Voici les "coordinateurs de retour au travail"...

Si le médecin généraliste ou spécialiste envoie en général son patient en arrêt maladie pour une période plus ou moins longue, c'est plus rarement ces acteurs-là qui le réinsèrent sur son lieu de travail, bien plutôt le médecin-conseil de la mutuelle. Tout au plus le médecin traitant peut-il être consulté. Dans la droite ligne de Maggie De Block et des trajets de réinsertion au travail, Frank Vandenbroucke crée les "coordinateurs de retour au travail". Ils seront 60 en 2023. Objectif: réinsérer 50.000 travailleurs sur un peu moins de 500.000 malades de longue durée.
"I l ne s'agit pas d'une question budgétaire ou économique", souligne le ministre Vooruit de la Santé publique lors d'un Webinaire, qui évite de mentionner que l'incapacité de travail coûte plus cher que le chômage depuis 2015, "mais plutôt d'une question de bien-être: dans nos sociétés inclusives, on sait que le travail participe grandement à la guérison et la réinsertion dans la société. La philosophie de notre plan de réinsertion repose donc sur la guérison avant tout et sur un triangle magique entre le médecin-conseil, le médecin du travail et le médecin traitant. L'avis de ce dernier sur les chances de réinsertion du patient est essentiel pour percer les aspirations du malade à retravailler: on enrichit en quelque sorte l'information autour de lui."
L'idée est d'arriver progressivement à un algorithme de réinsertion, fort du questionnaire envoyé par les médecins-conseils aux patients potentiellement en état de retravailler.
Selon cette philosophie, le certificat d'incapacité de travail ne doit pas être la fin de l'histoire mais le début d'une suite d'actions qui le mènera à retravailler un jour. Il ne s'agit pas de forcer quiconque à retravailler (la majorité des malades de longue durée sont trop souffrants pour retravailler) mais de les inviter à retravailler, souligne le ministre.
Or la principale lacune du système était, selon lui, l'absence d'un coordinateur entre les différents acteurs, lacune comblée dès le 1er mars 2022 par l'engagement de 40 coordinateurs en activité et bientôt 60 l'an prochain.
Algorithme de réinsertion
L'idée est d'arriver progressivement à un algorithme de réinsertion, fort du questionnaire envoyé par les médecins-conseils aux patients potentiellement en état de retravailler.
Le point-force de la réforme est la multidisciplinarité entre les acteurs: les trois types de médecins mentionnés plus haut mais aussi l'administration du chômage et l'employeur ou un autre employeur ainsi que tous les niveaux de pouvoir, en particulier le Fédéral et les entités fédérées qui sont par exemple compétentes en matière de chômage.
Le ministre Vandenbroucke entend également prévenir le "décrochage" du monde du travail en prévoyant éventuellement une indemnité qui compense un passage à temps partiel lorsque le travailleur souffre par exemple d'une maladie chronique.
Clara Arbesu, la directrice générale du Service des Indemnités de l'Inami, rappelle que le doublement du nombre de malades de longue durée depuis dix ans (à 442.000 en 2021 dont 37% souffrent de troubles mentaux) est due partiellement à la réforme de la prépension, la pension anticipée, le relèvement de l'âge du départ à la retraite des femmes (65 ans). Pour y pallier, un Centre de connaissance réunissant les Affaires sociales, l'Inami et les organismes assureurs verra le jour ainsi qu'un Collège de médecine d'assurance sociale qui réunira les acteurs médicaux impliqués dans la réintégration au travail.
Le "Trajet Retour au Travail" en bref
Tout travailleur salarié ou chômeur peut commencer un "Trajet Retour Au Travail" s'il est reconnu en incapacité de travail et s'il dispose encore de capacités physiques et psychiques suffisantes pour un retour sur le marché du travail.
L'initiative de démarrer un Trajet Retour Au Travail est prise: soit par le médecin conseil de sa mutualité (après un examen médical, le médecin conseil l'oriente éventuellement vers le Coordinateur Retour Au Travail (CRAT) pour un premier contact, soit le patient prend contact avec le CRAT de sa mutualité pour planifier ce premier contact).
Si le trajet est activé par le médecin-conseil, dix semaines après le début de l'incapacité de travail, le médecin conseil envoie un questionnaire à remplir et à renvoyer dans les deux semaines. Dans le courant du quatrième mois d'incapacité de travail, le médecin conseil fait une première estimation des "capacités restantes" de votre patient, ceci sur base de son dossier médical et du questionnaire. Ensuite, le médecin-conseil, s'il estime la chose possible, l'oriente vers le CRAT pour un premier contact: il aura alors estimé qu'une reprise de travail chez son employeur ou une reprise sur le marché du travail régulier est possible. Un mois après l'orientation vers le CRAT, celui-ci rencontre le patient et l'oriente si nécessaire vers le conseiller en prévention/médecin du travail. Une visite préalable sur le lieu de travail est possible. Ensuite, on décide de démarrer un trajet de réintégration.
Le patient-travailleur peut également prendre l'initiative de contacter le CRAT. La procédure est alors à peu de choses près identique.
Ensemble avec le CRAT et le médecin du travail, le patient signe alors le plan de réinsertion (objectifs, résultat final, actions, RV pour le prochain entretien de suivi).
Le CRAT et le médecin-conseil peuvent avec l'accord du patient, consulter le médecin traitant.