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Ma future vie d'avatar

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Le métavers, soit le monde virtuel qui se prépare, n'est pas sans poser question, notamment sur les enjeux psychopathologiques de cette technologie et ses conséquences sur la santé mentale.

9 mars 2022

Métavers, vous avez dit "métavers"? " Apparu dans des ouvrages de science-fiction américains au coeur des années '80, le terme 'métavers' est de plus en plus utilisé ; il décrit un univers virtuel dans lequel les citoyens s'immergent totalement en franchissant les limites corporelles et matérielles. (...) Outre les limites techniques et les questions juridiques, il faudra que les promoteurs du métavers relèvent trois défis: préserver nos démocraties, conserver le lien social et sauvegarder l'environnement", explique Olivier Servais, anthropologue à l'UCLouvain.

Il faut distinguer l'outil et son usage et il faudra réfléchir à la technologie dans son lien avec le métier du soin: comment faire en sorte qu'elle apporte des choses positives aux individus?

" Si ces pièges sont évités, le métavers pourra amener une réelle plus-value à notre monde, notamment aux secteurs de l'éducation, des loisirs et de la culture. Il pourrait donc être une véritable révolution... ou un incroyable échec", ajoute-t-il en définissant les contours d'un futur qui n'est pas sans inquiéter, notamment les spécialistes de la santé mentale.

Doutes et humilité

" En tant que psychiatre, ou soignant du côté psychopathologique, on constate évidemment déjà pas mal de choses concernant la réalité virtuelle, les réseaux sociaux... Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, on a une consultation spécialisée sur les addictions sans substance où on reçoit des personnes qui ont une addiction au jeu, à internet... On a une équipe mobile qui va à domicile voir des jeunes claustrés chez eux, pour tenter de les faire renouer avec l'extérieur. Des personnes viennent aux urgences psychiatriques parce qu'elles sont harcelées sur les réseaux sociaux, parce qu'elles font écho des consultations médicales via Facebook ou Tik Tok, ce qui est aussi un enjeu important en terme de secret médical", indique le Dr Gérald Deschietere, responsable de l'unité de crise aux Cliniques Saint-Luc (Bruxelles), en précisant qu'il faut être empli de doutes et d'humilité par rapport aux conséquences psychopathologiques de l'utilisation du métavers.

Pour le psychiatre, on pourra probablement distinguer des éléments favorables et défavorables de ce futur univers. Au rang des éléments positifs, il pointe la possibilité pour certains d'avoir accès à des processus de socialisation via ce monde virtuel: " Des ados, des jeunes adultes, voire des personnes plus âgées nous en parlent. La question est de savoir si c'est bénéfique pour leur santé et leur santé mentale? Cette question reste ouverte actuellement."

" Ensuite, ce métavers va favoriser de nouvelles manières de subjectiver notre rapport au monde. Enfin - c'est un des enjeux les plus importants -, la réalité virtuelle est peut-être un moyen de lutte contre certaines inégalités psychiques: on utilise aujourd'hui la réalité virtuelle (RV) pour soigner certains troubles de phobie sociale. C'est aussi peut-être un moyen de lutter contre des inégalités sociales. La RV a par exemple permis à certaines personnes de faire face au confinement un peu mieux que d'autres. Parfois, j'utilise déjà un casque de RV pour que mes patients puissent cheminer autour d'une phobie spécifique et que, mis en présence d'un objet phobogène, ils puissent appréhender la réalité de la rencontre."

Chacun sa bulle

Concernant les éléments défavorables, Gérald Deschietere se demande si le métavers ne pourrait pas isoler davantage des personnes déjà fragilisées dans leur rapport à autrui: " Des gens qui souffrent d'anxiété, de dépression, de phobie sociale, de pathologie du spectre autistique ou psychotique, d'une faible estime d'elle-même, parfois d'un trouble narcissique: on peut craindre que ces technologies renforcent encore cette pathologie, comme on le constate avec Facebook ou d'autres réseaux sociaux."

" Pas mal d'études ont déjà été faites sur les réseaux sociaux: quand on est soi-même atteint d'une souffrance psychique, il faut les utiliser avec parcimonie pour éviter de donner à autrui des éléments inquiétants par rapport à soi-même et qui pourraient être mal utilisés."

Autre crainte: que le métavers diminue les normes morales et sociales de la personne. " C'est-à-dire qu'elle ne se rende pas compte que le monde ne correspond pas à ce que lui enseigne ou montre le métavers. Et puis, fondamentalement, il y a cette diminution des capacités d'attention à la vie réelle: c'est déjà lié à la question du téléphone portable, de l'utilisation d'Internet, cela pourrait être accentué par le métavers. C'est une vraie question pour le psychiatre que je suis", reconnaît-il.

Enfin, il a relève des perspectives sociétales et se demande si nous aurons encore la capacité de construire un monde commun dans cet élément virtuel.

Technologie ambivalente

" Il faut distinguer l'outil et son usage et il faudra réfléchir à la technologie dans son lien avec le métier du soin: comment faire en sorte qu'elle apporte des choses positives aux individus?", met en garde le Dr Deschietere.

" Cela me rappelle cette belle notion de 'Pharmacon', ce qui sauve est aussi ce qui peut nuire. Il ne faut pas oublier qu'une innovation peut conduire à une atrophie, comme l'explique le philosophe Bernard Stiegler en donnant l'exemple de l'utilisation d'un GPS qui nous amène à ne plus savoir lire une carte routière... En utilisant un métavers, pourra-t-on continuer à utiliser les éléments de la vie réelle?"

Enfin, en guise de conclusion et de boutade, le psychiatre rappelle que les soignants psy seront plus que probablement nécessaires dans le métavers: " Ils existent déjà dans Second Life. Il faudra réfléchir à innover en matière de soin, comment aider des personnes qui énoncent par exemple des idées suicidaires sur un réseau virtuel? Et comment les aider pas uniquement virtuellement, mais aussi concrètement?"

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