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Que sont vraiment les "orteils covid"?

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Dès le début de la pandémie du coronavirus, les médecins ont rapporté une incidence sensiblement accrue d'engelures ou pernions. Le phénomène a été attribué à l'infection par le SARS-CoV-2... mais une étude récemment publiée dans la revue PNAS déforce cette hypothèse.

31 août 2022

Les engelures se manifestent sous la forme d'une éruption de type inflammatoire au niveau des doigts et des orteils, qui se développe dans un environnement froid et humide. Une infection virale n'est pas classiquement incriminée dans la survenue des lésions.

En l'occurrence, un lien avec le Sars-CoV-2 a néanmoins été avancé sur la base de plusieurs arguments. Des foyers semblaient ainsi se concentrer dans des zones de circulation intensive du Sars-CoV-2, chez des sujets contaminés ou potentiellement exposés au virus. L'incidence accrue semblait en outre se maintenir par temps plus chaud (au cours de l'été 2020) et les patients touchés étaient nombreux à n'avoir jamais souffert d'engelures dans le passé. Dans certains cas, la présence de la protéine spike a pu être démontrée à la coloration histologique.

Le lien avec l'infection par le Sars-CoV-2 n'a toutefois jamais pu être confirmé par des tests capables d'établir la présence du virus proprement dit, ce que certains ont cherché à expliquer en arguant que les analyses n'avaient peut-être pas été réalisées dans la fenêtre temporelle ad hoc - trop tard pour le PCR, trop tôt pour la recherche d'anticorps.

Deux sujets positifs

Gehlhausen et al. ont examiné des échantillons prélevés auprès de 23 patients dont les symptômes cutanés avaient précédemment été attribués au Sars-CoV-2. Les sujets qui présentaient des antécédents d'engelures ou de lupus avaient été écartés de l'étude. Au total 21 des 23 participants présentaient effectivement des engelures, une un exanthème viral et une autre, un livedo reticularis. Une prise de sang a été réalisée environ trois mois après l'apparition de l'éruption, à un moment où celle-ci avait disparu chez tous les participants. Dans la majorité des cas, les symptômes étaient apparus entre avril et mai 2020, au moment du pic de circulation du Sars-CoV-2 dans le Connecticut.

Les auteurs ont pu démontrer que la technique de coloration utilisée pour rechercher la protéine spike n'était pas parfaitement spécifique et faisait donc probablement ressortir également des protéines tissulaires humaines (jusqu'ici inconnues).

Environ 35% des sujets avaient présenté des symptômes évocateurs d'une infection Covid-19 (fièvre, toux, difficultés à respirer, troubles du goût ou de l'odorat) deux mois avant la survenue de l'éruption. D'autres rapportaient des contacts avec des personnes victimes d'un Covid-19 avérée ou suspectée. Néanmoins, deux seulement présentaient un test PCR positif et/ou des anticorps suggérant une infection par le Sars-CoV-2 au moment des symptômes cutanés.

Lorsque les chercheurs ont examiné le sang de ces 23 individus trois mois plus tard, ils ont constaté la présence d'anticorps et d'une immunité lymphocytaire T indiquant une infection par le Sars-CoV-2 chez deux d'entre eux, auxquels s'ajoutait un cas douteux. Dans tous les autres cas, la sérologie était en tous points comparable à celle de sujets contrôles n'ayant jamais contracté le Covid-19. La coloration histopathologique a confirmé la présence de la protéine spike du Sars-CoV-2 dans un certain nombre d'échantillons, mais les auteurs ont pu démontrer sur la base de la comparaison avec les prélèvements des sujets contrôles que la technique de coloration n'était pas parfaitement spécifique et faisait donc probablement ressortir également des protéines tissulaires humaines (jusqu'ici inconnues). L'ARNm du Sars-CoV-2 n'a été retrouvé dans aucune des biopsies analysées.

Va-nu-pieds

Gehlhausen et al. ont envisagé un certain nombre d'autres pistes pour expliquer l'incidence accrue d'engelures au cours de la première grande vague du coronavirus. Le fait de rester à la maison a peut-être incité certains à se promener pieds nus, ce qui pourrait avoir provoqué l'apparition d'engelures chez des personnes qui n'en avaient jamais souffert auparavant. Il est aussi possible que la pandémie ait donné le temps aux gens de se préoccuper davantage d'une foule de petits bobos et, panique ambiante aidant, d'aller plus rapidement voir un médecin.

Enfin, les auteurs évoquent encore une dernière hypothèse qui pourrait bien, cette fois, confirmer l'existence d'un lien avec le Sars-CoV-2. Récemment ont été décrits un certain nombre de cas de personnes ayant été exposées au virus, mais sans développer de réponse lymphocytaire T ou d'anticorps spécifiques - un phénomène qui pourrait s'expliquer par une réponse particulièrement puissante de l'immunité innée et une forte augmentation du taux d'interféron de type 1 empêchant les antigènes viraux d'atteindre le système immunitaire acquis. On sait par ailleurs que des engelures peuvent se manifester dans certaines maladies accompagnées d'une forte production d'interféron de type 1, comme le très rare syndrome d'Aicardi-Goutières. Néanmoins, Gehlhausen et al. font remarquer que, chez les sujets jeunes et en bonne santé - la population la plus sujette aux engelures au cours de la pandémie -, le taux d'interféron connaît un pic au cours de la première semaine de l'infection par le Sars-CoV-2, alors que les symptômes cutanés étaient plutôt tardifs, survenant d'une à quatre semaines après l'infection (supposée).

Pour Gehlhausen et al., les engelures ne sont donc pas déclenchées par le Sars-CoV-2. La conclusion a toute son importance, car elle implique que l'apparition de ce problème dans une zone de haute circulation du virus ne devrait pas, en soi, inciter à mettre en place toute une série de mesures visant à empêcher le Sars-CoV-2 de se propager davantage.

PNAS 2022 ; https://doi.org/10.1073/pnas. 2122090119.

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