Un peu de Chine dans votre portefeuille?

La fin de la politique "zéro covid" a rapidement boosté l'activité économique. Les bénéfices des entreprises devraient suivre, de sorte que les actions chinoises pourraient afficher une performance fort sympathique en 2023. Beaucoup d'analystes considèrent dès lors que c'est le moment d'en agrémenter son portefeuille. Avec prudence quand même...
Forte hausse de l'activité industrielle en Chine, croissance en février la plus forte depuis dix ans... Les commentaires récents de la presse sont sans équivoque, à l'image des indicateurs économiques publiés. Pas étonnant que les actions chinoises soient généralement présentées comme un investissement prometteur. Avec pour argument supplémentaire que ces actions sont toujours sous-représentées dans les indices boursiers internationaux. On pourrait dès lors assister à un réajustement, ce qui entraînerait des achats automatiques et donc une hausse des cours.
Quelques spécialistes se montrent cependant moins enthousiastes que leurs confrères, dont la maison Lazard. Argument: la grande volatilité de la bourse chinoise, qui "fluctue souvent au gré des évolutions politiques". Et le gestionnaire d'actifs de rappeler la volonté du président Xi Jinping, qui règne aujourd'hui sans partage, d'affaiblir les entreprises qu'ils jugent trop puissantes, y compris dans le cadre du programme de "prospérité commune". C'était en 2021 et nul n'a oublié la chute de moitié des actions chinoises cette année-là! Aujourd'hui, les tensions persistantes avec Hong Kong et Taïwan incitent toujours à la prudence, tandis que la crise de l'immobilier n'est pas terminée, juge James Donald, responsable des marchés émergents chez Lazard.
Avec la fin de la politique "zéro covid", la consommation des ménages repart sur les chapeaux de roue. Mais les tensions géopolitiques guettent en Chine et incitent à la prudence.
Cinq facteurs de risque...
Qu'en penser? Nous avons interrogé Haiyan Li-Labbé, gérante spécialisée en actions chinoises chez Carmignac, le gestionnaire de fonds français. "On a observé cinq facteurs de risque au cours des deux dernières années, qui ont lourdement pesé sur les cours des actions chinoises", analyse-t-elle: "les changements réglementaires, la crise immobilière, la politique de "zéro covid", la vie politique locale et tout particulièrement la réélection de Xi Jinping, ainsi que les tensions géopolitiques, spécialement avec les États-Unis". Carmignac considère toutefois que quatre de ces éléments sont intégrés dans les cours des actions chinoises. Même si, en réalité, ces quatre premiers risques sont largement derrière nous, estime la spécialiste.
En ce qui concerne par exemple les mesures réglementaires, voilà maintenant plus d'un an que les sociétés internet n'en font plus l'objet. On s'attend d'ailleurs à ce que célèbre Jack Ma, fondateur d'Alibaba, puisse revenir en Chine. Plus globalement, les entreprises internet ayant eu des ennuis ont réalisé des réformes, en réduisant notamment leur position dominante. Et quid de la crise immobilière? "Elle est derrière nous", insiste Haiyan Li-Labbé. "Cela ne signifie cependant pas que la croissance du secteur va reprendre: le pays ne peut plus dépendre de l'immobilier pour soutenir sa croissance économique. Du fait de la politique de l'enfant unique, la demande va structurellement baisser, d'autant que quelque 90% des Chinois sont aujourd'hui propriétaires". Le marché secondaire restera fort actif, mais guère la construction. Il reste des entreprises lourdement endettées, c'est vrai, mais plutôt de moindre poids, car d'importantes consolidations ont été réalisées. L'immobilier n'est plus en mesure d'ébranler le secteur financier, conclut la gestionnaire de Carmignac.

Avec la fin de la politique "zéro covid", la consommation des ménages repart sur les chapeaux de roue, a-t-elle par ailleurs observé sur le terrain, puisqu'elle est récemment rentrée d'un séjour de 17 jours en Chine. Cette consommation est surtout celle des produits de base et des loisirs. Les restaurants sont pleins, comme les trains et les avions. On imagine que les achats de voitures et de smartphones suivront, comme les voyages à l'étranger.
Non, la Chine n'envahira pas Taïwan!
Sur le plan politique, on se souvient que la réélection de Xi Jinping pour un troisième mandat à la tête du parti communiste, en octobre 2022, avait fait mauvaise impression auprès des investisseurs occidentaux. Ceux-ci craignaient un durcissement de la politique "zéro covid", tout comme de nouvelles mesures négatives à l'encontre de certaines entreprises. Résultat: tant le géant de l'Internet Baidu que celui de l'e-commerce Alibaba chutaient aussitôt de plus de 12%! Le décor a toutefois bien changé depuis et pas seulement par l'abandon du "zéro covid", explique Haiyan Li-Labbé. Le nouveau Premier ministre Li Qiang "a un super profil. C'est quelqu'un de très pragmatique et de très pro-business. C'est lui qui a introduit Tesla en Chine, ce qui a formé l'ensemble de l'industrie du véhicule électrique dans le pays. On espère donc de sa part de très bonnes réformes dans les années à venir, en faveur des entreprises."
Tout baigne donc? Restent les tensions géopolitiques, le seul facteur de risque que l'on ne peut pas considérer comme appartenant au passé, reconnaît la gestionnaire de Carmignac. Pour elle, une invasion de Taïwan est toutefois impensable. La Chine vise toujours la réunification, mais de manière pacifique. D'autant qu'elle "n'a objectivement pas les moyens d'attaquer Taïwan dans les années à venir: le pays possède quelque 300 vaisseaux militaires, mais il en perdrait les deux tiers à l'occasion d'une attaque, ce qui le laisserait très vulnérable".
Il existe deux autres freins, qui résulteraient de sa mise au banc par l'Occident. "Toute l'aviation chinoise est à 90% basée sur des produits étrangers, soit en direct avec Airbus et Boeing, soit indirectement: l'avion chinois Comac est construit avec 90% de pièces étrangères. D'autre part, la Chine détient 800 à 900 milliards de dollars d'obligations d'État américaines et elle ne va pas répéter l'erreur de la Russie en perdant ces avoirs!"
Faible rentabilité des entreprises
Si la spécialiste de Carmignac juge les actions chinoises attrayantes au niveau de leur valorisation, la maison Lazard évoquée plus haut est plus circonspecte. Elle observe que le rapport cours-bénéfice est de l'ordre de 11 ou 12, semblable à celui des autres actions émergentes. Par contre, le rendement de dividende est historiquement plus faible, tout comme la rentabilité des capitaux investis, matérialisée par ce fameux indice ROE très suivi dans le monde financier: de nombreuses sociétés chinoises affichent un ROE faible, souligne James Donald. Une remarque que l'on faisait déjà voilà 20 ans, soit écrit en passant! En un mot comme en cent, si la Chine présente de réelles opportunités d'investissement, notamment parmi les entreprises de moindre taille, il faut y être encore plus sélectif que sur les autres marchés émergents.

Crédit suisse: la descente aux enfers!
La violente hausse des taux d'intérêt avait, l'an dernier, durement touché les valeurs de rendement, qu'il s'agisse des obligations ou des actions immobilières. Mais voilà que cette hausse provoque carrément la faillite d'une importante banque régionale américaine dont le nom a fait le tour du monde: la Silicon Valley Bank (SVB). Les autorités ont sorti l'artillerie lourde pour éteindre l'incendie, c'est-à-dire éviter toute perte financière: garantie publique des dépôts et gros apport de liquidités.
Le problème n'est pas que le système bancaire américain soit fragile, mais plutôt qu'une banque puisse être dirigée par des personnes capables de faire une bêtise que ne commettrait pas un étudiant de première année d'économie. Alors que, dans un contexte de hausse de l'inflation et des taux d'intérêt, tout le monde recommande de n'acheter des obligations qu'à relativement court terme, soit deux ou trois ans maximum, SVB avait misé très gros sur des obligations à dix ans. Résultat: une moins-value de 1,8 milliard de dollars.
Des mésaventures de SVB, on aurait dès lors presque pu sourire, d'un sourire narquois s'entend, si plusieurs autres banques n'avaient vacillé dans son sillage. Et surtout si le Crédit Suisse ne vacillait lui aussi, pour des raisons totalement indépendantes. Car ceci, c'est du sérieux! À preuve: en début de semaine dernière, c'est tout le compartiment bancaire qui flanchait en bourse. Un exemple: BNP Paribas. L'action avait déjà reculé de 64 à 56 euros en trois jours mais, le mercredi 15 mars, elle abandonnait pas moins de 10% sur la séance. Pour une action bancaire, c'est vraiment beaucoup!
Ce même 15 mars, l'action Crédit Suisse touchait un plus bas de 1,56 franc suisse en début d'après-midi, un effondrement - le mot n'est pas trop fort - de 31,6% en moins de six heures. Le cours a ensuite vivement rebondi à l'annonce d'un prêt de 50 milliards de francs de la Banque centrale suisse. Au fait, il peut semble étranger que l'action Crédit Suisse affiche un cours de quelques francs à peine, alors que la bourse helvète est réputée pour ses actions plutôt lourdes. Il faut toutefois savoir que la glissade ne date pas d'hier: un an plus tôt, le cours dépassait les 7 francs, venant du double en automne 2018. Et ce n'est encore rien: en été 2007, juste avant la fameuse crise financière, l'action dépassait les 80 francs. Crédit Suisse, ce n'est pas un incident de parcours, c'est une véritable descente aux enfers!
Laquelle vient de trouver un triste épilogue avec le rachat du Crédit Suisse par son éternelle rivale UBS (pour Union de banques suisses). C'est la fusion ultime, le numéro 1 du pays rachetant le numéro 2... pour une bouchée de pain. Ce rachat se réalise en effet sur la base de 76 centimes de franc suisse l'action, une véritable misère par rapport aux plus de 80 francs de 2007. Ainsi valorisée à trois milliards de francs à peine, l'ange déchu de la banque privée mondiale vaut grosso modo la moitié de Belfius...