PremiumLe journal du médecin

Le beau et le Pablo

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Un beau livre évoque Picasso... dans le miroir

2 février 2022

Romancier, commissaire d'expositions, et historiens d'art dont la thèse concernait l'autoportrait dans la peinture occidentale, auteur notamment de portraits de Rembrandt et l'an dernier d'un original Autoportraits cachés (chroniqué dans ces pages), il tire cette fois dans Picasso par Picasso l'(auto)portrait du maître espagnol.

Réunissant à la fois toutes les techniques du dessin et de la peinture (mais pas la sculpture, même s'il était très narcissique, Picasso ne s'est jamais représenté en trois dimensions, peu de sculpteurs le font ou l'ont fait d'ailleurs), il retrace texte à l'appui (celui présenté avant les oeuvres) le... "portrait" chronologique de ce genre pictural chez le génie andalou.

C'est au cours de ses premières années que Pablo se révèle les plus prolifiques dans ce domaine, notamment en 1900, lorsqu'une encre sur papier le montre avec son ami Manuel Pallarès en chemin vers la tour Eiffel: une oeuvre vue à l'exposition les Louvre de Picasso au Louvre Lens. Quatre ans plus tard, une belle aquarelle montre le jeune Picasso regardant son amante dormir. Cela s'intitule " Méditation (contemplation)": plutôt l'inverse en fait...

Il y a aussi quelques incunables comme ce portrait très Raskolnikov, tout droit sorti de " Crime et châtiment". Bonafoux écrit: " ... c'est un homme moustachu, barbu, à la chevelure sombre, que Picasso peint. Masse sombre d'un manteau fermé par un seul bouton. Variations d'un même bleu qui ombre les arcades sourcilières comme il creuse les joues sous les pommettes, comme il couvre un fond qui n'indique aucun espace".

En 1906, un autre tableau célèbre le voit, rasé, palette à la main s'éloigner de la période mélancolique colorée de bleu, tandis que celui de 1907 le présente à nouveau chevelu, mais déjà lorgnant vers le cubisme.

Bizarrement, la guerre terminée, les autoportraits, même lorsqu'ils ne sont pas reconnaissables, s'espacent de plus en plus après la Première Guerre, de l'ordre d'un ou deux tous les dix ans. L'encre sur papier de 1955, d'un style postcubiste, est ironique ; quant au crayonné coloré de 1972 ; il montre un crâne aux yeux exorbités guettant l'arrivée de la mort qui s'est annoncée pour l'année suivante.

Pascal Bonafoux: Picasso par Picasso. Autoportraits 1894-1972 (Éditions du Seuil)

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