Comment juger de la qualité d'un fonds?

Le fonds que vous conseille votre banquier ou que vous avez repéré dans les médias tiendra-t-il ses promesses? Impossible à prédire, hélas. Vous pouvez par contre vérifier ses performances récentes... à condition de distinguer ce qui est pertinent de ce qui ne l'est pas.
Les taux d'intérêt ont rebondi, mais plus faiblement en Europe qu'aux États-Unis. Et comme on partait ici de zéro, et même de moins que zéro, les placements à revenu fixe traditionnels n'offrent toujours qu'un rendement misérable. Ils appauvrissent même l'épargnant plus encore que ces dernières années, une fois pris en compte le niveau de l'inflation! Il faut donc, plus que jamais, viser des placements plus sophistiqués. Ceux que les gestionnaires proposent au travers des fonds de placement et sicav, ces instruments de placement collectifs communément désignés par fonds, quel que soit leur statut juridique. Quitte à y aller très prudemment quand on n'est pas prêt à encaisser de grosses fluctuations boursières sans perdre le sommeil...
Le Kiid d'information
À défaut de pouvoir anticiper la performance future d'un fonds, au moins peut-on jeter un oeil sur son parcours des dernières années: est-il plutôt médiocre ou franchement brillant? Attention cependant à ne pas se focaliser sur des chiffres absolus. Car s'ils reflètent par définition la manière dont a évolué la valeur de l'argent qu'on y a investi, ils ne disent rien sur la qualité intrinsèque du fonds et de ses gestionnaires. Un fonds d'actions dont la valeur a baissé de 2% a réalisé... une brillante performance si les bourses étaient cette année-là en chute de 10%. À l'inverse, un fonds spécialisé affichant une hausse de 20% est plutôt médiocre si le secteur sur lequel il est axé a bondi de 35% durant la même période. A fortiori si nombre de ses concurrents, c'est-à-dire les fonds investis de la même manière, affichent +40%. Voici quelques pistes pour se forger un jugement.
La documentation mise à la disposition d'un acheteur de fonds est, en soi, assez abondante. Petit bémol: il n'est pas toujours facile de trouver les références d'un fonds sur Internet, d'où l'utilité de s'adresser à sa banque. Quand on y arrive, on trouvera par exemple l'évolution du cours (ou plus exactement de la "valeur liquidative"), le rapport annuel, trimestriel ou même mensuel, utile pour avoir une idée de la composition du portefeuille. Et une fiche intitulée "informations clés pour l'investisseur". Elle est parfois appelée Kiid ( Key Investor Information Document), nom officiel de ce document que le banquier doit obligatoirement remettre à un souscripteur de fonds. Ce dernier est présenté sous diverses coutures: stratégie, frais, performances passées... Sans oublier le "profil de risque": il sera souvent de 3, voire 2, pour un fonds obligataire, surtout en euro, et de 6 pour un fonds d'actions (sur une échelle de 7). Rien d'inattendu! Plus pertinentes sont les performances affichées par le fonds durant les dernières années. Elles sont pertinentes... à condition de comparer.
L'incontournable Morningstar!
Telle est réellement l'approche qui permet de juger de la qualité d'un fonds d'actions: comparer. Avec l'évolution de l'ensemble du marché? Si c'est un fonds global en actions, oui. S'il s'agit d'un fonds spécialisé dans un secteur, non, cela n'a guère de sens. Comparer avec l'indice de référence (benchmark) présenté par le fonds? Ce n'est forcément pas dénué de sens, mais si cette référence n'est pas très pertinente, ce qui arrive, le jugement sera faussé.
L'approche véritablement parlante, c'est comparer le fonds avec ses pairs (lisez: concurrents), soit ceux qui sont investis de la même manière. Pour des fonds très diversifiés, pas de problème. Pour des fonds très spécialisés, des (petites ou plus importantes) différences de profil sont possibles, mais après tout, ceci n'enlève pas toute signification aux meilleures et moins bonnes performances.
De pareilles comparaisons se font aisément sur la base des fiches présentant les fonds, évoquées ci-dessus. On peut aussi se référer aux analyses réalisées par Morningstar. Cette société financière fait internationalement autorité dans le jugement qualitatif des fonds. Et par chance, son site Internet (morningstar.be) est largement accessible aux investisseurs individuels. Petit truc: on arrive plus facilement à destination en tapant le nom complet du fonds dans le moteur de recherche, suivi de morningstar. Et petit avertissement: il existe généralement plusieurs versions d'un même fonds (capitalisation/distribution, en euro/dollar, etc.) et on pourrait ne pas trouver aisément celle qui est commercialisée en Belgique. Se "tromper" ne rend toutefois pas la comparaison caduque. On trouvera sur les fiches Morningstar, entre autres renseignements, les principales valeurs du portefeuille, ainsi que la performance moyenne sur plusieurs périodes. Et jusqu'à dix ans s'il y a lieu, ce qui est rarement disponible sur les fiches du fonds. Une intéressante vue synthétique. Morningstar ne va toutefois pas jusqu'à comparer les fonds entre eux dans ces documents. C'est à l'investisseur d'enquêter!

Attention à la (vraie) diversification!
Le grand intérêt d'un fonds est sa diversification: il comprend au minimum plusieurs dizaines d'actions, souvent presque une centaine, et parfois plusieurs centaines d'obligations. Il est vrai que certains fonds d'actions se contentent d'une trentaine de valeurs, la principale d'entre elles pouvant représenter 5% du total, voire un peu plus, les suivantes pesant aux environs de 3%. C'est typiquement le cas de fonds spécialisés présentés comme étant "de conviction": le gestionnaire n'a pas ratissé large, cherchant à reproduire l'ensemble du secteur visé. Il s'est au contraire focalisé sur les entreprises qu'il juge vraiment prometteuses. Même dans le cas d'un portefeuille aussi peu étoffé, un accident frappant l'un ou l'autre titre sera pas mal dilué. L'autre caractéristique des fonds étant d'émettre des parts de faible valeur, l'investisseur particulier peut bénéficier de cette diversification à partir de quelques centaines d'euros à peine.
Il ne faut toutefois pas se méprendre sur la notion de diversification. "J'ai un ami qui a presque tout perdu avec un fonds!" est une réflexion qu'il n'est pas rare d'entendre, avec ou sans allusion au krach des valeurs technologiques de l'an 2000. Cette éventuelle référence est évidemment la réponse à l'objection ainsi formulée à l'égard de ce véhicule de placement collectif. Le fonds en question était peut-être diversifié au niveau des titres en portefeuille, mais il se concentrait sur un secteur précis, fort spéculatif qui plus est. Il y a en effet fort à parier qu'il s'agissait d'un fonds, non seulement technologique, mais visant les sociétés liées à Internet. Elles fleurissaient alors partout et semblaient promises à un avenir radieux. Sauf qu'une importante sélection naturelle s'est rapidement opérée, au point que la plupart de ces pionniers ont carrément sombré. Entraînant les fonds spécialisés dans leur chute.
On pourrait caricaturer en affirmant que le fonds était diversifié, mais pas l'investisseur s'étant contenté de cet achat. S'il a un penchant pour les fonds spécialisés, qu'ils visent la technologie, la santé, la transition énergétique ou encore la finance, l'investisseur ne peut oublier d'opérer lui-même une diversification de son patrimoine. L'alternative est évidemment constituée par des fonds investis dans un large spectre de secteurs, des fonds plutôt globaux, parfois qualifiés de "patrimoniaux". D'autant que la diversification ne doit pas être seulement sectorielle mais aussi géographique. Si les fonds d'épargne-pension, largement investis en actions belges, affichent des performances plus que correctes, il reste que celles de la bourse de Bruxelles sont très en-deçà de celles de nombreux marchés étrangers, Wall Street en particulier. C'est sur ce dernier que figurent les grandes valeurs technologiques ayant brillé ces dernières années (mais plus en 2022! ) et c'est en dollar qu'on obtient des rendements obligataires plus attrayants - ou moins indigents - qu'en euro. Une diversification géographique et monétaire bien maîtrisée n'est pas le moindre atout d'un fonds, car elle n'est guère à portée de l'investisseur individuel.