PremiumLe journal du médecin

Une jeune assistante face à la tornade de la 1ère vague

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Le Dr Amandine Henry (UCL-MG) s'est retrouvée dans une grande salle d'urgence avec une équipe médicale réduite et quasi sans protection lors de la 1ère vague de la pandémie. Elle a fait ensuite du tri pendant la 2e vague et affronte aujourd'hui la 4e vague dans un service de gériatrie. Récits de cette expérience unique.

Nicolas de Pape - 17 novembre 2021

Où travailliez-vous?

Pendant la 1ère vague, je faisais mon assistanat au CHR Mons-Hainaut en salle d'urgence pendant finalement sept mois en raison du nombre de collègues malades. J'ai fait également un an et demi de cabinet médical à Braine-l'Alleud. Maintenant, je poursuis ma formation pendant six mois au CHR Mons-Hainaut. Enfin, je terminerai avec six mois de cabinet de MG.

Aux urgences, vous travailliez en pleine pandémie?

J'ai commencé en octobre 2019 et j'ai terminé fin avril 2020. Donc, la moitié de mon stage s'est déroulé pendant la 1ère pandémie.

Comment s'est déroulé ce stage?

Au tout début, alors que seule la Chine était touchée, nous pensions comme tout le monde que c'était une "grippette". Après les vacances [de Noël] nous avons commencé à rencontrer des cas manifestes de Covid-19 mais nous n'avions pas l'autorisation de les tester car il fallait qu'ils reviennent de Chine. J'ai l'impression qu'on a vraiment tardé à lancer la machine afin de détecter les cas... Lorsque le critère du retour de Chine est tombé, on devait se limiter à tester les cas symptomatiques. Si on avait pu tester plus de monde plus vite, on aurait été plus efficaces. Concernant la salle d'urgence, nous avons été rapidement submergés. La 1ère vague fut très intense. Nous n'avions aucune information sur le virus. On travaillait dans l'inconnue totale tant sur ce qu'il fallait faire au niveau médical qu'au point de vue de la sécurité. Nous n'avions aucun matériel de protection (seulement des gants!). On nous a envoyés au casse-pipe. Nous savions qu'on se contaminait. C'est lourd de penser qu'on savait qu'on risquait de tomber malades mais qu'on y allait animés par notre devoir de soignants. On savait qu'on allait contaminer nos proches. On s'est isolés un maximum pour mettre nos proches en sécurité.

Il y eut des solidarités?

Oui. Je dois tirer mon chapeau bas à l'équipe. On s'est soutenus les uns les autres de manière exemplaire (infirmières, aide-soignantes, médecins). On formait une petite famille. La différence entre la 1ère vague et les vagues suivantes est importante. La 1ère vague était terrible au niveau de la gravité de l'état des patients et la fréquence. C'est l'entraide qui a permis d'avancer et de gérer la situation.

Vos supérieurs, chef de département et votre maître de stage étaient-ils aussi désemparés que vous ou faisaient-ils bonne figure?

Clairement, ils l'étaient. Je me rappelle d'une nuit où j'ai dû appeler mon maître de stage car un de mes patrons avait fait un malaise. J'étais seule. Il est revenu tout de suite au milieu de la nuit ainsi que le chef de service. C'était le tout début de la vague et ils ne savaient pas plus que moi ce qui allait arriver au service et aux patients. Comment se procurer du matériel? Des patients sont passés nous déposer des masques en tissu!

Vous avez vu des gens mourir j'imagine, et en plus grande proportion que si vous aviez réalisé votre stage en temps normal?

Absolument. Comme assistante en médecine générale, en hôpital on fait davantage le circuit de tri aux urgences. Avec le Covid, nous avons fait immédiatement absolument tout, y compris des patients Covid qui arrivaient très tard dans l'évolution des symptômes. Donc, hélas, on pouvait accueillir un patient qui parlait de manière très cohérente de ses symptômes, respirant sans difficulté et qui quelques heures plus tard était intubé aux soins intensifs sous respirateurs... Il fallait rapidement trouver une place aux soins intensifs et un respirateur (...)

Vu avez vu aussi des gens guérir j'imagine. On parle beaucoup de séquelles graves et durables. Comment se passe l'accompagnement médical?

En cas d'urgence, on les stabilise. Soit ils décèdent, soit ils vont en soins intensifs ou dans l'étage Covid pour la suite de la prise en charge. Par contre, dans mes stages de médecine générale, j'ai pu visiter des Covid qui restaient à la maison. Ce fut enrichissant de travailler sur le panel "post-hospitalisation à domicile". Et là j'ai été en contact avec les séquelles, avant tout psychologique car ils sont restés aux USI sans visite, seul. La maladie dans la solitude est atroce. La mort également. En médecine générale, j'ai pu justement les voir retrouver leur maison et leurs proches. C'est l'occasion aussi d'écouter leur expérience d'hospitalisation.

Ensuite vous êtes passée en gériatrie. Vous n'êtes plus aux premières loges?

Le hasard fait que je suis de nouveau aux premières loges ayant commencé le 1er octobre. Au début, on avait zéro patient Covid. Aujourd'hui, nous sommes au milieu d'un cluster de six à sept Covid dans le service, dont certains hospitalisés pour cette maladie.

Vous êtes mieux équipés, protégées: la comparaison s'impose?

Il y a une relative "facilité" par rapport à la 1ère vague même si ça reste complexe. On connaît également mieux la maladie elle-même. On possède les protocoles, les infectiologues de qualité, les infirmières sont prêtes, l'hygiène hospitalière est en place...

Vous-mêmes n'êtes pas malade en ce moment?

Non. Je suis tombé malade lors de la 1ère vague. Mais cette fois, je suis indemne malgré que je travaille dans le cluster... J'ai été symptomatique en 2020 et écartée du service pendant trois semaines. J'ai fait une syncope à l'hôpital... A l'époque, le Plaquenil (R) faisait partie des thérapies recommandées et j'ai donc pris de l'hydroxychloroquine. Ce n'était pas juste une petite grippette à la maison.

Quels sont vos projets après l'assistanat? Seront-ils modifiés en fonction de cette expérience?

Oui je les ai revus. Je me voyais en médecine générale classique uniquement. Maintenant, je veux garder un pied dans l'hôpital.

Assistante en 3e année de médecine générale. Bachelier à l'UMons et master à l'UCL. Formation complémentaire en ONE. 28 ans.

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Nous vous présentons dans cinq numéros consécutifs les candidats au prix du Spécialiste de l'année. Cette année, il a été décidé en concertation avec le Groupement belge des spécialistes d'attribuer ce prix à des médecins spécialistes en formation pour mettre à l'honneur tous les Macs qui se sont mobilisés en Belgique francophone durant la pandémie dans les services hospitaliers. Les cinq candidats ont été proposés par la Délégation des médecins francophones en formation asbl. Après la présentation des cinq candidats, nous vous demanderons d'élire le lauréat du prix du Spécialiste de l'année 2021.

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