Obligation vaccinale des soignants: pourquoi? et pourquoi maintenant?

La Vivaldi, qui peine tant à produire une musique harmonieuse, a réussi à s'entendre sur l'obligation vaccinale des soignants presqu'un an après la disponibilité des vaccins contre le Covid19. Je me pose les questions des raisons de cette soudaine union politique. Quelles sont-elles? Pourquoi imposer un vaccin dont l'objectif - le seul- est de limiter les formes graves de la maladie?
La cacophonie "des" gouvernements belges au cours de cette crise a réussi à faire perdre de vue que le vaccin visait à limiter les formes sévères de la maladie et dès lors de ne pas surcharger les hôpitaux, cette surcharge qui entraîne le lockdown. Enfin ce virus pourrait, alors et peut-être, ressembler à "une simple grippe" comme s'était plu à l'annoncer cette incroyable Maggie De Block. Mais non: on a voulu faire croire qu'il allait empêcher la transmission, qu'il permettrait d'être "à nouveau libres", etc.
Le discours politique a voulu gagner en efficacité et en persuasion en effaçant les nuances et les subtilités de la Science. La contagion est toujours là et une quatrième vague démontre combien nos dirigeants ont une nouvelle fois échoué à la contenir mais le nombre de décès est bien moins élevé qu'au cours des précédentes vagues.
Soignants majoritairement vaccinés
Nos soignants sont très majoritairement vaccinés: il faut les en féliciter, les en remercier. En ce qui concerne les médecins, ils le sont à 95% voire davantage: il fut un temps où oser imaginer ces chiffres relevaient du rêve. Bravo à eux!
Le groupe le moins vacciné est celui des infirmières. Les raisons en sont multiples toutefois mon expérience mon montre que la peur joue un rôle important. On compte sérieusement mettre ces personnes au chômage alors que cette profession est en manque criant d'effectifs? Les infirmiers ont été courageux: envoyés au front dès le début par des gouvernants qui n'avaient le plus souvent que peu ou pas de protection à leur offrir! Leur dévouement fut tel que la population les applaudissait le soir à 20 h: c'est bien eux que l'on compte stigmatiser en les privant de leur travail, en les montrant du doigts comme de mauvais élèves? En plus d'être un très mauvais signal, je trouve que c'est d'une violence extrême.
Quel risque si élevé font-ils prendre à la société pour qu'on décide de les contraindre de la sorte?
Bien entendu, je prône la vaccination et j'aimerais tellement que 100% des soignants puisse être vaccinés. Mais finalement: ceux qui ne le sont pas font-ils courir un si grand risque? C'est surtout eux qui prennent un risque dans les faits. Ils portent des masques et respectent les gestes barrières, protégeant ainsi les patients. Sans vaccins, ils ne se protègent pas eux et risquent une forme grave. Quel risque si élevé font-ils prendre à la société pour qu'on décide de les contraindre de la sorte?
Pourquoi attendre si longtemps?
Le moment et l'intensité de la mesure me posent question. Si contrainte il devait y avoir, pourquoi ne pas l'avoir prise dès le départ? Pourquoi avoir attendu si longtemps? N'y a t'il pas une technique bien rôdée là derrière qui consiste à pointer un coupable pour cacher la faute des autres?
Cette crise Covid tend à polariser les positions en faisant perdre à certains une part d'humanité et à d'autres le sens de la nuance et du discernement. N'y a-t-il pas une autre solution pour ces soignants que j'ai bien plus envie de féliciter pour leur dévouement que de stigmatiser pour leur absence de vaccination?
Pas de licenciements des non-vaccinés
Le gouvernement fédéral s'est accordé, vendredi dernier sur l'obligation vaccinale des soignants. Selon une version de l'accord reçue dans la soirée du cabinet du vice-Premier ministre PS, Pierre-Yves Dermagne, il n'y aura finalement pas, sous certaines conditions, de licenciement des travailleurs qui ne seraient pas vaccinés à partir du 1er avril, mais la poursuite de la suspension du contrat de travail sans revenu.
Comme prévu, l'obligation vaccinale des soignants entrera en vigueur le 1er janvier 2022. Les soignants non vaccinés qui n'auraient pas reçu un autre poste de travail mais qui acceptent de se soumettre à des tests réguliers pourront continuer à travailler jusqu'au 31 mars. Ceux qui refusent verront leur contrat suspendu et basculeront dans le régime du chômage temporaire. Ils perdront leur habilitation. À partir du 1er avril, le contrat est automatiquement résilié sauf si le travailleur demande par écrit avant le 31 mars que son contrat soit maintenu, étant entendu que son employeur doit lui faire cette proposition au plus tard le 20 mars. Le travailleur qui recevrait une première dose de vaccin dans cette période pourrait prolonger sa suspension de six semaines.
Le travailleur qui n'a pas fait cette demande et ne s'est pas fait vacciner entre-temps verra son contrat rompu et aura droit directement au chômage complet. Le travailleur qui a fait cette demande peut aller travailler pour le compte d'un autre employeur, quitte à ensuite revenir, ou alors rester sans revenu. S'il décide de démissionner, il n'aura pas accès directement au chômage. Il devra, conformément à la réglementation habituelle, passer un délai de sanction de 4 à 26 semaines, avant d'y avoir droit.
Les ministres du gouvernement Vivaldi sont parvenus à s'accorder au bout de 13 heures de discussion, dans une ambiance de crise qui aura vu le PS, soutenu par Ecolo, dit-on, affronter les autres partis de la coalition. Le résultat final est diversement apprécié. Les socialistes disent avoir évité "autant que possible un impact social négatif" en refusant le licenciement automatique et en maintenant la possibilité d'une suspension. À droite, les libéraux faisaient remarquer que la différence avec l'accord de début de semaine était mince et que la suspension du contrat de travail serait sans salaire à partir du 1er avril...
La liste des professions concernées est longue: médecins, pharmaciens, dentistes, personnel infirmier, logopèdes, kinés, psychologues cliniques, ostéopathes, etc. (avec Belga)