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Des études plus petites, des résultats fiables

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La crise du coronavirus a été un choc sans précédent... et, si cela ne dépend que de Pierre Van Damme (Universiteit Antwerpen) et Arnaud Marchant (ULB), on ne nous y reprendra pas à deux fois. Les deux chercheurs ont fondé ensemble l'European Plotkin Institute, dont l'objectif est d'étudier l'efficacité et la sécurité des vaccins en s'appuyant sur des méthodes actuelles et sur une expertise intégrée, l'idée étant à l'avenir d'être "biopréparés".

1 juin 2022

Née de compétences complémentaires, la collaboration entend bien continuer à avancer sur la voie de la complémentarité dans le futur: alors que son pôle bruxellois se concentre sur l'immunologie, la microbiologie et la biologie moléculaire, l'équipe anversoise prend en charge le volet essais cliniques. Les deux centres peuvent accueillir des essais cliniques de phases un à trois, mais la grande spécificité de l'infrastructure et des compétences anversoises réside dans la possibilité de réaliser des études de provocation humaines, qui consistent à exposer des volontaires à un agent pathogène dans des conditions soigneusement contrôlées.

L'apport de l'immunologie

Contrairement aux grands essais de phase trois réalisés au cours de la pandémie pour l'évaluation des vaccins en cours de développement, les études de provocation offrent l'assurance qu'un participant donné a bien été exposé à l'agent pathogène et à quelles doses, ce qui permet d'obtenir des résultats fiables dans des populations beaucoup plus limitées, mais aussi plus rapidement et à moindre coût. Les essais de provocation humains permettent par exemple d'examiner contre placebo si le vaccin est efficace et quel est exactement son effet (contrer l'infection, entraver la prolifération/réplication du pathogène en cas d'infection, éventuellement inhiber les symptômes...). Un autre point fort de cette méthode de recherche est qu'elle permet d'identifier et d'évaluer des corrélats de protection: quels sont les paramètres immunologiques qui indiquent une protection contre le pathogène (anticorps, lymphocytes T) et à partir de quels seuils?

La crise du coronavirus a clairement démontré combien il est important de pouvoir mettre en place une approche globale, où l'harmonisation et la standardisation des processus et méthodologies jouent un rôle déterminant.

C'est à l'immunologie que revient le mérite de l'étude des corrélats de protection. " Lorsque nous avons commencé à développer des vaccins contre le Sars-CoV-2, nous avions déjà 20 ans d'expérience de l'immunologie des coronavirus", souligne le Pr Marchant. " Nous savions quel type d'immunité était nécessaire, quelles protéines virales cibler. Ce sont des données indispensables au développement d'un vaccin. Elles permettent en outre de déterminer quel est le dosage efficace, combien de doses doivent être administrées et à quel intervalle." Grâce aux corrélats immunologiques, il est aussi possible de prédire certains effets avant même leur évaluation dans les essais cliniques (ou les études en conditions de vie réelle): le vaccin sera-t-il efficace dans des groupes de population plus vulnérables et souvent moins bien représentés dans les études cliniques, comme les personnes âgées? Un nouveau vaccin contre un pathogène donné fonctionnera-t-il aussi bien que ceux qui existent déjà? Un variant émergent sera-t-il sensible aux vaccins disponibles?

Un réseau plus vaste

" Nous allons harmoniser au maximum le travail au sein de l'institut par exemple en organisant des formations conjointes pour le personnel bruxellois et anversois, mais nous n'allons pas uniquement collaborer entre nous", tient à préciser le Pr Van Damme. " Nous espérons, avec ce concept attrayant, attirer également d'autres universités belges et étrangères. De telles collaborations existent évidemment déjà, mais notre objectif est de les développer encore davantage."

Les deux chercheurs souhaitent explicitement impliquer dans ces réseaux des pays en voie de développement, en vue aussi bien d'échanger des données scientifiques que de mettre en place des projets de formation. La crise du coronavirus a en effet clairement démontré combien il est important de pouvoir implémenter une approche globale, où l'harmonisation et la standardisation des processus et méthodologies jouent un rôle déterminant pour garantir l'applicabilité des résultats d'études dans une grande partie du monde.

Enfin, l'une des missions fondamentales de l' European Plotkin Institute sera de faire évoluer la recherche sur les vaccins d'une approche réactive vers un mode plus proactif. Partout dans le monde, des experts surveillent d'un oeil inquiet une série de virus susceptibles d'être responsables, dans le futur, d'une nouvelle épidémie lourde de conséquences. On envisage actuellement à l'intérieur de l'institut de commencer à étudier des prototypes de vaccins sans attendre que les infections qu'ils ciblent ne se manifestent - le virus de Lassa et le virus Nipah, notamment, sont deux pathogènes auxquels il semble judicieux de se préparer.

www.epiv.eu

Des locaux dédiés

L'European Plotkin Institute disposera de locaux propres sur les deux sites impliqués. À Anvers, le campus de Drie Eikenaccueille d'ores et déjà un Vaccinopolis unique au monde qui n'attend plus que d'être finalisé et à Bruxelles, la construction va bon train au pied de l'hôpital Erasme. La structure des deux bâtiments rejoint parfaitement les activités qui doivent s'y dérouler. Le centre bruxellois accueillera ainsi notamment un vaste laboratoire BSL3 (biosafety level 3, ce qui lui permet de manipuler des pathogènes potentiellement mortels) ainsi qu'un espace de stockage professionnel pour les échantillons en provenance notamment d'Anvers.

À côté d'une zone dédiée aux participants ambulatoires des essais cliniques de phases un à trois, le Vaccinopolis comporte également une section résidentielle de 30 lits où les sujets inclus dans les essais de provocation humains peuvent être isolés du monde extérieur pendant quelques semaines. Son infrastructure est conçue de telle manière que l'agent pathogène utilisé ne peut en aucun cas s'échapper vers l'extérieur, grâce notamment à des sas et des systèmes de pression négative. La sécurité de la population d'étude est garantie par le personnel d'encadrement et par la proximité de l'UZA, dont les urgences sont toujours prêtes à intervenir si nécessaire.

Stanley Plotkin

Le nouvel institut a été présenté le 24 mai dernier lors d'une conférence de presse où était notamment présent son éponyme Stanley Plotkin, autorité mondiale dans le domaine des vaccins et défenseur nuancé de la vaccination. "La crise du coronavirus a débouché sur une multiplication rapide des plateformes de développement de nouveaux vaccins", a-t-il commenté. "Un contrôle méticuleux de l'efficacité et de la sécurité de ces produits est donc plus que jamais nécessaire."

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