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Paul Deschanel, ou le parfum de la modernité

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Avec Le Tigre et le Président, Jean-Marc Peyrefitte réhabilite la figure d'un président français que l'histoire a pris soin d'oublier.

21 septembre 2022

Dans la nuit du 23 mai 1920, le président de la 3e république disparaît physiquement du train présidentiel, laissant la France dans le doute et la consternation.

Celui qui a soufflé le poste à Georges Clémenceau, pourtant Père la Victoire, entendait cependant faire de ce poste honorifique un levier de changement pour une France encore embourbée dans les tranchées du dix-neuvième siècle. Avec pour objectif premier d'invalider le traité de Versailles, négocié par le Tigre, humiliant pour l'Allemagne aux yeux de Paul Deschanel et qui dès lors menace la paix auquel il aspire. Mais ce rénovateur promeut aussi le droit de vote pour les femmes, la réduction du temps de travail, l'instauration d'une Sécurité sociale... et la régionalisation (son côté belge sans doute).

Sujet à des angoisses (il est victime du syndrome d'Elpénor), devenu accro au véronal, il perd peu à peu pied, bien aidé en cela par les manigances du vieux fauve - notamment au travers de son journal L'homme libre, pourtant ancien républicain radical-socialiste, devenu, l'âge aidant, conservateur nationaliste et rancunier.

Belle idée de Jean-Marc Peyrefitte que cette réhabilitation de la mémoire de ce Président visionnaire né à Schaerbeek (son père, un farouche opposant à Napoléon le petit, s'était exilé en Belgique), tombé sur les voies, mais qui entendait pourtant prendre le train de la modernité en marche.

Hélas, ce joli film manichéen, d'un académisme historique assumé ferait surtout un magnifique téléfilm. Et ceci malgré l'interprétation impeccable de Jacques Gamblin, fragile et exalté, d'un André Dussolier méconnaissable physiquement en Clémenceau (le film taille un costard au Tigre sans en faire une descente de lit) et d'un Christain Hecq enfin utilisé à bon escient sur grand écran, dans le rôle de l'intriguant Millerand, futur successeur de Deschanel.

Ce Président fugace qui eut le mérite de démissionner est décrit par Clémenceau dans la scène finale comme un Don Quichotte, idéaliste rêveur, opposé à un pragmatique réaliste tel que lui. Et d'ajouter: "il a raison d'avoir tort, Don Quichotte"...

Clemenceau à Paris, le 11 novembre 2017.

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