La Taskforce Covid Therapeutics, késako?

Le 1er décembre, Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé, a mis en place une Taskforce Covid Therapeutics. Cette dernière est chargée de coordonner l'achat des médicaments pour lutter contre le Covid-19, ainsi que leur bonne utilisation.
Une énième taskforce, un énième barbarisme dans notre langage qui vient compliquer la compréhension d'un phénomène déjà difficile à saisir dans toute sa complexité. Qu'à cela ne tienne, les besoins étaient là: plusieurs nouveaux médicaments antiviraux et anticorps monoclonaux seront disponibles dans les semaines et les mois à venir. L'Agence européenne des médicaments (EMA) est en train de les évaluer, et a d'ailleurs rendu un avis sur l'utilisation de deux médicaments antiviraux: le monupiravir (Lagevrio® et le PF-1332 Paxlovid®).
Une évolution rapide
En mars dernier, Dominique Costagliola, directrice adjointe de l'Institut Pierre-Louis d'épidémiologie et de santé publique (Université de la Sorbonne), confiait au magazine The Conversation que l'on peinait à mettre ne serait-ce qu'un seul antiviral au point. "Pour les maladies virales brèves, nous ne disposons pas d'antiviraux efficaces..."
Aujourd'hui, neuf mois plus tard, les demandes d'approbation affluent pourtant sur les bancs de la FDA et de l'EMA. Et pas que du côté des antiviraux oraux. Plusieurs anticorps monoclonaux ont également été approuvés récemment. Le 12 novembre, l'EMA a approuvé deux traitements: le regdanvimab (Regkirona® et le casirivimab/imdevimab Ronapreve®).
Enfin, il y a aussi l'éventuelle "réaffectation" de produits (comme la fluvoxamine) qui sont déjà sur le marché. Des résultats d'études paraissent désormais aussi pour ces produits (et le profil de sécurité est déjà mieux connu), de sorte qu'ils peuvent éventuellement être utilisés aussi.
Une approche harmonisée
Afin d'harmoniser et de coordonner toutes les décisions concernant ces nouveaux médicaments, le ministre Vandenbroucke a donc mis en place la Taskforce Covid Therapeutics. Cette Taskforce fonctionne au sein du Centre d'expertise des soins de santé (KCE), qui travaille en étroite collaboration avec la cellule chargée de l'évaluation des médicaments de la Commission de remboursement des médicaments (CRM) de l'Inami, avec le SPF Santé publique et l'AFMPS. La Taskforce est sous la présidence du Pr Dirk Ramaekers.
"Les traitements contre le Covid-19 qui feront bientôt leur apparition sur le marché sont potentiellement une innovation. L'efficacité et la sécurité de ces médicaments n'auront été démontrées que dans une mesure limitée. En temps normal, un médicament n'arriverait pas de cette manière, mais nous ne sommes pas en temps normal", justifie Frank Vandenbroucke. "Notre système de soins de santé est soumis à une pression énorme en raison de la pandémie et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour réduire cette pression. Si certains médicaments antiviraux peuvent offrir un rempart supplémentaire contre le Covid, nous ne devons pas hésiter à les utiliser. Je pense néanmoins que nous devons également passer autant que possible par des contrats européens. Les premiers contrats sont en cours d'élaboration."
1. https://www.merck.com/news/merck-and-ridgeback-statement-on-positive-fda-advisory-committee-vote-for-investigational-oral-antiviral-molnupiravir-for-treatment-of-mild-to-moderate-covid-19-in-high-risk-adults/
Que fera concrètement la Taskforce?
La Taskforce Covid Therapeutics coordonnera les questions suivantes:
· les décisions d'achat,
· le positionnement dans l'arsenal thérapeutique/la population cible,
· l'élaboration de directives, pour les soins primaires comme à l'hôpital,
· l'évaluation des technologies de la santé (ou ETS, c'est-à-dire une analyse de la sécurité et de l'efficacité clinique d'un médicament, incluant une analyse de la relation entre le coût et la valeur thérapeutique), y compris l'impact budgétaire,
· la distribution contrôlée et la collecte de données sur les résultats afin de pouvoir ajuster le positionnement et l'indication corrects.
10.000 doses de molnupiravir
"Nous sommes déjà en négociation avec Merck (MSD) pour un premier achat de 10 000 doses de molnupiravir", confiait le ministre début décembre. "Notre pays préfère normalement les achats communs de l'Union européenne, mais cette commande bilatérale s'intégrera dans une approche européenne commune dès que l'approche européenne sera lancée."
Le premier avis de la taskforce se concentrera justement sur le molnupiravir. Mais sans attendre ce rapport, on retient déjà deux éléments qui tempèrent l'attente envers ces traitements expérimentaux. Premièrement, la fenêtre de tir pour utiliser un antiviral dans le cas du Covid est très réduite. "En effet, quand quelqu'un devient symptomatique, cela fait déjà cinq jours qu'il est contaminé. Il faudrait pouvoir donner le traitement le jour du résultat du test, pour avoir une chance d'avoir un effet antiviral. Rappelons que la dégradation de l'état des patients qui développent des formes sévères survient généralement à partir du 7e jour après l'apparition des symptômes", explique Dominique Costagliola.
Deuxièmement, il s'agit d'innovations potentielles. Le 30 novembre, Merck (MSD) a publié les plus récents chiffres de l'essai clinique de phase 3 Move-Out sur le traitement expérimental. Résultat: le molnupiravir a réduit le risque d'hospitalisation ou de décès de 9,7% dans le groupe placebo à 6,8% dans le groupe molnupiravir, pour une réduction du risque absolu de 3,0%. Des résultats moins élevés qu'espérés puisque l'analyse intermédiaire faisait état d'une réduction d'hospitalisation de 14,1% (groupe placebo) à 7,3% (groupe molnupiravir). In fine, la réduction du risque d'hospitalisation ou de décès au jour 29 est donc passée de 50% à 30%. Loin des chiffres de la vaccination, qui reste bien l'arme la plus utile face à la pandémie.