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Des trajets de réinsertion assez décevants

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L'an dernier, près de la moitié (48,15%) des trajets de réintégration au travail après une incapacité de travail ont débouché sur une déclaration d'incapacité médicale de la part du travailleur, selon les statistiques de Mensura. Ensemble avec l'agence d'intérim ITZU, Mensura estime que la raison est à chercher derrière une législation... pas suffisamment contraignante. Les deux agences demandent dès lors que l'évaluation de la réintégration soit davantage axée sur les "capacités restantes" et que l'offre de reclassement soit plus dynamique.

Nicolas de Pape - 16 mars 2022

Si rien n'est fait, la Belgique comptera bientôt un demi-million de malades de longue durée, rappelle Mensura, ce qui coûte à la Sécu désormais davantage que le chômage. Cette situation préoccupante est due, selon plusieurs syndicats, notamment à l'allongement progressif de la durée de la carrière (actuellement 65 ans) et aux conditions plus strictes liées au chômage.

On remarque en effet que l'origine de l'incapacité de travail vient principalement des maux psychiques (24,3% en 2018 et 32,4% en 2021) et de l'appareil locomoteur, principalement le dos (de 31,5% à 32,6% pendant la même période). Au sein des maux psychiques, la dépression prend la part la plus importante. Les maux de dos concernent majoritairement l'arthrose et les douleurs du bas du dos. Les problèmes sociaux, les désordres du système cardio-vasculaire et du système nerveux n'interviennent respectivement que pour 6,7 ; 4,3 et 5% (2021).

Près de 6.000 trajets de réinsertion au travail

Pour pallier ce chiffre énorme d'incapacité de travail, les autorités ont lancé, sous l'égide de Maggie De Block, ancienne ministre Open-VLD de la Santé publique, des "trajets de réinsertion au travail" (TRT). Assez peu ont répondu à l'appel par rapport aux centaines de milliers de malades. En 2018, ils étaient quelque 5.151 travailleurs à y participer et à peine plus l'an passé: 5.869. Il s'agit majoritairement (60%) de femmes bien que, dans le détail, si les maux psychiques frappent plus les femmes (35,3% vs 28,2% en 2021), les problèmes lombaires frappent plus les hommes (36,2% vs 30,3% en 2021). L'âge médian des travailleurs dans un TRT en raison de plaintes psychologiques est de 42 ans (49 ans pour les plaintes de l'appareil locomoteur).

Le relatif échec des trajets de réinsertion serait dû à une législation trop souple.

Dans le secteur des services et de la construction, on observe logiquement plus de parcours de réinsertion dus à des troubles locomoteurs que de troubles psychologiques ; dans le secteur des soins, troubles psychologiques et plaintes locomotrices sont plus ou moins à égalité, tant chez les hommes que chez les femmes. Majoritairement masculin, le secteur de la construction observe nettement plus de plaintes liées au dos que des maux psychiques sauf parmi les rares travailleuses du secteur. Dans le secteur des services, qui comptent cinq fois plus de femmes, on observe toutefois plus de trajets dus à des plaintes locomotrices. Les hommes s'y plaignent plus de problèmes psychologiques que lombaires.

Libre d'accepter ou non

Depuis le 7 avril 2019, tout employeur qui lance un trajet de réintégration débouchant sur une incapacité médicale est obligé de proposer au travailleur malade de longue durée un trajet de reclassement externe dont les coûts sont à charge de l'employeur. Le travailleur est ensuite libre d'accepter cette offre ou non. Ce sont surtout les employeurs (48,7%) qui demandent un TRT, suivi par l'employé (28%) et le médecin du travail (23%). La proportion de trajets demandés par le travailleur lui-même diminue avec l'âge, tandis que la proportion de trajets demandés par l'employeur augmente avec l'âge du travailleur ce qui semble indiquer une volonté de s'en débarrasser lentement. Dans les catégories d'âge plus jeunes, la plupart des demandes proviennent du salarié lui-même. La proportion de décisions "de type B" (le salarié peut reprendre le travail convenu en temps voulu) a augmenté depuis 2019.

Mais comme on l'a vu, le trajet est assez rarement utilisé. Pour l'agence d'intérim ITZU, co-réalisatrice de l'enquête, c'est en raison du fait que la législation est trop peu contraignante . "En 2021, moins de 2% des accompagnements de reclassement externe proposés ont été mis en place. Malgré de bonnes intentions, cette mesure n'est qu'une coquille vide." Selon ITZU, les mesures d'activation devraient être plus coercitives. On éviterait peut-être que près de la moitié des trajets de réintégration au travail (48,15%) débouchent finalement sur une nouvelle incapacité de travail. Toutefois, les travailleurs qui peuvent reprendre avec bonheur leur ancienne fonction sont de plus en plus nombreux. Si en 2017, ils étaient seulement 4,43%, l'an dernier, le taux atteignait 15,6%.

80% de taux d'emploi

"Les chances de réintégration diminuent progressivement avec le temps", soulignent les enquêteurs, plaidant pour qu'un contact avec le médecin ou l'infirmier du travail soit prévu rapidement (après quatre semaines si possible).

L'accord du gouvernement fédéral ambitionne d'atteindre pour 2030 un objectif très élevé: un taux d'emploi global de 80%. Mensura insiste dès lors sur l'importance de se concentrer sur la prévention (puisqu'il est plus facile d'entrer que de sortir de l'incapacité), avec une attention particulière pour les problèmes psychologiques et du système locomoteur...

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