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Le CSS plaide pour rendre les villes plus vertes et bleues

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Comment promouvoir les interactions positives entre espaces urbains verts et bleus et santé humaine? Le Conseil supérieur de la santé formule quelques recommandations clés et invite à sensibiliser davantage la population à cette problématique encore trop peu connue.

4 mai 2022

Si les relations dynamiques entre la nature et la santé font l'objet d'une attention croissante, l'influence de l'environnement bâti et l'importance de la verdure et de l'eau pour la santé ont plutôt été sous-estimés jusqu'à présent. Le Conseil supérieur de la santé (CSS) se devait donc de s'emparer du sujet. En novembre dernier, il a ainsi publié un nouvel avis synthétisant les connaissances actuelles et les recherches belges sur ce sujet et proposant aux décideurs politiques, aux planificateurs de l'espace et au secteur de la santé des recommandations issues de la médecine, de l'urbanisme et de l'écologie. L'implication précoce de ces acteurs, et celle des habitants, dans la planification et la conception de ces espaces est donc essentielle. Dans cette optique, le CSS a organisé, le 21 avril, un débat interactif pour présenter et commenter les recommandations de ce rapport.

Arbres, parcs, toits et murs verts, étangs... et tous les organismes vivants qu'ils contiennent peuvent contribuer à améliorer la qualité de l'air, à réguler la chaleur et à réduire le bruit, mais aussi à inciter les gens à sortir plus souvent.

Pas de recette miracle

Arbres, parcs, toits et murs verts, étangs... et tous les organismes vivants qu'ils contiennent ont un effet bénéfique sur la santé physique et mentale. " Ces éléments peuvent contribuer à améliorer la qualité de l'air, à réguler la chaleur et à réduire le bruit, mais aussi à inciter les gens à sortir plus souvent. Ainsi, les éléments verts et bleus de la ville peuvent contribuer indirectement à la bonne santé en stimulant un mode de vie actif, la relaxation et le renforcement de la cohésion sociale, avec tous les avantages que cela implique pour la santé physique et mentale", constate le CSS.

" Compte tenu de la complexité des systèmes socio-écologiques urbains, malgré une augmentation rapide du nombre et de la diversité des études scientifiques pertinentes, des incertitudes et des inconnues subsistent dans les connaissances scientifiques sur les interrelations entre la nature et la santé. Par conséquent, il n'y a pas de recette standard sur la meilleure façon dont le vert et le bleu peuvent contribuer à la ville. Chaque zone urbaine a ses propres caractéristiques naturelles, sociales, culturelles et économiques", notent les experts.

Quatre hypothèses

Le CSS s'est penché sur trois aspects: environnementaux (qualité de l'air, îlots de chaleur urbaine, bruit...), sociaux et de santé. " Les effets de la nature sur la santé mentale à court terme sont démontrés, ils le sont moins sur le long terme mais la littérature montre un effet probant. Les études sur l'effet de la biodiversité sur le microbiote humain offre des perspectives significatives... Les zones vertes et bleues en milieu urbain pourraient participer à la médecine curative et préventive", précise Sophie Vanwambeke (géographe, UCLouvain).

Quatre hypothèses expliquent les mécanismes en cause. " Selon l'hypothèse de la biophilie, on s'attend à ce que les gens préfèrent et sélectionnent des environnements biologiquement diversifiés et tirent des bénéfices mentaux du contact avec les espaces verts. Selon l'hypothèse de la biodiversité, les contacts entre les personnes et la biodiversité microbienne sont importants pour la santé humaine, en particulier pendant l'enfance. Le microbiote affecte le développement et la fonction de pratiquement tous les systèmes organiques et protège contre les micro-organismes pathogènes et les toxines. La génétique et les facteurs liés au mode de vie, y compris le contact avec l'environnement naturel, influencent la composition du microbiote qui, à son tour, influe sur la santé de l'hôte".

Il n'y a pas de recette standard sur la meilleure façon dont le vert et le bleu peuvent contribuer à la ville.

" Selon l'hypothèse de l'effet de dilution, une grande richesse en espèces vertébrées réduit le risque de maladies infectieuses chez l'homme parce que les agents pathogènes sont 'dilués' parmi un grand nombre d'espèces animales réservoirs. Enfin, les services écosystémiques correspondent aux avantages que les espaces verts naturels et artificiels procurent en termes de santé humaine", indique-t-elle.

Les bonnes fréquentations

Pour le CSS, sur la base des données disponibles, il est largement possible d'améliorer la santé en tenant compte des liens entre la nature et la santé, tout en développant les connaissances scientifiques.

Parmi les recommandations clés:

? inclure la fréquentation de la nature notamment dans la routine (pré)scolaire et professionnelle, -éduquer et sensibiliser le public à la notion d'espaces urbains verts et bleus,

? renforcer les initiatives telles que One Health et EcoHealth,

? favoriser l'équité en matière de santé humaine,

? maximiser l'accessibilité pour les groupes vulnérables et éviter l'éco-gentrification,

? inclure les effets des espaces urbains verts et bleus sur la santé humaine dans la planification spatiale et les plans de développement urbain, tout en tenant compte des besoins locaux et en informant les citoyens des risques biologiques liés au contact avec la nature...

Les experts réunis par le CSS ont tous souligné l'importance d'une approche globale mais aussi la nécessité d'éduquer et d'informer la population sur ce sujet encore trop peu connu. " Il faut conscientiser les gens autour de ce thème. En tant que prestataire de soins, on doit plus s'impliquer dans le maillage vert", a conclu Peter Raeymaekers (Zorgnet-Icuro). " L'éducation doit se faire dès l'école", a ajouté Nele Michels, MG (Anvers). "Il faut changer les mentalités, le regard sur la nature, et il faut des outils innovants (pas que des check-lists) et beaucoup de coopération multidisciplinaire."

www.css-hgr.be, CSS, avis n°9436

Vers des soins plus verts

Comment la nature contribue-t-elle aux soins de santé primaires? Il peut s'agir de prescriptions vertes (prescrire de l'activité physique), d'interventions sanitaires liées à la nature (activité ou stratégie incitant les gens à participer à des expériences liées à la nature pour améliorer la santé et le bien-être), de thérapies assistées par la nature (plantes, matières naturelles et/ou environnement extérieur) et de soins verts (utilisation d'éléments de la nature par des praticiens formés). Sans oublier la médecine complémentaire et les plantes médicinales.

" Malgré les preuves croissantes des effets positifs du contact avec la nature sur la santé, et malgré la reconnaissance du rôle important des médecins généralistes dans la promotion des soins liés à la nature, la transposition de ces connaissances dans la pratique des soins de santé et la recherche de leur efficacité ne sont pas encore courantes. Pourtant, il existe de bonnes raisons d'y accorder plus d'attention", constatent les experts. La littérature décrit en effet le potentiel de ce type d'intervention dans la prévention et le potentiel des professionnels des soins de santé primaires en termes d'impact majeur sur la santé publique, notamment comme ressources crédibles en matière d'informations sur la santé.

Pourquoi la pratique de la prescription verte reste faible malgré les preuves croissantes des bienfaits des espaces verts sur la santé? Parce qu'il manque une terminologie cohérente favorisant la collaboration entre les professionnels de la santé et de la nature et parce qu'il faut un changement de comportement de la part des patients et des professionnels de santé pour dépasser le modèle biomédical traditionnel. Autre point d'achoppement: le manque de ressources et de temps pour se former et pour soutenir le patient dans son changements de comportement.

Enfin, ajoute le CSS, on manque de preuves plus claires (que des mesures subjectives, comme l'état de santé autorapporté) pour convaincre les professionnels: " Les essais contrôlés randomisés sont moins réalisables car l'exposition et l'expérience de la nature dépendent beaucoup du contexte: la validité écologique est donc plus difficile."

En Belgique, ces recherches sont encore balbutiantes. Le CSS donne l'exemple de la chaire de l'Université d'Anvers sur les soins et le cadre de vie naturel qui vise à développer des collaborations scientifiquement étayées sur les soins liés à la nature avec et dans le secteur des soins de santé primaires.

CSS, avis n°9436

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