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La recherche sur les myocytes chez les patients Covid en état critique

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Des médecins et chercheurs issus de l'UHasselt, de l'hôpital Jessa à Hasselt et de l'université de Maastricht ont uni leurs forces et leur expertise scientifique dans le cadre d'un consortium dans le but de mieux comprendre l'impact du coronavirus au niveau musculaire chez les patients gravement atteints. Le journal du Médecin a rencontré le Pr Vandenabeele et le Dr Agten, qui ont dirigé cette étude unique en son genre et potentiellement significative1.

5 octobre 2022

Personne n'ignore qu'un séjour aux soins intensifs (SI) s'accompagne d'une perte de masse musculaire conséquente, qui affecte fortement la revalidation après la sortie d'hôpital. La réduction du volume des fibres musculaires et la perte de force peuvent être liées à différents facteurs, de l'alitement aux comorbidités en passant par les troubles immunitaires ou encore la respiration artificielle. Chez les patients atteints d'une infection Covid, on a toutefois pu constater que la phase de rétablissement après un séjour aux SI était particulièrement longue - et nous ne parlons même pas ici des aspects liés à la revalidation pulmonaire, mais plutôt de la revalidation générale. Les causes de ce phénomène n'étant pas clairement établies, (l'équipe entourant) le doctorant Sjoerd Stevens a eu l'idée d'investiguer la question de plus près, dans le sillage d'une analyse comparable déjà réalisée chez des patients hospitalisés aux soins intensifs avec un traumatisme neurologique. Le SARS-CoV-2 pourrait-il avoir un effet toxique intrinsèque sur nos muscles?

Des recherches uniques

Cette étude observationnelle est unique en son genre à plusieurs égards. "Tout d'abord de par la collaboration qui s'est mise en place entre les collègues de Maastricht (les Prs Van Loon et Snijders) et ceux d'Hasselt (le Dr Dubois, le Pr Stessel, le Pr Lambrichts, le Dr Agten, le Dr Stevens et moi-même) pour mettre en commun les possibilités et connaissances complémentaires de chacun", explique non sans fierté le Pr Vandenabeele. " Nos recherches sont toutefois aussi exceptionnelles de par leur caractère extrêmement approfondi. Elles ont porté sur une cohorte de 22 patients chez qui des biopsies musculaires ont été réalisées à deux moments bien précis2 puis soumises à des analyses immunohistochimiques et électromicroscopiques aux niveaux cellulaire et infracellulaire (ultrastructurel). Sous cette forme et dans ce contexte, cette étude est la première du genre." Les chercheurs ont ainsi pu investiguer les caractéristiques des fibres musculaires de chaque patient et les différences intervenues après une semaine aux soins intensifs dans une unité Covid.

Des observations inattendues

"Comme dans notre étude antérieure chez des patients hospitalisés aux soins intensifs avec un traumatisme neurologique, nous avons observé les signes typiques d'une atrophie musculaire, avec une nette dégénérescence des protéines contractiles", clarifie le Dr Agten. "Les résultats relevés chez les patients covid étaient toutefois extrêmement hétérogènes et, ce qui est plus surprenant encore, un sous-groupe présentait une augmentation du diamètre des fibres musculaires - un constat diamétralement opposé à ce que l'on pourrait attendre en présence d'une dégradation des muscles. Ceux-ci étaient toutefois gonflés, oedémateux, et comportaient une forte proportion de fibres nécrotiques." Ces muscles "plus gros" sont donc bien un symptôme défavorable, puisqu'il semble que ce gonflement ne soit en réalité qu'un stade précurseur de leur destruction.

La recherche sur les myocytes chez les patients Covid en état critique
© Getty Images

À côté de ces découvertes concernant les propriétés des fibres musculaires chez les malades en état critique, ces résultats offrent aussi un angle d'approche intéressant pour la revalidation des patients hospitalisés aux SI avec une infection covid. "Au cours de la revalidation, il serait tout à fait opportun de tenir compte du fait que certaines fibres musculaires présentent "juste" une atrophie et une dégénérescence, mais conservent toutes les propriétés contractiles nécessaires pour redevenir, après rétablissement et réentraînement, des fibres musculaires squelettiques fonctionnelles à part entière. Pour les fibres présentant un oedème et une nécrose incontrôlée, par contre, il n'y a probablement pas ou guère de régénération à espérer", commente le Pr Vandenabeele. Ces connaissances vont donc rendre possibles des soins de suite plus ciblés, qui pourraient dans la foulée améliorer les résultats à long terme de la prise en charge aux SI. "C'est, en substance, ce que nous faisions déjà pour d'autres séries de patients au sein de la faculté des sciences de la rééducation3: analyser les (types de) fibres musculaires à l'aide de notre propre technique de biopsie à l'aiguille fine, dans le but de guider la revalidation d'une manière optimale."

Projets futurs

Pour l'heure, l'impact spécifique du Covid-19 (ou de l'insuffisance respiratoire qui a imposé l'hospitalisation aux SI des patients qui en souffrent) reste malgré tout mal établi. "Notre objectif est de nous faire une idée plus claire des mécanismes sous-jacents. Nous avons encore dans nos congélateurs une troisième fraction des biopsies prélevées, auxquelles nous voudrions appliquer des techniques moléculaires. Peut-être pourrons-nous découvrir ainsi des indices d'un effet toxique direct du virus, comme par exemple la présence d'ARN viral dans les fibres musculaires nécrotiques. Nous avons aussi l'intention de réaliser des recherches similaires dans des populations autres que les patients covid pris en charge aux soins intensifs afin de renforcer nos résultats", explique le Dr Agten. "Sur la base des données issues de nos analyses de suivi, nous pourrons ensuite envisager les étapes suivantes, comme par exemple des études interventionnelles ou de revalidation", conclut le Pr Vandenabeele.

1. Stevens S. Skeletal Muscles of Patients Infected with SARS-CoV-2, Appl. Sci. 2022 ; 12(14): 7310. https://doi.org/10.3390/app12147310

2. À hauteur du muscle de la cuisse (vaste latéral) au jour 1 ou 2 après l'admission aux SI, puis 7 jours plus tard.

3. Des études ont déjà été réalisées chez des patients atteints d'une SEP, d'un diabète, d'une BPCO et de lombalgies. Les chercheurs planchent actuellement sur une analyse plus poussée des caractéristiques des fibres des muscles squelettiques de patients cancéreux dans l'optique de la revalidation.

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