parmi les dix plus grandes menaces pour la santé mondiale.

Le phénomène est simplement plus visible aujourd'hui. Et singulièrement à l'heure actuelle où - c'est selon - on parle de rebond épidémique ou de quatrième vague. On constate effectivement une recrudescence de propos tantôt alarmistes, tantôt rassuristes: les médias traditionnels parlent presque tous les jours de vaccination et on ne compte plus les opinions d'experts et les débats politiques sur l'obligation vaccinale ou l'utilité (ou non) de la troisième dose généralisée.

Sur les réseaux, les argumentaires anti-vaccins pullulent. Et si certains sont farfelus, d'autres se basent sur des faits scientifiques certes, mais tronqués. Difficile dès lors d'y voir clair pour la population, d'autant que certaines théories sont véhiculées par le personnel médical lui-même. Un véritable problème, estime Éric Muraille, maître de recherches FNRS et immunologiste de l'ULB qui mène un combat de longue date contre l'hésitation vaccinale. "Il y a effectivement des théories alternatives qui circulent dans le milieu hospitalier. Et c'est un gros problème. Certains profitent de leur statut, de leur étiquette pour colporter de fausses informations à la population. Mais travailler dans le milieu hospitalier n'octroie pas de facto une compréhension de la réaction immunitaire. Il y a évidemment des professionnels de la santé à même de comprendre et d'expliquer ce qu'est la vaccination, mais pas tous. Tous ne gèrent pas cela au quotidien, et ce n'est pas évident de comprendre pour la population."

Un travail de Sisyphe

Le journal du Médecin a soumis un cas à Eric Muraille, un argumentaire contre la vaccination basée sur la potentielle dangerosité des vaccins à ARN messager. Selon cette hypothèse, les vaccins pourraient avoir des conséquences sur l'immunité et sur le risque de tumeurs. "L'argumentation de ces théories est toujours la même: vous prenez trois articles scientifiques et vous retirez isolément deux, trois arguments qui vont dans votre sens. Mais les articles dans le détail n'ont aucun rapport avec l'argumentaire final", résume Éric Muraille, habitué à ce genre de discours.

"Par ailleurs, il s'agit souvent d'éléments connus de longue date. De nombreuses études paraissent, avec parfois des constats alarmants, mais aussi beaucoup de conditionnel. Il faut les contextualiser, lire les articles connexes et aller au fond des choses. C'est fastidieux car cela demande d'expliquer de nombreux concepts. C'est un travail de Sisyphe. D'autant plus qu'il est compliqué, voire impossible, de convaincre les plus récalcitrants qui sont claquemurés dans leurs croyances."

Comment convaincre?

Politiquement, c'est complexe. La réponse à la quatrième vague le prouve: il y a presque autant de stratégies qu'il y a de pays en Europe. Les Pays-Bas, qui disposent d'un taux de vaccination légèrement inférieur à la Belgique (72%) ont par exemple décidé d'un confinement partiel. L'Autriche, dont le taux de vaccination est 64%, a choisi de confiner les personnes non vaccinées. Un geste encore plus fort.

En Belgique, on n'en est pas encore là, mais il y a un débat à mener. Pour Petra De Sutter (Groen), ministre fédérale et vice-Première, il est temps de débattre d'une éventuelle vaccination obligatoire contre le Covid-19, pour éviter une société à deux vitesses avec certaines activités réservées aux vaccinés. Pour autant, elle n'imagine pas que le modèle autrichien s'impose en Belgique. "Cela créerait une scission de la société. On ne peut pas faire ça", explique l'intéressée au micro de la VRT. "Des mesures additionnelles devront sans doute être prises par les autorités, mais celles-ci doivent rester proportionnelles et non-discriminatoires." En bref, nos politiques s'orientent davantage vers un maillage de mesures pour endiguer la progression du virus, mais comme des chercheurs suisses l'ont démontré avec humour avec le modèle de l'Emmental (voir illustration), cette stratégie a une faiblesse: la désinformation.

C'est là que les médecins - en particulier les généralistes - entrent en jeu. En janvier dernier déjà, le CMG, par l'entremise du Dr Jean-Luc Belche, prêtait attention à l'hésitation vaccinale, qui se retrouve également chez les soignants: "Les questions que se posent les patients sont globalement les mêmes que celles que se posent les soignants: elles concernent la sécurité, l'efficacité, la nécessité.". Mais aujourd'hui, à côté des doutes sains et légitimes, il n'est plus question de théories du complot antivax primaires, mais d'hypothèses pseudo-scientifiques faussement étayées et longues à déconstruire. Il faut donc que le médecin se fraie un chemin dans ce sillon d'informations tantôt rassurantes, tantôt alarmantes, en trouvant le juste milieu pour bien informer le patient. Une belle gageure.

Derrière les chiffres

Il faut également apprendre à décoder les chiffres. Un argument mis en avant dernièrement est le nombre de personnes vaccinées admises à hôpital pour un Covid-19. Sciensano fournit désormais les données par statut vaccinal. On peut donc dire qu'au cours de la période du 18 au 31 octobre 2021, 69% des patients admis étaient vaccinés. Ce chiffre n'est pourtant pas un argument contre la vaccination. D'abord car il est logique, statistiquement, de retrouver davantage de personnes vaccinées admises à l'hôpital étant donné que 75% de la population est vaccinée. Il faut donc s'attarder sur l'incidence de la vaccination sur les hospitalisations selon ce ratio. Là, Sciensano est clair. "Du 18 au 31 octobre, le risque d'hospitalisation chez les personnes entièrement vaccinées de 65 ans et plus, de 18 à 64 ans et de 12 à 17 ans était réduit de 62%, 88% et 100% respectivement, par rapport aux personnes non-vaccinées du même âge."

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