Alcool, tabac et drogues: impact sur les résultats virologiques

La consommation importante et chronique d'alcool, de tabac et/ou de drogues récréatives ou injectables pourrait-elle avoir un impact sur l'observance du traitement antirétroviral et donc sur les résultats virologiques des personnes vivant avec le VIH ? Réponse avec une étude anglaise récente publiée dans HIV Medicine.
C'est au sein de l'étude ASTRA (Antiretroviral Sexual Transmission Risk and Attitudes) que les investigateurs anglais ont recruté quelques 3.258 personnes vivant avec le VIH afin d'évaluer l'impact de l'alcool, du tabac et des drogues, récréatives ou injectables, sur trois paramètres: l'observance thérapeutique, la suppression virale et le risque de rebond viral.
Parmi ces patients, 69% étaient des HSH, 11,4% étaient des hommes hétérosexuels et 19,6% étaient des femmes. Un score CAGE (un questionnaire en 4 items évaluant la dépendance alcoolique) supérieur ou égal à 2 a été retrouvé chez 17,6% des participants ce qui signe une dépendance importante à l'alcool, 10,1% buvaient plus de 20 unités d'alcool par semaine, 31,5% étaient des fumeurs actifs, 38,1% étaient consommateurs de drogues récréatives et 2,3% rapportaient une consommation de drogues injectables.
Dans chaque cas, la prévalence de ces addictions était plus importante chez les hommes que chez les femmes.
Impact sur l'observance thérapeutique
Parmi les 2.459 personnes sous traitement antirétroviral depuis plus de 6 mois, un score CAGE de 2 ou plus, une consommation de plus de 20 unités d'alcool par semaine, un tabagisme actif, la consommation de drogues récréatives ou injectables étaient autant de facteurs associés à une mauvaise observance thérapeutique.
Impact sur la suppression virale
Après ajustement pour les facteurs démographiques et socio-économiques, il apparaît le risque de non suppression virale est augmenté de 52% en cas de dépendance à l'alcool, de 58% en cas de tabagisme actif et est plus que doublé en cas de consommation de drogues injectables.
Impact sur le risque de rebond viral
Au cours du suivi d'un sous-groupe de 592 personnes dont la charge virale était indétectable au moment de leur inclusion dans l'essai, il est apparu que la dépendance à l'alcool, la consommation d'au moins 3 drogues récréatives et l'utilisation de drogues injectables étaient autant de facteurs qui augmentent substantiellement le risque de survenue d'un rebond viral.
Conclusion
Ces données plaident pour le dépistage et le traitement de l'addiction et de la consommation excessive d'alcool, du tabagisme et de la consommation de drogues, qu'elles soient récréatives ou injectables afin d'améliorer l'observance thérapeutique, d'atteindre la suppression virale et d'éviter le rebonds. De plus, il est important que les praticiens tiennent compte du fait que ces addictions ont des effets délétères sur les résultats virologiques en les affaiblissant.
Réf: Jones T. et al. HIV Medicine 2022;23(3):209-226.