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La consommation d'antipsychotiques en légère baisse

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Une diminution certes modique au niveau national (- 0,3%), mais un peu plus marquée du côté wallon (- 0,5%) où la consommation de ces médicaments demeure la plus élevée du pays.

9 novembre 2022

En 2020, 3,5% des Belges (1) ont consommé au moins un antipsychotique, montrent les derniers chiffres de l'Atlas AIM. Si le nombre de patients reste un peu plus élevé en Région wallonne (3,8%), il n'a cessé de baisser ces dix dernières années, rejoignant presque la Flandre (3,4%), mais encore loin de Bruxelles (3,1%). Quelques disparités cependant au niveau provincial, puisque le Limbourg affiche la plus forte consommation (4,5%) du pays. La province flamande est talonnée par sa voisine Liège (4,3%), loin devant le Brabant wallon (2,6%).

Ne pas "médicamenter" le marasme

Les crises qui se succèdent depuis 2020, entraînant un climat anxiogène, changent-elles la donne? "Nous voyons effectivement dans ce rapport de l'AIM que les chiffres concernant la consommation (ou plus exactement la vente) d'antipsychotiques diminuent depuis plusieurs années en tout cas en Wallonie et à Bruxelles. Nous pouvons espérer que c'est lié à une meilleure connaissance des indications de ces traitements, mais d'autres hypothèses doivent être mentionnées: des difficultés financières qui empêchent certains usagers d'acheter les traitements prescrits, voire une moindre accessibilité aux consultations...", analyse le Dr Gérald Deschietere, médecin psychiatre spécialisé en psychiatrie d'urgence et de crise aux Cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles). "Bien évidemment le climat actuel, entre crise climatique, guerre en Ukraine et coût de l'énergie, sans parler du Covid, altère le moral et l'humeur de bon nombre de personnes. Et donc oui, nous voyons des personnes qui sont probablement affectées par ces différents éléments. Ce qui est certain, c'est que le marasme ambiant ne doit pas être médicalisé ou même "médicamenté". Les médicaments, et a fortiori les antipsychotiques, c'est important de le rappeler, doivent être utilisés pour des personnes qui souffrent d'une affection psychiatrique, et pas pour un mal-être général."

Les médicaments, et a fortiori les antipsychotiques, doivent être utilisés pour des personnes qui souffrent d'une affection psychiatrique, et pas pour un mal-être général", souligne le Dr Deschietere.

Des disparités entre hommes et femmes? Les premiers sont un peu plus nombreux parmi les 18-25 ans, et les secondes chez les 65+ (6,6% de femmes contre 4,7% d'hommes). "La plupart des troubles psychotiques, tels que la schizophrénie, apparaissent avant l'âge de 30 ans, mais de nombreuses années peuvent s'écouler avant le début d'un traitement", analyse l'AIM. "Cette tendance se reflète dans les nettes différences de consommation d'antipsychotiques en termes d'âge. En effet, parmi les personnes âgées de 18 à 25 ans, seulement 1,5% comptent au moins une délivrance d'un médicament antipsychotique en 2020, alors que ce taux passe du simple au double dans la catégorie d'âge des 26-64 ans."

Une meilleure compliance?

La durée de consommation de ce genre de traitement a aussi évolué, ces dix dernières années. Les consommateurs de longue durée (plus d'une année) sont aujourd'hui un peu plus nombreux (54,6%), en particulier chez les jeunes. Les patients qui prennent leur traitement moins de trois mois représentent près d'un tiers des consommateurs, contre près de 40% en 2010.

Ce changement peut-il s'expliquer par une meilleure gestion des médecins ou une meilleure compliance des jeunes patients? "Ici, à nouveau, l'interprétation de ces chiffres doit être nuancée", reprend le Dr Deschietere. "Les antipsychotiques sont surtout utilisés, c'est leur meilleure indication, pour soulager et aider les personnes souffrants d'un trouble psychotique (schizophrénie, psychose hallucinatoire...). Dans le cadre de la prise en charge de ces troubles, si celui-ci est confirmé, il est habituel que le traitement se prenne au long cours. La question de la compliance - l'acceptation de la maladie et la prise d'un traitement - est souvent en questionnement pour ces personnes souffrant de troubles psychotiques. Le développement de traitements-dépôts (injections à longue durée d'action, NdlR) pour les antipsychotiques les plus récents aide aussi les personnes qui en ont besoin à prendre ce traitement et donc allonge théoriquement la durée de prise de traitement."

1. Bénéficiaires de 18 ans et plus à qui on a remboursé, en 2020, au moins une DDD d'un médicament au code ATC N05A délivré en officine publique.

En maison de repos, 27% des résidents sous antipsychotiques

Autre diminution relevée dans l'Atlas AIM, celle des 65 ans et plus: 5,7% des seniors se sont vu délivrer un antipsychotique en 2020, contre 7% auparavant. L'AIM, qui planche actuellement sur les raisons de cette consommation élevée, annonce un prochain rapport.

Les données en maison de repos montrent aussi une décroissance: 27% des seniors qui ont reçu des soins de longue durée et qui ont séjourné en maison de repos en 2020 ont consommé des antipsychotiques. Le chiffre grimpait à près d'un tiers en 2010. Le taux chez les personnes en soins de longue durée mais à domicile est de moitié (13%).

"Afin d'interpréter correctement ces données, il faut tenir compte du fait que nous ne connaissons pas le nombre de prescriptions 'off-label' et par conséquent, ne faisant pas partie éventuellement d'un traitement de troubles psychiatriques", nuance l'AIM. Les chiffres n'en demeurent pas moins questionnant... "C'est également interpellant que l'accès aux soins psychiques pour les personnes âgées reste sous-dimensionné, alors même que la consommation d'antipsychotiques est à ce point importante", pointe le Dr Deschietere. "Il s'agit probablement de gérer certains troubles du comportement par une médication excessive. Parfois, pour un trouble du comportement lié à un statut neurocognitif délicat, un épisode confusionnel, voire une insomnie, il peut être indiqué de prescrire un traitement antipsychotique, mais l'idée est alors de prescrire ce traitement pour un laps de temps le plus court possible et pas au long cours. Il y a encore beaucoup de travail à mener pour améliorer la prescription pour les personnes âgées, mais aussi pour leur offrir d'autres réponses que celles du médicament. C'est évidemment aussi les enseignements du livre sur les maisons de repos Les Fossoyeurs, dont le terrain d'étude se passe en France mais les conclusions peuvent s'extrapoler à la Belgique."

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