Et si on repêchait le Japon?

Négligé depuis des lustres, le Japon affiche aujourd'hui une conjoncture économique plus soutenue que les États-Unis et l'Europe, alors que le yen s'est effondré. Voilà une bonne occasion d'achat, estiment divers analystes, qui proposent d'en mettre une pincée dans son portefeuille.
"Depuis plus de 30 ans, le Japon est une énigme pour la quasitotalité des investisseurs internationaux." C'est en ces termes a priori décourageants que le gestionnaire français Montpensier Finance introduit son étude sur la situation de l'Archipel. Mais pour préciser aussitôt que la Bourse japonaise lui semble attrayante. Il n'est pas seul à penser de la sorte: les actions japonaises bénéficient aujourd'hui d'un regain d'intérêt en Occident. Le pays "intrigue toujours mais attire désormais l'attention", explique Montpensier, parce qu'il est devenu le bon élève de la croissance mondiale.
L'Initié de la Bourse: "Ce n'est pas parce que la devise est au plus bas qu'elle va subitement remonter. Mais le pire semble passé et les analystes s'attendent à une intervention (de la banque centrale) si le yen devait chuter beaucoup plus encore.
Une économie résistante
Quels sont les arguments de Montpensier? "Alors que la récession menace toutes les zones géographiques, l'économie japonaise montre une étonnante résistance." Et le gestionnaire d'évoquer son indice Market Scan de Momentum: il a plongé à moins de 40 au niveau mondial, mais résiste à plus de 50 pour le Japon. Il est vrai que les autorités ont mis en place des plans de soutien à l'économie très agressifs. Le 28 octobre dernier encore, elles ont lancé un fonds d'aide aux ménages de quelque 200 milliards d'euros.
Alors, tout baigne? Le gestionnaire ne fait pas l'impasse sur les éléments négatifs. Ainsi, une remontée sensible des taux d'intérêt coûterait très cher à l'État, aussi vrai que la dette publique nippone dépasse 250% du PIB! Si le pays n'a pas échappé à la remontée des taux, l'action de la banque centrale maintient toutefois le taux de l'obligation d'État à dix ans à quelque 0,25%. L'autre souci du moment, c'est la faiblesse du yen. Face au dollar, il avait récemment chuté de quelque 30% depuis le début de l'année, soit deux fois plus que l'euro. Cette chute renforce naturellement l'inflation, qui s'inscrit à présent à plus de 3%. C'est encore très peu en regard de ce qu'on observe en Europe et aux États-Unis, mais c'est un changement de décor spectaculaire pour un pays qui a vécu en situation de déflation (baisse des prix de détail) pendant une génération.
Dérapage de l'inflation et des taux: telles sont les menaces potentielles à surveiller, conclut Montpensier.
Franchement bon marché
Une poursuite de l'affaiblissement du yen serait évidemment dommageable pour un investisseur de la zone euro se diversifiant aujourd'hui en actions japonaises. D'un autre côté, si cette glissade ne se poursuit pas, son érosion récente ne pourrait-elle pas être considérée comme une intéressante "porte d'entrée" sur le marché japonais? C'est ce que pensent nos confrères de l'Initié de la Bourse: "Ce n'est pas parce que la devise est au plus bas qu'elle va subitement remonter. Mais le pire semble passé et les analystes s'attendent à une intervention (de la banque centrale) si le yen devait chuter beaucoup plus encore."
Ce n'est là qu'un des arguments avancés par la lettre boursière. Elle souligne par ailleurs, à l'instar de Montpensier, que les réformes lancées par l'ex-Premier ministre Shinzo Abe, qualifiées d'Abenomics, commencent vraiment à porter leurs fruits, notamment dans l'attitude plus attentive des entreprises à l'égard de leurs actionnaires. Elle observe également que le pays reste cependant mal-aimé, suite à la longue période de stagnation qui a suivi le krach de la fin 1989, et ses entreprises mal connues: la plupart des actions cotées à Tokyo sont suivies par quelques analystes à peine, tout le contraire de la Bourse américaine. Cela signifie que de brillantes entreprises peuvent rester sous les radars des investisseurs, en particulier internationaux. Et, partant, qu'elles restent bon marché? En effet et c'est un autre argument de poids. Sur la base du traditionnel rapport cours/bénéfice, les actions japonaises sont au même prix que les européennes et un quart moins chères que les américaines. Mais la situation géopolitique et énergétique de l'Europe est moins favorable, tandis que les entreprises technologiques américaines, qui pèsent très lourd à Wall Street, sont dans la tourmente. Tokyo peut dès lors se profiler comme une diversification opportune par les temps qui courent. Surtout que suivant un autre critère d'évaluation, le rapport cours/valeur comptable, les actions japonaises sont cette fois très bon marché: elles affichent globalement 1,3 à peine, contre 1,8 pour l'Europe et... 3,9 pour les États-Unis, souligne encore l'Initié de la Bourse.
Performances très diverses
Parmi les nombreux fonds centrés sur le Japon disponibles en Europe, certains affichent de très belles performances: plus de 30% sur trois ans pour ceux de BNY Mellon (anciennement Bank of New York) et Goldman Sachs, ou encore M&G (Luxembourg) et Pictet... Notons d'emblée que le return à plus court terme peut s'avérer très différent: le premier est ainsi dans le vert (+2,85%) depuis le début de l'année, alors que le second est dans le rouge vif: -9,79%. Plus fort encore: parmi les fonds dépassant 20% sur trois ans, on relève un JP Morgan se situant à -18% depuis le 1er janvier, tandis qu'un autre, géré par le groupe britannique MAN, en est à +17,5%. Quasiment incompréhensible... La leçon est claire: il faut juger un fonds sur plusieurs années!
Si presque tous les fonds peuvent être acquis par un client géré en banque privée, il n'en va pas de même quand on s'adresse à l'agence du coin, ou assimilé. Les grandes enseignes de notre pays n'affichent guère de fonds japonais en direct. À l'exception du groupe BNP Paribas, qui place deux Japan Equity Classic en place fort honorable, avec une performance de 22% sur trois ans. Attention: d'autres fonds de la banque française sont beaucoup moins bien classés, notamment celui appelé Privilege. Performances au contraire dérisoires pour les fonds de la banque Degroof, dont le meilleur affiche 2,5% sur trois ans. Même chose pour KBC, qui propose un fonds axé sur l'Asie et non le Japon. On ne peut toutefois oublier que plusieurs banques, ING en particulier, proposent des fonds de divers gestionnaires internationaux, ce qu'il est impossible de détailler ici.

Crypto-devises: de Charybde en Scylla
Il était question, au début du mois, d'une fusion entre les première et deuxième plateformes mondiales de transactions en crypto-monnaies, à savoir Binance et FTX. La première, qui devait racheter la seconde, a-t-elle jeté le gant après un examen des comptes qui l'aurait effrayée? à en croire le Wall Street Journal, FTX aurait eu besoin de huit milliards de dollars pour résoudre son problème de liquidités. Voilà effectivement une mariée qui ne faisait pas rêver!
Au début de cette année encore, FTX était portée aux nues. Le 31 janvier, une levée de fonds de 400 millions de dollars portait sa valeur à 32 milliards. Certains admiraient alors la clairvoyance de la société, pour avoir profité de la chute des crypto-monnaies (le bitcoin ne valait à l'époque "plus que" 37.000 dollars) pour se constituer un important trésor de guerre... Clairvoyance et trésor, vraiment?
En tout cas, à peine Binance avait-elle renoncé que FTX, basée aux Bahamas, s'est mise sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Ceci n'équivaut pas à une faillite, mais à ce qu'on appelait naguère un concordat. De toute manière, il s'agit d'une chute spectaculaire, qui n'a pas manqué de faire trembler la planète crypto. Déjà revenu aux environs de 20.000 dollars depuis le début de l'été, soit au tiers du cours d'il y a un an, le bitcoin a alors perdu près d'un quart de sa valeur en deux jours, avant de se ressaisir quelque peu aux alentours de 16.500 dollars.
On se souvient que le secteur des plateformes en crypto-monnaies avait déjà été rudement secoué au début de l'été, marqué tout particulièrement par la chute de Celsius, autre acteur très important. Le "trou" dans la caisse de ce dernier était de l'ordre d'un gros milliard. Pour FTX, on évoque une poignée de milliards... Et comme si cela ne suffisait pas, les vols et disparitions de bitcoins (et consorts) continuent de faire les grands titres. Le premier recensé remonte à juin 2011. Les 25.000 bitcoins volés valaient alors 500.000 dollars. Au cours actuel, il s'agirait de 420 millions. Les vols auraient porté sur l'équivalent de 7,8 milliards de dollars en 2021. Combien en 2022?