Réforme infirmière : différenciation, délégation et transfert

Ce sont les trois mots d'ordre de la réforme de la profession d'infirmier. Explications avec Ann Van Heck, professeure en Sciences infirmières à l'UGent, qui dirige le groupe de travail "différenciation des tâches, délégation des tâches et transfert des tâches".
En moins de six mois - entre mi-décembre et mi-avril - le groupe de travail dirigé par le Pr Van Heck a rédigé un rapport contenant une série de propositions concrètes pour réformer la profession d'infirmier. "Ce rapport nous donne le cap à suivre", explique Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé, qui a demandé la mise sur pied de ce groupe de travail.
Au revoir aux tâches non infirmières
"Tous les experts ont insisté sur la nécessité d'élaguer les tâches non infirmières, comme les tâches ménagères, le nettoyage et certaines tâches administratives afin d'utiliser le plus efficacement possible l'expertise disponible dans le personnel infirmier", explique la Pr Ann Van Heck. "Plusieurs solutions existent, dont le recours à un professionnel de soutien. Il pourrait soulager le professionnel de l'art infirmier dans l'aide aux activités de la vie quotidienne dans les situations sans risques, comme les soins d'hygiène de base, l'appui logistique et administratif."
Les experts ont insisté sur la nécessité d'élaguer les tâches non infirmières, à l'instar des soins d'hygiène de base.
Le groupe de travail a dressé une liste d'activités de la vie quotidienne que le patient peut choisir de déléguer à une autre personne qu'un professionnel de l'art infirmier. "Bien sûr, le patient doit en informer un professionnel des soins de santé." Le rapport mentionne plusieurs exemples, parmi lesquels la prise de température et la mesure de la tension artérielle.
Transfert de tâches
Le groupe de travail a également dressé une liste d'actes infirmiers pour lesquels d'autres prestataires de soins sont déjà compétents ou pour lesquels leurs compétences pourraient être étendues à l'avenir. "On pense par exemple à l'aspiration des voies respiratoires par les logopèdes", mentionne le Pr Van Heck. "Un large consensus au sein du groupe de travail s'accorde à dire qu'il est possible de déléguer de nombreux actes infirmiers à d'autres professionnels à condition d'évoluer dans le cadre d'une équipe structurée, sous la houlette d'un responsable des soins infirmiers." D'autres actes restent, par contre, "non délégables".
Enfin, les experts du groupe de travail ont considéré que certains actes qui nécessitent actuellement une prescription médicale pourraient être initiés de manière autonome par le personnel infirmier. "Plusieurs actes supplémentaires doivent également être inclus à l'avenir, comme la possibilité de demander un examen de laboratoire, une culture d'urine ou être autorisé à administrer des vaccins dans le cadre de campagne collective."
"Pour conclure, la réflexion n'est pas encore achevée, mais le groupe de travail est convaincu que l'élagage des tâches non infirmières, les possibilités d'assurer la coordination des soins infirmiers et le renforcement et l'élargissement de la mission infirmière ne peuvent qu'augmenter l'attractivité de la profession", conclut Ann Van Heck.
Une course contre la montre
Ce mardi, les premières discussions ont commencé à la Chambre sur deux projets de loi. Le premier porte sur les fonctions d'assistant en soins infirmiers et d'infirmier chercheur clinicien. Le second porte sur l'aidant qualifié. Les arrêtés d'exécution sont prévus dans les prochains mois.
La réforme globale souhaitée par Frank Vandenbroucke nécessite, en outre, d'autres initiatives basées sur les recommandations du groupe de travail. "Cela concerne notamment la liste d'actes qui relèvent de la vie quotidienne et qu'il ne faut plus considérer comme des actes exclusivement infirmiers, mais qui nécessitent toutefois une réglementation", donne à titre d'exemple le ministre de la Santé, qui espère que ces initiatives seront concrétisées fin 2023. Au même horizon, une nouvelle échelle de soins sera mise sur pied, avec la révision ou la mise en oeuvre de nombreux profils (aide-soignant, assistant en soins infirmiers, infirmier responsable de soins généraux, infirmier spécialisé, infirmier de pratique avancée et infirmier chercheur clinicien). D'ici septembre enfin, le statut d'aidant qualifié sera légalisé et applicable dans la pratique. C'est en tout cas l'ambition de Frank Vandenbroucke.