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Impact métabolique chez les sujets jeunes soumis à un traitement antirétroviral à vie

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Une récente étude américaine qui a suivi sur environ deux décennies des personnes ayant contracté le VIH dans l'enfance conclut à la présence d'une obésité centrale persistante et évolutive chez les sujets jeunes vivant avec le VIH et soumis à un traitement antirétroviral de très longue durée.

Jean-Luc Schouveller - 27 janvier 2022

Pour les personnes qui ont contracté le VIH à la naissance, il est crucial de suivre un traitement antirétroviral à vie. Bien que ce traitement entraîne une nette réduction du risque de maladies et de décès, il n'est pas sans conséquences notamment sur le plan des graisses et de leur répartition dans l'organisme avec toutes les conséquences possibles sur le plan métabolique et cardiovasculaire.

Quant aux causes spécifiques de ces perturbations, elles demeurent malheureusement encore et toujours inconnues. Il existe cependant un faisceau de preuves indiquant une possible modification du processus métabolique par l'environnement in utero chez les nourrissons dont la mère était sous traitement antirétroviral pendant la grossesse sans oublier les interactions complexes entre les dommages directs infligés par le VIH, le traitement antirétroviral à vie et l'inflammation chronique sous-jacente qui a tendance à persister malgré un suivi scrupuleux de schémas thérapeutiques efficaces. Une étude américaine s'est intéressée à lister les conséquences métaboliques d'une exposition à vie aux antirétroviraux et à en suivre l'évolution au fil du temps.

Une vie sous traitement

Pour les besoins de cette vaste étude, le Dr Seynt Sahagun et ses collaborateurs des National Institutes of Health ont recruté et suivi sur le long cours 70 personnes ayant contractés le VIH à la naissance ou dans la petite enfance. Ce suivi clinique s'est étendu entre 2000 et 2019.

Lors de la dernière visite programmée pour cette étude, ils ont comparé les données de ces 70 patients à celles de 47 personnes non infectées par le VIH similaires en terme d'âge, de sexe, d'origine ethnique et d'autres facteurs pertinents.

Pour un second volet de l'étude, les investigateurs ont sélectionné, cette fois, 40 participants vivant avec le VIH qu'ils ont régulièrement suivi durant 7 ans en moyenne afin de suivre l'évolution dans temps de certains paramètres.

Ce faisant, il leur a été possible à la fois de lister les conséquences métaboliques associées à un traitement à vie et d'en suivre l'évolution au fil du temps.

Outre la collecte de données concernant les antirétroviraux, le VIH, la santé globale et les constantes métaboliques (profil lipidique, glycémie à jeun, résistance à l'insuline, niveaux d'insuline, etc), les investigateurs ont également évalué les volumes de graisses et leur répartition dans l'organisme via imagerie médicale (DEXA).

Lors de la dernière visite de suivi, la plupart des personnes étaient âgées d'une vingtaine d'années et la moitié avait plus de 26 ans.

Environ 60% étaient des femmes, la moitié étaient de race africaine et le nombre moyen de CD4 était de 542.

Une suppression virale (< 50 copies) a été observée dans 54% de l'échantillon.

Plus de 50% du panel avait été exposé aux antirétroviraux pendant 16 ans ou plus.

Enfin, un peu moins de la moitié des participants avait un nombre de CD4 nadir inférieur à 200.

Comparaison avec les témoins séronégatifs

Les personnes vivant avec le VIH et traités sur le très long cours avaient une pression artérielle diastolique, des rapports taille-hanches, un rapport graisseux tronc-membres (DEXA) et des taux de triglycérides plus élevé que les témoins séronégatifs. De plus, la présence d'une résistance à l'insuline était plus fréquente chez les participants séropositifs (35% vs 11%). Enfin, leur taux de HDL-cholestérol était plus bas.

Les deux groupes étaient similaires en terme de pression artérielle systolique, de glycémie à jeun, de cholestérol total et de LDL-cholestérol.

Bien que les participants séropositifs étaient de taille plus petite, le poids et l'IMC n'étaient pas significativement différents des témoins appariés. La prévalence de l'obésité ne différait pas significativement entre les deux groupes.

La présence d'un syndrome métabolique était plus fréquente chez les personnes vivant avec le VIH (13% vs 4%) mais cette différence n'était pas significative.

Impact de l'exposition aux antirétroviraux

En ce qui concerne les mesures de la composition corporelle et l'exposition cumulée aux antirétroviraux, on constate des corrélations, certes modestes mais néanmoins significatives, entre l'augmentation du rapport taille-hanches et l'exposition aux INTI, INNTI et le IP tandis que l'augmentation du rapport graisseux tronc-membres était corrélée positivement aux seuls INTI. Intéressant de noter pour finir que les investigateurs n'ont trouvé aucune corrélation positive significative liée à l'exposition prolongée aux inhibiteurs de l'intégrase.

Evolution au fil du temps chez les personnes séropositives

Sur les 7 ans de suivi des 40 personnes séropositives non comparées au groupe témoin, on constate une augmentation du taux de HDL avec le temps. Au cours du suivi, 10% des participants ont reçu des traitements antihypertenseurs et 20% des traitements hypolipémiants.

On constate une augmentation de la prévalence des personnes en surpoids qui passe de 28% à 53% à 7 ans ainsi que de celle de l'obésité qui passe de 13% à 25%.

Enfin, l'augmentation du rapport taille-hanches était corrélé à l'augmentation du taux des triglycérides.

Réf: Sahagun SJ et al. Journal of AIDS, mise en ligne 19/10/2021.

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