"La primo-vaccination reste la priorité"

Un an après l'arrivée des vaccins en Belgique, le CMG et l'Aviq font le point sur une multitude de sujets, des effets secondaires aux conséquences de l'arrivée d'Omicron en passant par la vaccination des moins de 12 ans et l'importance de la primo-vaccination.
Quelques 350 médecins ont participé au webinaire de l'Aviq "Utilité de la troisième dose de vaccin au milieu de la tempête Omicron". Ils ont également été nombreux à suivre le webinaire du Collège de médecine générale (CMG) sur la vaccination contre le Covid-19. De nombreux médecins se posent des questions quant à l'efficacité des vaccins face à Omicron, et de l'utilité d'une troisième dose face à ce variant coriace.
Trois doses, un schéma optimal
La troisième dose fait peu débat pour les personnes fragiles (personnes âgées, patients immunodéprimés) et les professionnels de soins au sens large. Mais est-elle utile pour la population globale? "La dose supplémentaire de vaccin permet d'améliorer la réponse humorale (la production d'anticorps). C'est une erreur de l'appeler "booster". En fait, c'est un schéma optimal: une vaccination à trois doses comme pour les vaccins HPV et de l'hépatite B", explique le Pr Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie à l'UNamur, membre du Comité mondial de sécurité des vaccins à l'OMS, du Comité de sécurité des médicaments à l'EMA et de la Taskforce Vaccination. "Les données épidémiologiques montrent que la troisième dose diminue les formes sévères et les hospitalisations de manière significative."
Les chiffres parlent d'eux-mêmes: Sciensano relève une diminution du risque d'hospitalisation chez les personnes vaccinées de 99% chez les 12-17 ans, de 83% chez les 18-64 et de 41% chez les +65 ans dans les données d'hospitalisation du 20 décembre 2021 au 2 janvier 2022. Cette efficacité est encore plus marquée en soins intensifs où l'on retrouve majoritairement des non-vaccinés.
"Par ailleurs, une analyse supplémentaire de l'EMA permet d'affirmer qu'un schéma de vaccination hétérologue, surtout pour la troisième dose, est aussi efficace qu'un schéma de vaccination classique", précise Jean-Michel Dogné. D'un point de vue pratique, cela veut dire que ceux qui ont reçu deux doses AstraZeneca et une Moderna sont tous aussi bien protégés que ceux qui ont reçu trois doses Pfizer.
50% des Européens touchés d'ici deux mois
Le Dr Hans Kluge, directeur régional pour l'Europe de l'OMS, estime que 50% de la population européenne serait confrontée au variant Omicron dans les deux mois à venir. Quelles sont les conséquences? "Omicron a une structure complètement modifiée par rapports aux précédents variants. Il est beaucoup plus infectieux, entre deux et quatre fois plus que le variant Delta, déjà particulièrement infectieux par rapport à la forme initiale du virus. Le risque de sévérité est cependant moindre." Les chiffres diffèrent selon les publications. L'EMA estime la réduction de la sévérité entre un tiers et 50%. Cette baisse de sévérité serait liée à deux éléments: premièrement, le variant affecterait davantage les voies aériennes supérieures et moins les poumons. Deuxièmement, la vaccination porte ses fruits.
"L'efficacité du vaccin est maintenue car l'immunité se constitue par la réponse humorale et la réponse cellulaire", détaille le Pr Dogné. Certes, la réponse humorale est moindre face à Omicron. Pour paraphraser Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid, "la clef ne tourne pas parfaitement dans la serrure" avec Omicron. Par contre, la réponse cellulaire est nettement moins tributaire des variations de la protéine spike. "Ce qui explique pourquoi la plupart des vaccins ARN gardent une efficacité sur les formes sévères quel que soit le variant analysé.Même dans le cas d'Omicron, une seule dose de vaccin prévient déjà de 52% des hospitalisations quatre semaines après injection, de 72% après une deuxième dose et de 88% avec une troisième dose. Il est donc faux de ne penser que se faire vacciner en première dose est inutile. C'est même un point essentiel sur lequel il faut insister."
Si l'efficacité du vaccin est prouvée, la protection acquise en cas d'infection antérieure a par contre du plomb dans l'aile face à Omicron. " Les premières données confirment queles personnes contaminées précédemment par d'autres variants du virus ne sont pas protégées en termes d'anticorps neutralisants. La vaccination est donc une arme efficace." Un constat partagé par Yves Van Laethem. "Ce n'est pas parce qu'on a fait une infection naturelle que l'on doit négliger une dose de rappel."