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Un retard psychomoteur pour la génération covid?

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Des chercheurs américains ont observé un développement psychomoteur plus lent chez les enfants nés au cours de la pandémie du coronavirus que chez les petits venus au monde juste avant la crise, et ce indépendamment d'une éventuelle exposition au Sars-CoV-2.

Dr Michèle Langendries - 19 janvier 2022

En première instance, les experts voulaient déterminer si l'exposition in utero au Sars-CoV-2 pouvait avoir des répercussions sur le développement psychomoteur des enfants en bas âge - une hypothèse qui n'a jusqu'ici absolument pas été documentée 1. Cette crainte d'un possible effet délétère d'une infection virale chez la future maman sur le fonctionnement psychomoteur de son bébé repose sur plusieurs observations antérieures. Des déficits moteurs ont ainsi été constatés chez les enfants de mères séropositives pour le VIH et il existe dans la cohorte née au cours de la pandémie de rubéole qui a ravagé l'Europe puis les États-Unis en 1964-1965, une prévalence accrue de cas d'autisme et de schizophrénie.

Une activation marquée du système immunitaire peut influencer le développement cérébral du foetus.

Il n'est probablement pas question d'une transmission verticale du Sars-CoV-2 de la mère à l'enfant et, s'il existe, le phénomène est en tout cas hautement exceptionnel. Les travaux de plusieurs groupes de recherche n'ont en effet pas permis de confirmer la présence du virus dans le placenta, le liquide amniotique, les sécrétions vaginales ou le lait maternel de femmes infectées. Rien ne dit toutefois qu'une telle transmission verticale est nécessaire pour qu'une infection virale chez la mère affecte négativement le développement de son enfant à naître. On sait en effet qu'une activation marquée du système immunitaire peut déjà en elle-même influencer le cerveau du foetus. Le rôle spécifique d'un taux accru d'IL-6 dans ce phénomène a pu être clairement établi 2... or justement, on a récemment observé une augmentation de cette interleukine chez les femmes enceintes victimes d'une infection Covid-19.

Une hypothèse non confirmée

Dans la nouvelle étude américaine, 255 mamans ont complété le questionnaire ASQ-3 lorsque leur enfant était âgé de cinq à six mois. Les bébés évalués étaient tous nés dans un hôpital new-yorkais entre mars et décembre 2020 ; 114 d'entre eux avaient été exposés in utero (la maman ayant contracté le Sars-CoV-2 au cours de la grossesse), les 141 autres n'avaient pas eu de contact avec le pathogène avant la naissance. Toutes les mamans contaminées avaient présenté une infection asymptomatique ou, au pire, légère.

L'ASQ-3 est une échelle bien validée qui permet aux parents d'évaluer l'évolution psychomotrice de leur enfant. L'étude qui nous occupe a pris en considération trois grands domaines: la motricité grossière, la motricité fine et les aptitudes personnelles/sociales. Cette dernière dimension recouvre la capacité à se débrouiller et les interactions avec l'entourage: l'enfant se retourne-t-il lorsqu'il entend un grand bruit? Tend-il la main pour avoir un biscuit? Se retourne-t-il lui-même sur le ventre lorsqu'on l'installe sur le dos? Parle-t-il a son reflet dans le miroir? Se comporte-t-il différemment avec ses proches et avec des inconnus?

Malgré une évaluation extrêmement soigneuse, les résultats ne confirmaient absolument pas l'hypothèse initiale d'un effet délétère de l'infection virale chez la mère sur le développement psychomoteur de l'enfant. Après correction pour les variables confondantes, les calculs réalisés avec les paramètres mesurés n'ont mis au jour aucune différence entre les enfants exposés au virus et les autres, quels que fussent la gravité de l'infection et le stade de la grossesse où elle était survenue.

Dans le cadre d'une analyse secondaire, les auteurs ont ensuite comparé les enfants nés pendant la pandémie à ceux qui étaient nés avant (entre novembre 2017 et janvier 2020)... et là, la cohorte la plus jeune semblait effectivement afficher des scores significativement plus faibles aux trois sous-domaines considérés. Les bébés nés au cours de la pandémie auraient donc vu leur développement psychomoteur ralenti.

Stade prénatal

La cohorte "historique" comportait quinze enfants nés moins de six mois avant le début de la crise sanitaire. Le fait de les écarter de l'analyse ne modifiait pas les résultats, ce qui permet aux auteurs de conclure que la différence de développement psychomoteur entre les deux groupes trouve son origine principalement au stade de la vie intra-utérine plutôt qu'après la naissance. " Les différences étaient modestes, mais elles pourraient tout de même, à l'échelon de la population, avoir un impact significatif sur la santé publique", a déclaré Dani Dimitriu, premier auteur, dans un entretien accordé à Science 3. Elle a néanmoins tenu à souligner qu'à l'âge de six mois, la plasticité du cerveau est telle qu'il n'est pas du tout exclu que ces enfants reprennent par la suite une trajectoire de développement normale.

Les auteurs pensent que le stimulus intra-utérin responsable du ralentissement du développement psychomoteur résulte du stress maternel, dans un contexte pandémique où l'incertitude quant à l'avenir, à l'emploi et à la possibilité de se loger et de se nourrir ont favorisé les problèmes d'anxiété et de dépression. Les scores les plus faibles au questionnaire ASQ-3 ont été constatés chez les enfants des mamans qui se trouvaient au premier stade de la grossesse au cours du premier pic épidémique new-yorkais (intervenu du 7 mars au 6 avril 2020). De nombreuses études ont démonté que c'est au cours des stades précoces que le développement psychomoteur du foetus est le plus sensible au stress maternel.

Les critiques publiées sur le site internet de Science 3 objectent qu'il ne s'agissait ici que d'une étude à petite échelle. Certains observent par ailleurs que, en dépit de corrections poussées, la cohorte historique n'était peut-être pas une référence judicieuse pour la comparaison avec les enfants nés dans un hôpital new-yorkais au cours du premier pic de la pandémie. En outre, comme les auteurs le soulignent d'ailleurs eux-mêmes dans leur article, ces travaux s'appuient sur l'évaluation réalisée par les mamans, qui pourrait avoir été biaisée par leur propre état d'esprit face à la crise... sans compter qu'évaluer le développement d'un bébé de six mois n'est de toute façon pas simple pour une personne "novice".

Des constats similaires

Nonobstant ces critiques, force est tout de même de reconnaître que les observations de l'équipe new-yorkaise rejoignent au moins en partie les résultats de rapportages antérieurs. Une étude chinoise s'est par exemple intéressée à l'évaluation ASQ-3 réalisée à l'âge d'un an chez des enfants nés au printemps 2019, dont la période prénatale était donc antérieure à la pandémie, celle-ci ayant éclaté vers leur premier anniversaire. Là aussi, les investigateurs ont toutefois constaté un retard dans le développement de la motricité fine en comparaison avec des enfants nés au cours des printemps précédents 4.

Mentionnons encore qu'une autre étude - en attente de publication - a bien, elle, constaté une différence de développement psychomoteur entre les enfants exposés ou non au SARS-CoV-2 5.

1. JAMA Pediatr. 2022. doi: 10.1001/jamapediatrics. 2021.5563

2. Front. Behav. Neurosci. 2018 ; https://doi.org/10.3389/fnbeh. 2018.00230.

3. Science - Small study suggests pandemic may slow babies' development.

4. Front. Pediatr. 2021 ; https://doi.org/10.3389/fped. 2021.662165.

5. MedRXiv 2020 ; doi:https://doi.org/10.1101/2021.12.15.21267849.

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