PremiumLe journal du médecin

Alerte, l'inflation remonte!

photo

Les investisseurs doivent savoir que le brutal repli des marchés observé à la fin février a une cause bien identifiée et franchement contrariante: l'inflation de base ne fléchit pas comme attendu, loin s'en faut. Les chiffres publiés la semaine dernière l'ont à nouveau confirmé. Du coup, les taux d'intérêt remontent, ce qui est mauvais pour les actions comme pour les obligations. Faut-ils s'en inquiéter... ou pas?

8 mars 2023

À première vue, l'inflation recule mais, à seconde vue, il n'en est rien. Ce n'est pas un jeu de mot, mais une analyse économique toute simple. En janvier encore, les investisseurs n'avaient d'yeux que pour l'inflation globale, d'où leur optimisme. Ils se sont ensuite rendu compte qu'il y avait quand même un problème: c'est surtout la chute des prix du gaz qui imprime cette allure sympathique au graphique de l'inflation mais, du coup, il camoufle d'autres évolutions, que l'on ne saurait pourtant négliger. Comme le résume le gestionnaire d'actifs DNCA, "la vitesse de désinflation ralentit déjà".

La hausse des taux attendue ce mois-ci ne sera pas la dernière, a affirmé Christine Lagarde

Qu'est-ce que cela signifie concrètement? L'inflation globale de la zone euro s'est affichée à 8,6% en janvier, en recul rassurant par rapport aux 9,2% de décembre et a fortiori en regard du sommet de 10,6% du mois d'octobre. Sauf que l'inflation de base a, elle, grimpé de 5% en octobre et novembre à 5,2% en décembre, puis à 5,3% en janvier, un nouveau record! Même scénario aux États-Unis, où le "déflateur des dépenses du consommateur", ainsi qu'on peut appeler l'indice PCE, s'est affiché à 4,7% en janvier, soit bien au-delà des 4,3% attendus. Pas étonnant que la Bourse américaine en ait été secouée, d'autant que cette mesure de l'inflation est le chouchou de la banque centrale américaine. Comment ne pas imaginer, en effet, que celle-ci y trouve une bonne raison d'être moins accommodante qu'espéré? Autrement dit, d'augmenter encore son taux de base. En Europe, cette crainte fut confirmée par la présidente de la BCE: la hausse des taux attendue ce mois-ci ne sera pas la dernière, a affirmé Christine Lagarde.

Très cher panier de la ménagère...

Un mot d'explication. Il faut savoir que l'inflation de base est calculée en écartant les prix des produits considérés comme très volatils: leur évolution d'un mois à l'autre peut être erratique et fausser la vision. Il s'agit essentiellement de l'énergie et de l'alimentation, les fruits et légumes (frais) en particulier. Or, l'élément essentiel de la flambée de l'inflation en 2022, tout comme de sa décélération des derniers mois, c'est l'énergie, plus précisément le gaz. Ce dernier affiche aujourd'hui moins de 50 euros le kWh, soit moins d'un sixième de son sommet d'août dernier. La hausse, à un an d'écart, des prix énergétiques est donc logiquement revenue de 41,5% en octobre 2022 à 18,9% en janvier et elle est attendue à 13,7% en février. Un véritable plongeon!

Plus modestes, d'autres écarts gonflent au contraire: la hausse des produits industriels est, à un an d'écart, passée de 3,1 à 6,7%. Très spectaculaire est la flambée des aliments transformés, qui incorporent progressivement le coût de l'énergie: leur hausse sur un an s'est envolée de 3,5% en février 2022 à 15% en janvier 2023. Ces chiffres, concoctés par Eurostat pour la zone euro, confirment les enquêtes qui font l'actualité à propos du panier de la ménagère...

De plus, tant l'inflation des produits industriels que celle de l'alimentation sont encore attendus en progrès durant les prochains mois. Même chose pour les services: l'inflation y est limitée à 4,4% sur un an, mais avec les adaptations de salaires déjà intervenues ou attendues, ce chiffre va gonfler durant les prochains mois.

Cette situation n'est pas restée sans conséquence au niveau des taux d'intérêt. Outre la nervosité des banques centrales évoquées plus haut, il y a l'attitude des investisseurs, qui exigent du coup des rendements plus élevés. En Belgique, celui de l'obligation d'État à dix ans a dépassé 3,30% le 1er mars. Il avait déjà frôlé 3,20% en octobre et à la fin décembre, c'est vrai, mais il vient de moins de 1,50% au début août 2022. Il va de soi que l'évolution est semblable pour l'ensemble de la zone euro.

Les actions européennes attrayantes

Qu'en pensent les gestionnaires professionnels? La banque Saxo se montre assez optimiste à l'égard des entreprises européennes, qui profitent de la bonne tenue de l'économie et surtout du dégonflement des prix énergétiques. Malgré leur jolie hausse de janvier, les actions européennes affichent par ailleurs une valorisation inférieure à la moyenne des dix dernières années, tandis que leur rendement de dividende est de 3,6%, soit plus du double des actions américaines (1,7%).

Partenaire de Belfius en Belgique, Kepler Cheuvreux nourrit des sentiments semblables. Ce grand nom de l'analyse financière donne la préférence aux actions européennes, au détriment notamment des marchés émergents. La maison a par ailleurs réduit la voilure sur les obligations, en attendant d'y voir plus clair pour l'évolution des taux d'intérêt.

Sur un tout autre plan, mais allant dans le même sens, le gestionnaire français Carmignac avait déjà pointé, à la mi-février, un phénomène fort intéressant de ce côté-ci de l'Atlantique: l'indice des surprises économiques. Depuis le mois de novembre, les bonnes surprises s'envolent en Europe, alors que ce sont les mauvaises qui impriment leur marque aux États-Unis. Or, s'il peut paraître surprenant, cet indice n'est pas fantaisiste, il faut le souligner!

Quelques bémols? De la part d'Axa notamment, qui juge les anticipations d'inflation du marché trop basses. Autrement dit, les cours des actions et obligations sont peut-être un peu trop optimistes. Mais sans trop d'inquiétude, car le géant de l'assurance est acheteur d'obligations, surtout indexées sur l'inflation, il est vrai. De son côté, la maison Lazard estime que le plus bas de la Bourse est encore à venir. Tout ceci sans garantie...

Alerte, l'inflation remonte!

Alerte, l'économie tient bon!

Un autre élément du décor est à souligner: l'économie ne ralentit pas autant qu'espéré. Pourquoi espéré? Parce que ce ralentissement favoriserait la décrue de l'inflation et rendrait les banques centrales moins empressées de relever leurs taux de base. Or, "il ressort des dernières enquêtes de conjoncture que les risques de récession à court terme diminuent, les indices composites des directeurs d'achat s'étant hissé au-dessus de la barre des 50, soit en zone d'expansion", observe la banque américaine JP Morgan. Ces fameux indices PMI, les données économiques probablement les plus suivies dans la sphère financière, indiquent en effet que l'économie fait plus que résister: tant aux États-Unis qu'en Europe, elle a tendance à rebondir après un petit coup de mou. Force est toutefois de reconnaître que si ce tonus économique inquiète par moment les investisseurs (quand ils sont de mauvaise humeur? ), il les rassure parfois (quand ils sont de bonne humeur? ), ainsi qu'on a pu l'observer la semaine dernière, surtout quand il est renforcé par l'annonce de bons résultats par les entreprises!

Eli Lilly a perdu du poids, mais pas Novo Nordisk!

On évoquait le 8 décembre dernier l'étude que le gestionnaire d'actifs Capital Group avait consacrée à ces deux entreprises pharmaceutiques, en situation de quasi duopole sur le créneau devenu très porteur des médicaments soignant le diabète, mais luttant aussi contre l'obésité. Où en sont-elles? Eli Lilly a soufflé le chaud et le froid. Le chaud, ce sont les résultats du 4e trimestre: un chiffre d'affaires conforme aux attentes du marché et un bénéfice par action supérieur de 17%. Le froid, ce sont les ventes du Mounjaro, médicament contenant le principe actif tirzépatide de lutte contre le diabète de type 2, mais promis à un bel avenir contre l'obésité. Les ventes n'ont atteint que 279 millions de dollars au 4e trimestre, soit 13% de moins qu'attendu. Et c'est le froid qui l'a emporté: à cette annonce, l'action Eli Lilly a chuté de 4,8%. Après avoir fusé l'an dernier de 244 à 375 dollars, un bond de plus de 53%, le titre s'effrite depuis le début décembre, navigant aux environs de 320-330 dollars. Les analystes gardent toutefois l'espoir d'une explosion des ventes de Mounjaro cette année, à 2,3 milliards.

Et qu'en est-il de Novo Nordisk et de son Wegovy? Le groupe danois a lui aussi battu les attentes au 4e trimestre, avec un bénéfice en hausse d'un quart à un an d'écart. Les médicaments contre l'obésité ont vu leurs ventes plus que doubler. L'action Novo Nordisk a, elle, poursuivi son rebond, après la forte chute du début 2022. A la bourse de Copenhague, elle tutoie aujourd'hui la barre des 1.000 couronnes, venant de quelque 440 couronnes deux ans plus tôt.

Les investisseurs ayant un oeil sur les groupes Eli Lilly et Novo Nordisk en ont un aussi sur le Treat and Reduce Obesity Act (TROA) en discussion depuis de longues années au Congrès américain et qui permettrait un remboursement plus large de ces médicaments fort coûteux. Un très long feuilleton...

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
02 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine