Covid et report de soins : près de sept ans de retard pour les soins non essentiels

L'Unité audit hôpitaux de l'INAMI effectue régulièrement une estimation des soins non effectués dans les hôpitaux en raison de la crise du covid-19. La dernière mise à jour du rapport, avec des données jusqu'au mois de mai 2022 inclus, montre qu'il reste un rattrapage important des soins à effectuer.
Les temps de rattrapage pour les prestations chirurgicales essentielles et mixtes sont estimés à respectivement 1,6 ans (19 mois) et 1,4 ans (17 mois). Pour les prestations chirurgicales non essentielles, ce délai est de 6,8 ans (6 ans et 10 mois). " Cette dernière estimation est un 'scénario du pire' dans lequel, entre autres, toute la 'surutilisation' serait rattrapée, ce qui n'est évidemment pas le but recherché ", relativise l'Unité audit hôpitaux.
On notera en outre que les délais de rattrapage et les retards pour les procédures chirurgicales essentielles et mixtes ont nettement diminué par rapport au rapport précédent (données de janvier 2022), passant de 2 à 1,6 ans dans le premier cas et de 2,1 à 1,4 dans le second. Les retards pour les procédures non essentielles ont par contre augmenté de plus d'un an, passant de 5,7 à 6,8 ans.
Un rattrapage limité
Malgré plusieurs rattrapages entre les vagues de covid, il reste un retard important des soins réguliers. La faute à une pression élevée et continue des patients covid sur la capacité de soins tout au long de 2021 et au début de 2022. Seul un rattrapage limité du retard a été possible.
La bonne nouvelle est que le nombre de prestations non effectuées est plus faible dans la plupart des prestations essentielles, comme l'oncologie, entre autres, où l'on observe 17 % d'activité en plus que prévu, avec des marges d'incertitude cependant élevées (voir graphique). " Cela indique que la priorisation médicale a généralement été bien faite. C'est notamment le mérite de nombreux médecins, chefs de service médical et médecins-chefs ", note l'Unité audit hôpitaux. " Il reste cependant des différences frappantes entre les disciplines et au sein de celles-ci. "

La moins bonne nouvelle est que même le scénario de rattrapage le moins ambitieux, qui suppose 5 % de capacités supplémentaires ou de gains d'efficacité par an, reste un défi majeur. Ceci s'explique par le nombre élevé de lits fermés dans les unités de soins intensifs lié à l'absentéisme et le turn-over du personnel. " Au début de l'année 2022, seul un hôpital sur trois fonctionnait à pleine capacité en Belgique ", détaille l'Unité audit hôpitaux. Un problème que l'on retrouve également chez nos voisins néerlandais où seul un hôpital sur quatre fonctionnait à pleine capacité début 2022.
Points d'attention
Quelques prestations chirurgicales ont été nettement moins effectuées (report potentiel de plus de 20%) et peuvent avoir un impact élevé sur la qualité de vie et/ou l'espérance de vie. Il s'agit notamment de plusieurs opérations à coeur ouvert et de transplantations de coeur, coeur-poumon et rein. " Pour ces derniers, la disponibilité d'organes de donneurs peut également jouer un rôle ", avance l'Unité audit hôpitaux. " Il est important de maintenir une capacité suffisante à cet effet, tant dans le bloc opératoire que dans les unités de soins intensifs. " À côté de cela, le nombre d'interventions chirurgicales électives non effectuées reste élevé et augmente. Toutefois, cela inclut plusieurs prestations dont la 'surutilisation' est connue, comme le méniscectomie, l'amygdalectomie, les drains transtympaniques, etc.
Pour les disciplines internes, notamment en pneumologie et en gériatrie, il y a encore beaucoup de prestations non effectuées (plus de 20%). " En revanche, pour la gériatrie, nous avons récemment observé un rattrapage considérable en termes d'examens d'évaluation et de consultations générales. Pour la pneumologie, le report potentiel continue de croître. La charge de travail élevée qui pèse sur les gériatres et les pneumologues, ainsi que sur leurs médecins spécialistes en formation, va donc se poursuivre pendant un certain temps ", constate l'Unité audit hôpitaux.
Concernant le nombre de prestations psychiatriques, il y a bien une phase de plateau dans les hôpitaux aigus et psychiatriques à partir de décembre 2020, avec une réduction limitée du report potentiel accumulé vers la fin de 2021. " La forte baisse du nombre de consultations psychiatriques à la demande du médecin traitant dans les hôpitaux de soins aigus (report potentiel de 34%) convient d'attirer l'attention ", rapporte l'Unité audit hôpitaux. " Comme pour les autres soins, nous ne pouvons pas nous prononcer sur les temps d'attente des patients (contrairement à d'autres pays, comme l'Angleterre et les Pays-Bas) car ceux-ci n'étaient pas bien cartographiés avant la période de covid et nous n'avons aucune idée des besoins de soins supplémentaires. "
Enfin, pour l'imagerie médicale lourde (CT et IRM), l'Unité audit hôpitaux observe principalement un processus de rattrapage à partir de 2021. " On voit une forte augmentation continue des 'examens de CT thoraciques' par rapport à la base de référence du début de la pandémie dans notre pays. Ceci est conforme aux attentes, puisque ces derniers ont été utilisés dans le diagnostic et le suivi des patients de covid-19. "

source : https://www.riziv.fgov.be/fr/themes/qualite-soins/pages/covid5l2fr/covid5l2fr.html
Recommandations
L'Unité audit hôpitaux propose cinq recommandations à la fois pour rattraper les soins essentiels et pour atténuer la pression élevée qui continue de peser sur le personnel soignant.
1. Suivi des données de soins de santé en temps réel.
2. Remédier à la surcharge de travail des infirmières. Investir dans des technologies supplémentaires qui améliorent l'efficacité et permettent également un meilleur suivi des patients.
3. Diminuer la surcharge de travail des médecins. Réduire le temps de déplacement et la charge administrative en rémunérant de manière permanente les formes de travail plus efficaces comme le 'télémédecine'.
4. Faire correspondre la demande des patients à la valeur ajoutée médicale. Les patients attendent de plus en plus de la médecine. La gestion des attentes est importante à cet égard. Il est de plus en plus important de permettre aux patients d'accéder plus facilement à des informations médicalement fondées.
5. Réduire le recours à certaines prestations par indication plus stricte. Des critères nationaux de priorisation, scientifiquement fondés, sont nécessaires pour aider les médecins-chefs et les chefs de service à contrôler un processus de rattrapage d'activité.