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2022, l'été meurtrier

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Entre la mi-mai et le début du mois d'octobre, Sciensano a enregistré une surmortalité de près de 6% (+ 2.291 décès). Soit près de 16 décès supplémentaires chaque jour. Les femmes (très) âgées paient le plus lourd tribut de cet été marqué pour la première fois de l'histoire par quatre phases d'avertissement du Plan forte chaleur.

23 novembre 2022

Officiellement, l'été 2022 n'a connu qu'une seule vague de chaleur au sens climatologique du terme (25 °C durant au moins cinq jours consécutifs, dont au moins trois où le seuil des 30 °C est atteint). C'était du 9 au 16 août. Mais d'autres périodes de chaleur intense ont sévi. On retiendra en particulier les 18 et (surtout) 19 juillet, où l'IRM a enregistré jusqu'à 40 °C dans le Brabant flamand. Ce même jour, Sciensano constate de son côté un pic de 323 décès, avec un taux de surmortalité de 21,5% chez les personnes de 85 ans et plus.

Du jamais vu en plus de vingt ans

L'Institut de santé publique ne dispose pas des causes de décès spécifiques et ne peut donc, officiellement, faire le lien entre chaleur et surmortalité, bien que le constat de coïncidence soit récurrent, mais les chiffres relevés cette année sont très différents des observations habituelles, souligne Sciensano. La surmortalité estivale (+ 5,7%) par rapport aux prédictions de Be-MOMO (Belgian Mortality Monitoring) est ainsi la plus élevée depuis l'an 2000.

Ces vingt dernières années, seuls trois étés avaient connu un excès de mortalité important, sans toutefois jamais dépasser les 5%. Même la dramatique canicule de 2003 (voir encadré) n'avait atteint "que" 4,6% (+ 1.746 décès). À titre de comparaison, les derniers étés, encore frais dans nos mémoires, ont connu une surmortalité de de 3,5% en 2021 (pluvieux/inondations), 4,3% en 2020 (chaud) et 3,1% en 2019.

"Les facteurs de risque météorologiques et environnementaux ont été plus nombreux et intenses que lors des deux étés précédents", analyse Sciensano. "Nous avons eu 42 jours de dépassement du seuil d'ozone (>100 µg/m3, moyenne maximale sur 8 heures), contre 17 en 2021 et 34 en 2020. Nous avons connu 45 jours avec des températures maximales supérieures à 25 °C (contre 18 en 2021 et 32 en 2020) et 13 jours avec des températures supérieures à 30 °C (aucun en 2021, 12 en 2020 et 11 lors de la canicule de 2003)."

Le jour où l'IRM a enregistré jusqu'à 40°C, le 19 juillet, le pic de surmortalité a dépassé les 21% chez les personnes de 85 ans et plus.

Quatre phases d'avertissement

La phase 2 du Plan forte chaleur et pics d'ozone, dite "phase d'avertissement", a été activée quatre fois cet été, contre une seule fois en 2021 et deux en 2020. Quatre phases successives, entre la mi-juin et la fin août:

15-18 juin: quatre jours, 12,2% de surmortalité et un pic de décès le 18 (326 morts).

14-20 juillet: sept jours, 14,4% de surmortalité, pic de décès le 19 (323 morts). Cette deuxième phase fut la plus chaude des quatre.

6-17 août: douze jours, 14,1% de surmortalité, pic de décès le 14 (327 morts). Cette deuxième vague de chaleur fut la plus longue.

22-26 août: cinq jours, 14% de surmortalité (28% chez les femmes de 64-84 ans), pic de décès le 25 août (324 morts). Cette quatrième phase n'a suivi la précédente que de quatre jours.

Sur les 2.291 décès excédentaires, 2.114 victimes sont des femmes, dont 1.436 âgées de 85 ans et plus. C'est quinze fois plus qu'à l'été 2021 et le phénomène touche les trois régions du royaume. Du côté des hommes, on enregistre 350 décès, à 85% âgés de 85+ ans (contre 51 en 2021). La composition de la pyramide des âges explique en partie cette différence puisqu'il y a beaucoup plus de femmes très âgées que d'hommes. "Les femmes vivent plus longtemps et nous avons donc beaucoup de femmes d'un âge très avancé", confirme Natalia Bustos Sierra, chercheuse chez Sciensano. "Le fait que le covid a emporté beaucoup d'hommes pourrait aussi être une raison."

2022, l'été meurtrier

Vigilance aussi en-dehors du Plan

Si l'on observe attentivement les courbes, un pic particulièrement meurtrier, principalement chez les femmes, apparaît un peu avant le 8 août. Étonnamment, il se situe entre les phases d'avertissement de forte chaleur, juste avant la troisième, et non pendant. "On suppose qu'il y a un lien avec les températures qui étaient de 28,2 °C le 2 août, puis de 32 °C le 3 août - date qui correspond à la pointe visible sur les graphiques, mais effectivement le plan n'était pas encore activé à ce moment-là", poursuit Mme Bustos Sierra. " Il peut y avoir un effet retard de la chaleur sur la santé et la mortalité. Le Plan chaleur a été modifié en 2017, remodelé sur base de la mortalité toutes causes confondues, car on avait observé une surmortalité alors que le plan était déjà terminé. Les seuils ont été réadaptés par les autorités pour améliorer le plan afin d'avoir au moins deux jours d'anticipation pour agir."

La phase d'alerte rarement activée

Le Plan "forte chaleur et pics d'ozone" est né de la réflexion sur la gestion de crise suite à la canicule de l'été 2003. La vague de chaleur qui avait frappé toute l'Europe pendant deux semaines au début du mois d'août avait fait des dizaines de milliers de morts (entre 15.000 et 20.000 rien que chez nos voisins français), avec une morbi-mortalité exceptionnellement élevée chez les personnes à risques.

En vigueur depuis 2015, ce plan, en collaboration avec l'IRM et Celine, prend en compte à la fois les températures (la notion de "forte chaleur" diffère cependant de la définition climatologique de la "vague de chaleur") et les concentrations en ozone, dont on connaît les effets tout aussi délétères pour la santé. Il permet d'anticiper et de mettre rapidement en oeuvre des mesures de prévention via trois phases, dont celle dite "d'avertissement" telle que nous l'avons connue à quatre reprises en 2022.

Pourquoi la troisième phase, celle "d'alerte", n'a-t-elle pas été activée, quand on voit à présent la surmortalité particulièrement élevée de l'été 2022? "La mortalité cumulée est exceptionnelle, mais il n'y a pas eu de pic tel qu'on l'a connu en août 2020", explique Natalia Bustos Sierra. La phase d'alerte n'a en effet été utilisée qu'une seule fois jusqu'à présent, du 8 au 12 août 2020. "Nous avions alors connu une température de 35,9 °C le 8 août, avec huit jours d'affilée à plus de 30 °C et un smog de particules fines", rappelle la chercheuse.

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