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Cinéma: "Ailleurs si j'y suis" - la forêt soigne

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Le réalisateur ardennais François Pirot évoque, avec "Ailleurs si j'y suis" qui sort cette semaine, le burn out, le mal-être civilisationnel, que le personnage incarné par Jérémie Renier, en s'enfonçant dans la forêt, soigne de façon naturelle. Entretien sans langue... de bois.

Dr Jivago - 15 mars 2023

Le journal du Médecin :Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à cette maladie contemporaine qu'est le burn out?

François Pirot:

Cinéma: "Ailleurs si j'y suis" - la forêt soigne

En effet, on peut voir ce qui arrive à Mathieu, interprété par Jérémie Renier, comme une espèce de burn out. Le corps n'arrive plus à avancer, quelque chose de physique en lien avec le mental qui dit: "stop". Mais je n'ai pas voulu forcément prendre ce mal-être pour point de départ et lui donner une forme cinématographique. J'ai imaginé un personnage dépassé par la vie qui, quelque part, à la fois parce qu'il en a besoin et parce que la nature l'appelle au travers de la vision d'un cerf, déconnecte complètement, s'extrait, effectue un pas de côté complet pendant quelques jours, ce qui lui permet de revenir avec plus de lucidité et, je l'espère, pour dès lors être capable d'agir davantage sur sa propre vie.

Cinéma: "Ailleurs si j'y suis" - la forêt soigne

Plus serein?

Oui, dans une forme d'apaisement. Ce personnage traverse l'existence comme un somnambule qui n'est plus vraiment maître de sa vie ; Mathieu effectue les tâches qu'il doit effectuer: aller voir son père, essayer de faire fonctionner ce chantier dont le devis a été accepté par son patron mais qui n'est pas réaliste, ceci tandis que sa femme souhaite divorcer et qu'il fait l'autruche.

Il subit?

Complètement, il ne dispose plus d'espace mental pour pouvoir prendre une décision, être plus serein et maître de sa propre vie. Quelque part, cela fait référence à cette sorte de maladie contemporaine: les gens n'ont pas, n'ont plus ou pensent ne plus avoir la possibilité de faire un pas de côté. Mais ce n'est pas un film à thèse. Ce qu'il défend, c'est qu'il faut pouvoir s'octroyer la possibilité de faire un pas de côté, même si cela peut aller à l'encontre des autres, geste que l'on pourrait considérer comme égoïste, dans cette idée de s'extraire et de, quelque part, laisser les autres se débrouiller. Mais en même temps, par moment, c'est peut-être nécessaire. Il faut sans doute pouvoir dans la vie aussi s'octroyer des moments qui sont des vrais pas de côté, où l'on s'extrait complètement, on se déconnecte, ce qui permet de retrouver un équilibre.

Dans notre société hyperconnectée où la question du rendement est souvent mise en avant, cela me semble nécessaire de retrouver de telles zones, tels lieux ou temps. Ces moments et lieux propices à cet état engendrent une détente, permettent de retrouver quelque peu la maîtrise de soi-même: on retrouve une vraie attention dans une forme de contemplation. Cela permet également d'être plus à l'écoute, plus attentif à ce qu'il y a autour de nous. Finalement, et ça peut paraître paradoxal, cet isolement nous permet ensuite de mieux retrouver l'autre.

Cinéma: "Ailleurs si j'y suis" - la forêt soigne