La prise en charge médicale des réfugiés ukrainiens s'organise

Depuis le 14 mars, plus de 10.000 réfugiés ukrainiens ont été enregistrés au Heysel au Palais 8. Certains arrivent exténués et malades du voyage, un périple pénible et dangereux. Parmi eux, des malades chroniques qui ont besoin d'un suivi. Quelques 200.000 ressortissants ukrainiens devraient être accueillis en Belgique.
Une fois inscrits à l'office des étrangers, les réfugiés ukrainiens reçoivent une attestation de protection temporaire et peuvent bénéficier du service de soins de santé belge. Mais la file est longue et pour les personnes vulnérables qui ont des soins nécessaires, ce n'est pas toujours évident. Ces personnes peuvent demander l'aide provisoire de Fedasil si elles sont hébergées dans un centre d'accueil provisoire, mais d'autres procédures sont possibles. "Dans un contexte urgent, en rupture de médicaments pour une maladie chronique par exemple, on ouvre une aide urgente. C'est ce que recommande Médimmigrant1, en attendant que le statut du patient se stabilise", explique le Dr Christophe Barbut, médecin généraliste au centre Athena centrum à Bruxelles et président du Collège de médecine générale.
"Au centre Athena, nous n'avons pas encore eu de patients ukrainiens avec de gros problèmes particuliers", précise le médecin. "Nous avons eu principalement des patients avec des maladies chroniques. Dans ce genre de circonstances, ce sont souvent les gens les mieux organisés qui partent en premier de chez eux, qui ont plus de moyens et qui comprennent mieux ce qui se passe. Ils parlent souvent l'une ou l'autre langue européenne", ajoute-t-il. "Ensuite il y a des vagues de gens qui se trouvent dans des situations moins favorables."
Le Collège de médecine générale a préparé le terrain et proposé une fiche informative (lire égalemennt en page 10), afin d'aider au mieux les médecins dans la prise en charge médicale et administrative des réfugiés ukrainiens, dans le cas où ceux-ci recevraient des Ukrainiens en consultations. 2
Des schémas de vaccination très imparfaits
Souvent, les réfugiés arrivent sans leurs documents et le schéma de vaccination n'est pas connu. Le Collège de médecine générale préconise dans ce cas de refaire le RRO, le DTP-polio-HIB et pour le Covid-19, de faire la deuxième ou troisième injection, ou de repartir de zéro si le vaccin n'est pas reconnu, comme dans le cas du Spoutnik.
"Les Ukrainiens sont vaccinés de manières imparfaites, par rapport au reste de l'Europe", explique le Dr Barbut. "Et ils ont des vaccins qui ne sont pas reconnus par la communauté européennes, donc on les considère comme vierges et on recommencera les vaccinations. Nous avons appris par ailleurs, que les autorités étaient en train de se mettre d'accord entre les différents intervenants pour publier un résumé en termes de reconnaissances de vaccination."
Le stress post traumatique
Concernant les problèmes de santé mentale, le document conseille de détecter les signes tels que les troubles du sommeil, crises de panique, ou encore les troubles de la concentration, et propose plusieurs pistes pour aller plus loin, avec quelques références d' aides psychologiques comme le service Solentra 3 (le service pour les jeunes réfugiés et migrants), qui en plus d'une oreille attentive propose des services d'interprétariats.
"Il est clair que le stress post-traumatique sera conséquent", ajoute le Dr Barbut . "Et nos collègues psychiatres devront les prendre en charge. Il existe déjà quelques initiatives mais il faudra encore les rassembler. Tout n'est pas encore bien structuré", confie le médecin .
"Le stress post-traumatique, ne se révèle pas tout de suite", ajoute-t-il . "Il faut savoir que la prise en charge rapide à été préconisée pendant longtemps, mais finalement il s'est avéré que cela ne servait pas à grand-chose. Mais dans ce cas-ci, il ne s'agit de toute façon pas d'une prise en charge rapide, car ce sont des gens qui ont vécu des traumas datant déjà d'il y a quelques jours voire plusieurs semaines. Nous allons découvrir les traumas par la suite."
Problèmes de langues
Des questions linguistiques commencent à se poser et la création d'une structure s'impose. "J'ai eu une patient avec un traitement chronique qui est venue avec des boîtes de médicaments neuves, produites en Suisse, donc tout à fait fiable, mais tout était écrit en cyrillique", raconte le médecin généraliste . "Nous avons l'habitude de voir des produits polyglottes, mais en alphabet romain. Et quand on sort de l'Europe ce n'est pas si évident", poursuit-il. "J'ai fait quelques consultations avec Google translate et aussi avec Google Lens qui permet de lire le cyrillique, et de traduire en alphabet romain pour pouvoir lire le nom de la molécule sur les boîtes de médicaments."
Le collège de médecine générale communique par ailleurs des sites d'interprétation, comme l'application Traducmed.fr qui permet de poser des questions types de consultation.
1. https://medimmigrant.be/newsletter/flash-info-acces-aux-soins-medicaux-des-personnes-fuyant-la-guerre-en-ukraine
2. https://www.lecmg.be/wp-content/uploads/2022/03/CMG_UKRAINE_Accueil-medical_18.03.22. pdf
3. https://www.solentra.be
Une équipe de la Croix Rouge au Heysel
Au Heysel, une équipe de la Croix Rouge est présente pour fournir les premiers soins nécessaires aux réfugiés ukrainiens. Ils sont une quinzaine et sont aussi bien secouristes, infirmiers urgentistes, que médecins. Ils ont un poste fixe et parcourent également les files.
" Jusqu'à présent, une cinquantaine de personnes ont eu besoin de nos soins. Certains pour une maladie chronique, tel que du diabète, et d'autres pour des petits bobos. Et il y a eu également deux ou trois cas de Covid. Mais ce sont surtout des symptômes dus au stress et aux conditions de voyage que nous avons retrouvés, comme des vomissements", explique Nancy Ferroni, Senior Press Officer de la Croix-Rouge de Belgique:
Une fois enregistrées, ces personnes recevront leur attestation de protection temporaire, la carte A, qui leur permettront de résider en Belgique et d'avoir accès au marché du travail, à l'hébergement, à l'enseignement, et également aux soins de santé. Ils pourront ainsi suivre un traitement à l'hôpital si besoin, voir un médecin de première ligne, s'inscrire à une mutuelle et avoir accès aux remboursement de médicaments nécessaires.
"Si deux tiers des personnes ont trouvé une solution de logement chez des amis ou dans de la famille, un tiers n'a pas encore trouvé de logement. Le problème c'est surtout la barrière de la langue", insiste la responsable presse , "la plupart des ressortissants ukrainiens ne parle pas anglais et les traducteurs ne sont pas assez nombreux sur place."